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VenezuelaL'opposition vénézuélienne hésite sur sa stratégie à venir

La coalition antichaviste s'interroge sur la stratégie à adopter lors des élections régionales pour faire face à Nicolas Maduro.

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Les chavistes accusent leurs adversaires d'avoir souhaité des sanctions financières américaines voire une intervention militaire, une «trahison de la patrie» selon eux. (Photo d'archives)

Les chavistes accusent leurs adversaires d'avoir souhaité des sanctions financières américaines voire une intervention militaire, une «trahison de la patrie» selon eux. (Photo d'archives)

AFP
L'ex-procureure générale Luisa Ortega, évincée par l'Assemblée constituante s'est réfugiée en Colombie, vendredi 18 août. Chaviste devenue opposante farouche au président du même bord politique, Nicolas Maduro, elle a été écartée du pouvoir dès que la Constituante a été instalée. (Image d'archive)

L'ex-procureure générale Luisa Ortega, évincée par l'Assemblée constituante s'est réfugiée en Colombie, vendredi 18 août. Chaviste devenue opposante farouche au président du même bord politique, Nicolas Maduro, elle a été écartée du pouvoir dès que la Constituante a été instalée. (Image d'archive)

Keystone
Vendredi 18 août également, le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, a été privé de la majorité de ses pouvoirs par l'Assemblée Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro. (Image d'archive)

Vendredi 18 août également, le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, a été privé de la majorité de ses pouvoirs par l'Assemblée Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro. (Image d'archive)

Keystone

Avant même l'inauguration vendredi de l'Assemblée constituante du président Nicolas Maduro, l'opposition vénézuélienne s'interrogeait sur la stratégie à suivre désormais face au pouvoir. Un nouveau scrutin - les élections régionales - est prévu en fin d'année.

Et le temps presse: les candidats pourront s'inscrire dès mardi. En 2005, après avoir dénoncé des fraudes électorales lors d'un référendum contre l'ex-président Hugo Chavez, l'opposition avait décidé de ne pas participer aux législatives, laissant au chavisme le contrôle absolu du Parlement durant cinq ans.

«Il faut y aller, gagner tout ce qui est possible, et à partir de là, embêter le gouvernement. Sinon, ils (le camp présidentiel) prendront tout», déclare à l'AFP Adolfo Sucre, 23 ans, employé dans une entreprise informatique.

Mais tout le monde ne l'entend pas de cette oreille. «Si on ne peut pas faire confiance à l'organisme électoral, des élections, ce n'est pas réalisable», juge Elieva Gil, publicitaire de 40 ans.

Fraude électorale

Les leaders de la coalition antichaviste, la Table de l'unité démocratique (MUD), n'ont cessé de dénoncer depuis dimanche «la fraude la plus grande de l'histoire» organisée pour la désignation des 545 membres de l'Assemblée constituante.

Les révélations de l'entreprise britannique chargée des opérations de vote au Venezuela, qui accuse les autorités d'avoir «manipulé» le taux de participation, ont relancé la polémique.

L'autorité électorale assure que plus de huit millions de personnes ont voté (soit 41,5% du corps électoral). Mais l'opposition affirme que la participation se limite en fait à quelque trois millions de personnes. La MUD avait choisi de boycotter l'élection de la Constituante, estimant qu'il s'agit d'une «fraude» pour prolonger le pouvoir du chef de l'Etat.

«Ils vont les faire sans nous»

Le député Henry Ramos Allup, vétéran de la politique et ex-président du Parlement, a confié que la coalition d'opposition, composée d'une trentaine de partis, allait probablement participer aux prochaines élections. «Je ne peux pas parler au nom d'un quelconque parti, mais Action démocratique (sa formation, membre de la MUD) va participer. Je pense que ça sera approuvé», a-t-il déclaré.

La manipulation intervenue selon lui durant le scrutin de la Constituante est «évidente» car organisée par le pouvoir. Mais elle ne pourrait pas se reproduire lors des régionales (destinées à élire les gouverneurs) en présence des observateurs de l'opposition. «Si tu ne t'inscris pas, que se passe-t-il? Le gouvernement organise des élections et on lui remet les 23 régions», a-t-il souligné. Actuellement vingt sont contrôlées par les chavistes et trois par l'opposition.

«Il faut participer. Si on le fait, je pense que le gouvernement va annuler les élections. Sinon, ils vont les faire sans nous», affirme une source au sein de la MUD.

Risques

Selon les analystes, si elle choisit d'inscrire des candidats l'opposition risque un affaiblissement du mouvement dans la rue. «Les électeurs ne le comprendraient pas. Ce n'est pas cohérent et l'incohérence en politique se paie très cher», a estimé la politologue Edgard Gutierrez. L'opposition a appelé à manifester vendredi, à l'ouverture des travaux de la Constituante.

«Quelle que soit la décision sur les régionales, elle ne sera pas exempte de critiques, mais les protestations ne vont pas diminuer. Le Venezuela a pris une décision, c'est le changement politique», a fait valoir Juan Carlos Caldera, du parti Primero Justicia (La justice d'abord).

D'autres estiment que participer au prochain scrutin est une mauvaise idée. «Ce serait une erreur monumentale, qui annulerait le mandat reçu le 16 juillet (date d'une consultation populaire organisée par l'opposition, ndlr), qui est sans appel: sortir de la dictature est le seul objectif», a déclaré la dirigeante de l'opposition Maria Corina Machado. Quelque 7,6 millions de personnes avaient participé à la consultation de l'opposition.

(ats)

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