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ServetteL'un arrête tout et l'autre rien

Tobias Stephan (GE Servette) et David Gonzalez (Servette FC) ont vécu un week-end représentatif de ce que leurs clubs respectifs connaissent en ce début de saison. Destins croisés.

par
Nicolas Jacquier et Frédéric Lovis
Tobias Stephan et David Gonzalez ont des destins opposés en ce début de saison.

Tobias Stephan et David Gonzalez ont des destins opposés en ce début de saison.

Keystone

DAVID GONZALEZ

6-2, un score de hockey sur glace, la claque bernoise résonne encore comme un aveu d’impuissance, illustrant tout le désarroi de la lanterne rouge. «C’est dur à encaisser. Personne n’a fait exprès de se retrouver où l’on est. On ne rentre pas sur un terrain pour perdre. Et pourtant, on ne fait que perdre.»

David Gonzalez est le portier du Servette FC, plus mauvaise défense du pays, un SFC qui n’a pas encore goûté aux joies de la victoire cette saison. «Aujourd’hui, j’aimerais mieux être un hockeyeur servettien. L’an passé, c’était l’inverse. C’est eux qui nous enviaient…»

La veille, au Stade de Suisse, Gonzalez a souvent été rechercher le ballon au fond de ses filets. Il n’en a pas fermé l’œil. «Je n’ai pas dormi, confiait-il hier matin aux Evaux. J’ai refait le match. J’ai repris 6 buts cette nuit!» S’en veut-il de n’avoir rien pu faire, d’être considéré comme une passoire par ceux lui reprochant de ne plus être aussi décisif que par le passé. «Je peux m’en vouloir sur un ou deux buts, surtout le sixième. Cela change quoi? Je suis coupable au même titre que tout le reste de l’équipe, ni plus ni moins. On a flanché ensemble. On ne va pas commencer à se taper dessus pour désigner des responsables. Même si tout s’enchaîne du mauvais côté pour nous, rien n’est fini. On n’est pas aussi nuls et mauvais que le classement le prétend.»

Alors que le soleil illumine les Vernets, que tout baigne pour les hockeyeurs, la météo noircit le ciel noir de la Praille, plombe l’ambiance chez les footballeurs. «Il y a un gros nuage. A nous de le chasser. Si l’on parvient à s’en sortir, on aura réussi un truc extraordinaire, comme si l’on fêtait un titre de champion.» Toujours sevré de victoire, Servette est aujourd’hui idéalement placé pour battre le record absolu du plus mauvais départ détenu depuis l’exercice 2008-2009 par le FC Lucerne (12 matches, 2 points). A l’époque, le club de Suisse centrale avait dû attendre le 2 novembre pour crier enfin victoire (1-0 contre Bellinzone).

Servette a l’occasion d’égaler le record lucernois dimanche à Bâle, mais il peut aussi envisager son déplacement risqué au Parc Saint-Jacques sous un autre angle, celui du rachat. «Si l’on part battus d’avance, persuadés que l’on ne peut rien faire, autant de ne pas y aller.»

David Gonzalez sera peut-être ce soir aux Vernets pour y applaudir Stephan dans sa quête de record, contre Lugano. «Peut-être devrais-je jouer avec une canne de hockey ou échanger ma place avec celle de Tobias.»

TOBIAS STEPHAN 

Ce soir aux Vernets face à Lugano, GE Servette peut écrire une page d’histoire du hockey suisse. S’il parvient à égaler le nombre de victoires d’affilée fêtées en début de saison (huit, record détenu par Kloten depuis l’automne 2010), il le devra aussi à son dernier rempart. Son exceptionnel pourcentage d’arrêts (96,62%) affiché à l’aube d’une huitième soirée qui peut devenir culte le propulse au rang de meilleur gardien du pays. «Sept succès de suite, c’est bien, mais ce n’est pas cela que nous voulions atteindre en début de saison», commente, calme et serein, Tobias Stephan.

Ce calme et cette sérénité, il les affiche également devant ses filets. A un point tel que cela déteint sur des coéquipiers en pleine confiance et sur les résultats d’une équipe ayant la meilleure défense du pays. Neuf goals encaissés en sept parties: la moyenne de but reçu par match (1,29) est à peine supérieure à celle de l’actuel 6e de Super League, le FC Thoune (1,17). Elle est en tout cas nettement meilleure que celle des voisins de la Praille (2,18). «C’est dur pour eux. Nous avons vécu quelque chose de semblable la saison passée», compatit Tobias Stephan.

Quand on lui demande quels conseils il donnerait à son homologue du Servette FC, le Zurichois se défile. «Il n’a pas besoin de moi. Il a suffisamment d’entraîneurs et de personnes pour l’entourer. C’est un professionnel, et un professionnel sait comment réagir dans une telle situation. L’important pour l’équipe est de se serrer les coudes, de faire front face à l’adversité. Il ne faut surtout pas commencer à critiquer les coéquipiers par-derrière. Il faut rester positif et continuer à travailler.»

Tobias Stephan verrait d’un bon œil une thérapie qui avait fonctionné à merveille en mars, alors que GE Servette touchait le fond du trou. Avant de défier Ambri en finale des play-out, l’équipe était partie quelques jours à Chamonix, sans le staff technique, pour se recentrer sur la délicate mission qui l’attendait. Et ça avait marché du tonnerre, au point que l’Aigle n’a plus été battu à une seule reprise depuis lors. «Cette sortie en France avait produit un supereffet. Il fallait faire quelque chose pour l’esprit d’équipe, et c’était la bonne solution. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour eux?» interroge non sans raison Tobias Stephan.

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