Suisse: L'UBS accusée de blanchiment par le Fonds Bruno Manser
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SuisseL'UBS accusée de blanchiment par le Fonds Bruno Manser

Selon l'organisation écologiste, la banque aurait blanchi 45 millions de dollars pour le compte d'un politicien malaisien qui vient d'être arrêté.

par
Michel Pralong

Depuis des années, en souvenir du militant écologiste Bruno Manser, disparu en 2000 en Malaisie alors qu'il se battait contre la déforestation au Sarawak, le fonds qui porte son nom lutte contre la corruption dans ce pays. Notamment en suivant de près le scandale 1MDB, dans lequel des personnalités malaisiennes, dont l'ancien premier ministre, sont accusées d'avoir détourné des milliards de francs d'argent public. Scandale qui touche également la Suisse, plusieurs banques ayant participé aux transactions financières illégales.

Aujourd'hui, le Fonds Bruno Manser remonte aux barricades et réclame du Ministère public de la Confédération qu'il dépose une plainte contre l'UBS. Ceci en raison de l'arrestation de Musa Aman lundi 5 novembre à Kuala Lumpur lors d'une opération surprise. L'ancien dirigeant de l'Etat de Sabah a été entendu par la commission anticorruption qui l'a déféré devant la justice avec 35 chefs d'accusations. On lui reproche notamment de s’être enrichi illégalement dans le cadre de la remise de concessions de défrichage de la forêt tropicale humide dans son État. Il aurait ainsi touché 63,3 millions de dollars. Le politicien nie tout en bloc.

La banque suisse en première ligne

Selon le Fonds Bruno Manser, qui se serait procuré l'acte officiel, celui-ci mentionne l'UBS dans 18 des chefs d'accusation. La banque suisse serait la principale blanchisseuse de cet argent: elle aurait ainsi blanchi 45,6 millions de dollars pour le compte du politicien. Les autres baques citées sont Morgan Chase (pour 6,97 mio.), HSBC (6,86 mio.), Fortis Private Bank (3,04 mio.), Crédit Suisse (640'000 dollars) et City Bank (130'000 dollars).

Enquête en Suisse

En Suisse, le Ministère public enquête depuis 2012 contre l'UBS sur ce blanchiment pour Musa Aman, suite à une plainte pénale déposée par le Fonds Bruno Manser. Selon des documents en possession de ce dernier, des entrepreneurs forestiers malaisiens auraient versé des millions sur des comptes UBS au nom d’hommes de paille du politicien malaisien, à Hong Kong et à Singapour.

Selon l'organisation écologiste, le Ministère public aurait argumenté qu'il ne pouvait clôturer l'affaire en raison du manque de coopération judiciaire de la Malaisie et de Singapour. Aujourd'hui, l'arrestation de Musa Aman change la donne. Une arrestation qui fait suite à une grande campagne anticorruption menée en Malaisie depuis l'élection du nouveau premier ministre Mahathir Mohamad cette année. «Le Fonds Bruno Manser Fonds se réjouit de la procédure lancée par la justice malaisienne et enjoint désormais les autorités suisses à agir: nous réclamons du Ministère public de la Confédération qu’il dépose rapidement une plainte contre UBS»», écrit le directeur du Fonds, Lukas Straumann.

Berne intéressée par une collaboration avec la Malaisie

Le Ministère public a répondu qu'il n'avait aucune action ouverte contre Musa Aman et n'avait rien à voir avec son arrestation. Il précise que les poursuites engagées depuis août contre l'UBS sont en cours, mais qu'aucun pronostic ne peut être fait quant à leur aboutissement. «L’objectif est toutefois d’achever la procédure dans les délais», nous a rpépondu le Ministère public. Sa durée jusqu'à présent correspond à la celle «habituelle dans le domaine de la criminalité en col blanc». Toutefois, «compte tenu des récents développements en Malaisie, le Ministère public est toujours très intéressé par une collaboration avec les autorités malaisiennes».

Contactée, l'UBS ne désire faire aucun commentaire.

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