Actualisé 12.11.2015 à 18:23

Crise migratoireL'UE débloque 1,8 milliard pour l'Afrique

Lors du sommet à La Valette, les 28 chefs d'Etat ont annoncé le lancement d'un fonds d'aide au continent africain.

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Le camp d'Idomeni a été évacué. Plusieurs milliers de personnes ont été déplacées vers des centres d'accueils, notamment à Thessalonique. (26 mai 2016)

Le camp d'Idomeni a été évacué. Plusieurs milliers de personnes ont été déplacées vers des centres d'accueils, notamment à Thessalonique. (26 mai 2016)

Marko Djurica, Reuters
A Idomeni, des heurts ont éclaté entre migrants et policiers macédoniens. Ces derniers ont utilisé des gaz lacrymogènes. (Dimanche 10 avril)

A Idomeni, des heurts ont éclaté entre migrants et policiers macédoniens. Ces derniers ont utilisé des gaz lacrymogènes. (Dimanche 10 avril)

Stoyan Nenov, Reuters
Peu après 5 heures, un petit ferry, Lesvos, et un catamaran plus imposant, Nezli Jale, ont embarqué un total de 131 personnes (Lundi 4 avril 2016).

Peu après 5 heures, un petit ferry, Lesvos, et un catamaran plus imposant, Nezli Jale, ont embarqué un total de 131 personnes (Lundi 4 avril 2016).

Keystone

Les Européens ont lancé jeudi un fonds pour aider l'Afrique à lutter contre les «causes profondes» des migrations, lors d'un sommet à Malte. Mais des pays africains se sont agacés de l'insistance européenne pour renvoyer chez eux davantage de migrants irréguliers.

Le sommet de La Valette, qui a réuni pendant deux jours une cinquantaine de dirigeants des deux continents, dont la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga, s'est conclu jeudi par l'adoption d'un plan d'action commun. Il liste des initiatives à mettre en œuvre rapidement.

Dans ses discussions avec les pays africains, l'Union européenne (UE) a déjà mis sur la table 1,8 milliard d'euros pour financer des projets destinés à freiner les arrivées d'Africains sur le vieux continent. Mais elle exhorte les Etats membres à apporter en plus leurs propres contributions pour doubler la mise.

«Insuffisant» pour le Niger

Or, on est encore loin du compte. Les promesses des pays européens n'ont atteint qu'un total de quelque 78 millions d'euros, selon un décompte de la Commission. La Suisse y contribuera à hauteur de 5 millions de francs. C'est «loin d'être suffisant», a estimé le président nigérien Mahamadou Issoufou, reflétant l'opinion de plusieurs de ses homologues.

Pour l'ONG Oxfam, ce fonds doit d'abord venir en aide aux plus défavorisés plutôt que de financer la construction de barricades, selon son expert en migrations Sarah Tesorieri.

Contrôles en Suède

En dépit de l'hiver qui approche, le flux de migrants vers l'Europe ne faiblit pas et a conduit la Slovénie à installer des barbelés le long de sa frontière avec la Croatie. Quelques heures plus tard, la Suède annonçait qu'elle rétablissait des contrôles à ses frontières, dans l'espoir là aussi de freiner les arrivées.

«Il ne s'agit pas d'une barrière (...) Mais nous devons être sûrs que nous avons des contrôles» aux frontières, a assuré à Malte le premier ministre suédois, Stefan Lovfen.

«Sauver Schengen», les accords qui régissent la libre-circulation dans l'UE, «est une course contre la montre et nous sommes déterminés à la gagner», a pour sa part souligné Donald Tusk, président du Conseil européen.

Déclaration commune

Dans une déclaration commune, Européens et Africains se sont engagés à «gérer ensemble les flux migratoires dans tous leurs aspects». Cela n'a pas empêché certains dirigeants africains d'être agacés par la pression de l'UE sur l'Afrique.

Les migrants africains vers l'Europe «ne sont pas aussi nombreux qu'on le dit. Pourquoi toute cette énergie sur les migrants africains», s'est interrogé le président sénégalais Macky Sall. Les Européens, avec leur fonds d'urgence, veulent notamment convaincre leurs partenaires d'accepter davantage de «réadmissions» de migrants africains en situation irrégulière.

«On ne peut pas insister à réadmettre les Africains chez eux pendant qu'on parle d'accueillir les Syriens et d'autres. C'est un traitement différencié que nous condamnons, parce que c'est discriminatoire», a affirmé le président sénégalais, aussi président de la Communauté des Etats d'Afrique de l'OUest (CEDEAO).

Expérience avec 10 pays africains

Le plan d'action prévoit de favoriser la venue en Europe d'officiers d'immigration africains, chargés d'aider leurs collègues européens à mieux déterminer la nationalité des migrants en situation irrégulière. L'objectif fixé est de mettre en place des expérimentations dès l'an prochain avec au moins dix pays africains volontaires.

Les Africains ont surtout insisté sur la nécessité de renforcer l'immigration légale vers l'Europe, dont ils ont souvent besoin économiquement, compte tenu de l'importance des sommes expédiées par les Africains vivant en Europe à leurs familles. Les Européens ont timidement répondu.

Le sommet, conclu jeudi à la mi-journée, a été suivi dans l'après-midi d'un autre, entre seuls Européens, surtout focalisé sur les discussions en cours avec la Turquie, autre pays-clé dans la crise migratoire. Un sommet UE-Turquie pour améliorer la coopération sur la crise migratoire aura lieu prochainement à Bruxelles.

(ats)

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