14.08.2020 à 10:13

Droits de l’hommeL’UE prépare des sanctions contre le Bélarus

Plusieurs dirigeants européens se réunissent vendredi pour sanctionner la répression à Minsk et afficher leur solidarité avec la Grèce et Chypre face à Ankara.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a réclamé vendredi des sanctions pour les coupables de violations des droits de l'homme.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a réclamé vendredi des sanctions pour les coupables de violations des droits de l'homme.

KEYSTONE

L'Union européenne va lancer vendredi le processus de sanctions pour faire cesser la répression au Bélarus après la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko et afficher sa solidarité avec la Grèce et Chypre face à la Turquie.

Les ministres des Affaires étrangères se réunissent par vidéoconférence à 15H00 dans un contexte tendu et ont commencé leurs discussions par le sujet le plus difficile: les tensions avec Ankara, ont indiqué plusieurs participants à l’AFP.

Berlin a pris ses distances avec la décision de la France de déployer des moyens militaires en Grèce pour adresser un avertissement à Ankara et a appelé Paris, Athènes et Ankara à «éviter l’escalade».

«La France n’obtiendra rien en se comportant comme un caïd», a averti vendredi le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu, au lendemain d’un entretien téléphonique entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et la chancelière allemande Angela Merkel.

Européens divisés

La chancelière avait contribué à apaiser les tensions en juillet, mais elle avait averti Recep Tayyip Erdogan qu’il lui serait difficile d’éviter l’adoption de sanctions économiques de l’UE si la Turquie poursuivait ses forages illégaux de recherche d’hydrocarbures dans les eaux chypriotes et au large de l’île grecque de Kastellorizo, près des côtes turques, a raconté à l’AFP un responsable européen.

Les Européens semblent toutefois divisés sur la position à adopter face à Ankara. L’Allemagne redoute une nouvelle crise migratoire en Grèce si la Turquie ouvre ses portes aux migrants et réfugiés syriens bloqués sur son territoire.

«On verra quelle sera l’issue de la discussion», a confié un des participants.

Les ministres de l’UE ont donné mandat au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell en juillet pour préparer des «mesures adéquates afin de répondre aux défis posés par la Turquie». Celles-ci prévoient notamment des sanctions économiques, a-t-on précisé de source européenne.

Josep Borrell s’est engagé à soumettre différentes options aux ministres lors de leur réunion informelle les 27 et 28 août à Berlin. L’unanimité est requise pour adopter des sanctions.

Appels aux sanctions

Le débat sur le Bélarus s’annonce en revanche plus consensuel. De nombreux dirigeants européens ont annoncé leur volonté de sanctionner la répression menée par le régime autoritaire d’Alexandre Loukachenko contre ses opposants.

L’Allemagne, qui assume la présidence semestrielle des réunions de l’UE, et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont réclamé des sanctions pour les coupables de violations des droits humains.

«Je vais proposer d’appliquer des sanctions individuelles aux fonctionnaires et hommes politiques directement responsables de l’usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques, et aussi de la falsification des élections», a expliqué à l’AFP le chef de la diplomatie lituanienne Linas Linkevicius.

La Lituanie a accueilli l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, contrainte à l’exil après avoir contesté la victoire d’Alexandre Loukachenko. Elle a appelé vendredi à des «manifestations pacifiques» dans son pays durant le week-end.

«Dialogue constructif»

Minsk s’est dit vendredi prêt à un «dialogue constructif» avec l’étranger et a commencé à relâcher des centaines de personnes arrêtées depuis lundi. Les témoignages dénoncent l’extrême brutalité de la répression.

La réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères «va clairement dans le sens de la préparation de sanctions» contre le régime de Loukachenko, a confié à l’AFP un diplomate européen.

Ce sera la voie pour forcer Minsk à ouvrir un dialogue sur le plan de médiation en trois points proposé par la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, voisins du Bélarus.

Les dirigeants des trois pays sont prêts à jouer les médiateurs pour résoudre la crise politique, a expliqué le président lituanien Gitanas Nauseda. La libération des détenus est une des conditions de cette médiation.

Aucune décision n’est attendue vendredi, mais les ministres doivent donner leur feu vert à des groupes de travail pour commencer la préparation de «conclusions» adoptées ensuite par procédure écrite, a-t-on précisé de source européenne. «Cela peut accélérer le processus pour l’adoption d’actions concrètes», a-t-on expliqué de même source.

Le Bélarus est toujours sous le coup d’un embargo sur les ventes d’armes et de matériel pouvant être utilisé pour la répression. Quatre personnes sont par ailleurs encore interdites de séjour dans l’UE et leurs avoirs ont été gelés.

(AFP/NXP)

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