Suisse: L'UDC avance ses pions pendant la crise
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SuisseL'UDC avance ses pions pendant la crise

Le parti tente de donner un nouvel élan à sa campagne contre la libre circulation pendant la pandémie du Covid-19. Les opposants jugent toutefois peu probable que l'initiative soit acceptée.

Le chef du groupe aux Chambres fédérales Thomas Aeschi (à gauche de Magdalena Martullo-Blocher) a notamment appelé aux fermetures des frontières la semaine passée sur Twitter.

Le chef du groupe aux Chambres fédérales Thomas Aeschi (à gauche de Magdalena Martullo-Blocher) a notamment appelé aux fermetures des frontières la semaine passée sur Twitter.

Keystone

L'UDC et l'ASIN essaient de profiter de la pandémie de coronavirus pour pousser leur initiative visant à résilier la libre circulation des personnes. Les opposants restent calmes. La politologue Cloé Jans doute toutefois que les initiants parviennent à profiter de la crise pour donner un nouvel élan à leur campagne.

L'UDC lie habilement propagation du coronavirus, protection des frontières et libre circulation. La semaine passée, le Zougois Thomas Aeschi, chef du groupe aux Chambres fédérales, écrivait sur Twitter que ce n'est pas une surprise si les cantons frontaliers du Tessin, de Genève, de Vaud et de Bâle-Ville sont les plus touchés. Car «les frontières ne sont toujours pas fermées».

Et mardi, alors que le parti réclamait un assouplissement après le 19 avril des mesures visant à contenir l'épidémie, il prônait le renforcement des restrictions d'entrée aux frontières.

L'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) est encore plus offensive dans sa communication. Dans un même tweet, elle s'est indignée du blocage de masques de protection par l'Allemagne, a fait la promotion de son «initiative de limitation» et publié une photo de la une du «Blick» proclamant: «Le coronavirus s'étend dans le monde et paralyse la Suisse».

Image marquante

Pour Cloé Jans, l'UDC «essaie au moins» de profiter de la crise pour promouvoir son initiative, «parce qu'elle n'a rien à perdre». Jusqu'à la pandémie, le texte n'avait que peu de chances d'être accepté. Il est rejeté par presque tous les partis, le Conseil fédéral, les Cantons et les principales associations.

Interrogée par Keystone-ATS, la politologue de l'institut gfs.bern souligne que l'UDC a adapté sa campagne à l'actualité dominée par le coronavirus. Thomas Aeschi a rapidement réclamé la fermeture des frontières.

Dans le même temps, la conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR) a fait une apparition remarquée au parlement avec un masque de protection. «Ce n'était peut-être pas intentionnel», mais cette image a marqué les esprits et permis de lier immigration et coronavirus dans l'esprit des citoyens, relève Chloé Jans.

Un vote à dominante économique

La politologue ne croit toutefois pas que les nouveaux arguments des partisans de l'initiative fassent changer les électeurs d'avis. Car les votations sur l'Europe sont généralement des consultations de politique économique en Suisse.

Dans la perspective des difficultés économiques qui nous attendent après la fin de la pandémie, elle juge «peu vraisemblable» que les citoyens se prononcent en faveur de l'initiative. Les gens craignent pour leur emploi, ils ne sont pas prêts à prendre un risque supplémentaire en votant oui, estime-t-elle.

Chloé Jans se dit par ailleurs convaincue que, face à la situation actuelle, les citoyens ont peu de compréhension pour les campagnes politiques. C'est aussi le cas aux États-Unis, où l'on voit que «politiser les tragédies» peut rapidement avoir un effet boomerang.

Avantages de la libre circulation

Pour ces raisons, la politologue ne croit pas que la retenue médiatique actuelle des opposants puisse leur nuire. Tout comme EconomieSuisse, qui mène la campagne des milieux économiques contre l'initiative.

Pour son chef de campagne, Oliver Steinmann, il n'est «pas opportun» dans les circonstances actuelles de mener campagne. Cela ne passerait pas bien auprès de la population. Raison pour laquelle EconomieSuisse a suspendu sa campagne. «Nous serons de nouveau actifs quand la situation se sera calmée», affirme-t-il.

Il ne pense pas qu'EconomieSuisse peut se laisser distancer par les partisans de l'initiative. Car «les restrictions actuelles nous font prendre de nouveau conscience des avantages de frontières ouvertes», explique-t-il en citant notamment les nombreux frontaliers italiens, français ou allemands qui viennent travailler dans le système de santé suisse.

(ats)

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