Actualisé 08.03.2016 à 02:29

Afflux de migrantsL'UE et la Turquie se donnent jusqu'au 17 mars

L'UE se donne 10 jours pour plancher sur les nouvelles propositions d'Ankara pour tarir les arrivées de migrants.

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Une embarcation bascule dans la mer au large des côtes libyennes. Le cliché a été pris par les gardes-côtes italiens. (Dimanche 29 mai 2016)

Une embarcation bascule dans la mer au large des côtes libyennes. Le cliché a été pris par les gardes-côtes italiens. (Dimanche 29 mai 2016)

Marina Militare, Reuters
Un homme enroulé dans une couverture sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 15 avril 2015. Le pape François et le patriarche de Constantinople Bartholomée se sont rendus sur l'île le 16. (Vendredi 15 avril 2016).

Un homme enroulé dans une couverture sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 15 avril 2015. Le pape François et le patriarche de Constantinople Bartholomée se sont rendus sur l'île le 16. (Vendredi 15 avril 2016).

Keystone
Athènes a commencé jeudi à évacuer du port du Pirée des centaines de migrants. (Jeudi 31 mars 2016)

Athènes a commencé jeudi à évacuer du port du Pirée des centaines de migrants. (Jeudi 31 mars 2016)

Keystone

L'UE s'est donnée 10 jours supplémentaires pour finaliser un nouvel accord avec Ankara visant à stopper l'afflux de migrants vers l'Europe, avec sur la table la proposition spectaculaire de renvoyer en Turquie tous les migrants traversant la mer Egée, y compris les Syriens.

Ce nouveau sommet entre les dirigeants des 28 et la Turquie, achevé dans la nuit de lundi à mardi à l'issue de discussions laborieuses, a abouti sur la promesse de nouvelles tractations, avec en point de mire un prochain sommet prévu le 17 mars à Bruxelles.

Ankara a créé la surprise en mettant sur la table de nouvelles propositions - fortement suggérées par l'Allemagne et la Commission européenne, selon certaines sources - mais aussi de nouvelles exigences, devant des Européens en quête désespérée d'une solution à la crise migratoire.

La Turquie a fait monter les enchères en réclamant trois milliards d'euros d'aide européenne supplémentaire, contre l'engagement d'accepter un retour massif des migrants ayant rejoint l'UE depuis son territoire.

Procédure de réadmission

Selon des sources concordantes, elle serait désormais prête à reprendre sur son territoire les demandeurs d'asile syriens qui ont entrepris la périlleuse traversée de la mer Egée vers la Grèce.

Cet engagement s'ajouterait à celui d'accélérer la mise en oeuvre d'un accord de réadmission, qui prévoyait qu'elle reprenne à partir de juin les migrants «économiques», pour les expulser à son tour vers leurs pays d'origine.

Les Européens devraient de leur côté reprendre dans l'UE un réfugié venant de Turquie, par des voies légales et organisées, pour chaque réfugié reconduit en Turquie.

Il s'agit d'une «percée», a salué Martin Selmayr, le directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, sur le réseau social Twitter.

Le président français François Hollande a salué de son côté «un acte très important (de la Turquie) de réadmettre les réfugiés et les migrants qui ont quitté de façon irrégulière la Turquie vers la Grèce».

Un 'non' aux migrants économiques

L'idée, qui a l'appui de l'Allemagne, est de lancer un message à tous les candidats au voyage vers l'Europe: les migrants économiques seront renvoyés, et les demandeurs d'asile ont tout intérêt à déposer leur requête en Turquie pour espérer un transfert sans danger vers l'UE.

Mais «il reste de nombreux points à clarifier», a admis une source diplomatique, faisant état des doutes de certains pays sur la légalité du dispositif - peut-on renvoyer des demandeurs d'asile syriens? - et sur sa faisabilité.

«Pourquoi renvoyer des Syriens en Turquie pour les reprendre ensuite?», s'est ainsi interrogée une source diplomatique, assurant que plusieurs pays se refusaient à «soutenir une proposition aussi floue».

Opposition interne

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, déjà vent debout contre le plan de répartition dans l'UE de réfugiés arrivés en Grèce et en Italie, a clairement fait part de son opposition à un plan impliquant des «réinstallations» massives depuis la Turquie.

Il faut aussi examiner «le prix à payer», a indiqué une source européenne. La Turquie réclame une enveloppe supplémentaire de trois milliards d'euros d'ici 2018, en plus des trois milliards déjà promis par Bruxelles pour favoriser l'accueil et l'intégration des 2,7 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Et Ankara espère obtenir dès juin un régime sans visas pour ses ressortissants, qui devait s'ouvrir au plus tôt à l'automne, et démarrer rapidement des négociations sur de nouveaux chapitres d'adhésion à l'UE.

Aide de l'Otan

Les Turcs ont déjà scellé fin novembre un «plan d'action» avec l'UE pour stopper les migrants quittant par milliers la côte anatolienne à destination de la Grèce, en renforçant notamment la lutte contre les passeurs.

Mais 15'000 à 20'000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu'à l'automne mais en nombre «beaucoup trop élevé», selon les dirigeants européens, qui craignent un nouvel afflux au printemps.

La Turquie et l'UE peuvent compter depuis dimanche sur l'aide de navires de l'Otan, qui surveillent les passeurs et peuvent désormais opérer dans les eaux territoriales grecques et turques.

Dissonance

Alors que les tractations avec les Turcs se compliquaient, une querelle a éclaté entre Européens autour de la situation sur la route migratoire des Balkans, empruntée l'an dernier par plus de 850'000 migrants.

La déclaration finale du sommet devait mentionner que «cette route est désormais fermée», mais certains pays comme l'Allemagne ont fait part de leurs fortes réserves.

«Il ne peut s'agir de fermer quoi que ce soit», a lancé la chancelière allemande Angela Merkel. Berlin craint en effet de donner le sentiment d'entériner les décisions unilatérales de certains pays situés sur cette route des Balkans, comme l'Autriche, qui ont instauré des quotas de demandes d'asile et de «transit» de migrants et isolé la Grèce.

Aide humanitaire

De manière plus consensuelle, les dirigeants européens devaient s'engager à débloquer rapidement une aide humanitaire inédite de 700 millions d'euros sur trois ans pour ces pays en première ligne, principalement la Grèce.

L'Europe se donne jusqu'à son prochain sommet, les 17 et 18 mars à Bruxelles, pour «affiner les détails» en vue d'un nouvel accord avec Ankara , selon les mots du Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel sur Twitter.

(ats)

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