12.11.2015 à 11:22

TurquieL'opposition sonnée après sa défaite aux législatives

L'opposition turque est déboussolée face à la victoire du président Erdogan. La révolte gronde.

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La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

Keystone
La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

AFP
La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

La large victoire - inattendue - du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a été accueillie dimanche par un mélange de sentiments extrêmes. (1er novembre 2015)

AFP

La débâcle subie face au parti du président turc Recep Tayyip Erdogan aux législatives a provoqué un coup de tonnerre dans les rangs de l'opposition. La révolte gronde comme jamais.

Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) a regagné le 1er novembre la majorité absolue perdue cinq mois plus tôt à peine. Selon les résultats définitifs publiés jeudi, il a obtenu 317 des 550 sièges en jeu.

Le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, laïque), en a remporté 134 et le parti nationaliste MHP 59, autant que le HDP prokurde, a précisé le président de la commission électorale, Sadi Guven, lors d'une conférence de presse.

Pas de démission

Ce résultat a sonné comme un cruel désaveu pour les rivaux de l'AKP, qui espéraient bien confirmer la fin de son règne exclusif de treize ans sur le pays. Malgré cette défaite, les dirigeants des trois partis d'opposition représentés au parlement se sont empressés d'annoncer qu'ils ne démissionneraient pas.

«La notion de démission n'existe pas en Turquie», note Serkan Demirtas, le chef du bureau du quotidien Hürriyet Daily News à Ankara. «Les dirigeants politiques ne veulent pas quitter leur poste après une défaite et se reprochent peu, voire aucune erreur.»

Vent de fronde au CHP

Mais cette fois, leurs déclarations ont très vite suscité un vent de fronde dans les états-majors. Les premiers craquements sont apparus au sein du CHP. Sitôt passé le choc de la défaite, le député Muharrem Ince a sonné la charge contre le chef du parti, Kemal Kiliçdaroglu, qui a concédé sa sixième défaite électorale depuis qu'il a pris les rênes du parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk.

«Est-ce que vous accepteriez d'être représenté une septième fois par un avocat qui a perdu six fois votre procès?» a-t-il sèchement lancé. «Le CHP a un problème de crédibilité et les responsables de cet échec doivent en répondre devant les délégués.»

Son appel à la sédition a fait des émules. Un autre député, Mustafa Balbay, journaliste réputé qui a passé près de cinq ans en prison dans une affaire de tentative de coup d'Etat contre le régime actuel, a annoncé mercredi qu'il briguerait la présidence du parti lors de son prochain congrès en décembre.

«Monsieur Non» ne recule pas

Dans le camp du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite), l'ambiance n'est guère plus apaisée. Le mouvement ultranationaliste est même le grand perdant du scrutin du 1er novembre, avec un score en recul de près de 5% et la perte de la moitié de ses sièges.

Là aussi, son patron depuis vingt ans, Devlet Bahçeli, 67 ans, a clairement manifesté son intention de garder les commandes, contre vents et marées. «Je ne reculerai pas», a tonné celui que la presse appelle parfois «Monsieur Non», depuis son refus catégorique de participer à une coalition après le scrutin de juin.

Très discret depuis le 1er novembre, il a pris soin de limoger les «rebelles» qui se manifestaient, afin de s'assurer la tranquillité jusqu'à son prochain congrès en 2017.

Avenir sombre

Le Parti démocratique du peuple (HDP, prokurde) a, lui, sauvé l'essentiel en gardant des députés, mais il a perdu un million de voix.

Son très charismatique chef, Selahattin Demirtas, 42 ans, a mis ce recul sur le compte des menaces d'attentat qui l'ont contraint à réduire la voilure de sa campagne après l'attaque suicide qui a fait 102 morts le 10 octobre à Ankara. Il doit de toute façon quitter son poste en janvier, les statuts du HDP lui empêchant de briguer un troisième mandat.

Dans ce contexte, l'avenir de l'opposition s'annonce sombre en Turquie. Et à en croire les analystes, l'embellie n'est pas pour demain. «L'AKP a mis la main sur le pays et sur la quasi-totalité de l'électorat de droite, y compris celui du centre droit», assure l'analyste Soner Cagaptay, du Washington Institute. «Et cette domination ne semble pas près de s'interrompre.»

(ats/afp)

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