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FootballL'union sacrée de Servette contre le doute

La lanterne rouge servettienne serre les rangs dans l'adversité. A l'image d'Alexandre Pasche et de Lionel Pizzinat, complices sur et hors du terrain.

par
Mathieu Aeschmann
Alexandre Pasche (à g.) et Lionel Pizzinat: une entente flagrante unit les deux hommes, même si quatorze?ans les séparent.

Alexandre Pasche (à g.) et Lionel Pizzinat: une entente flagrante unit les deux hommes, même si quatorze?ans les séparent.

Patrick Gilliéron lopreno

Le premier n'en finit plus de repousser les limites d'une vie passée en grenat. Le second vient de débarquer au bout du Lac. L'un peut contempler sa carrière tandis que l'autre s'y projette encore. Lorsque Lionel Pizzinat remporte en 1999 le dernier titre de champion suisse du Servette, Alexandre Pasche fête ses huit ans dans l'arrière-pays vaudois. Soixante kilomètres et une vie de foot séparent les deux hommes. Trois fois rien lorsqu'il s'agit de tirer à la même corde.

«En quinze ans, le football a beaucoup changé mais la dynamique d'un groupe reste toujours la même, explique l'Ancien. Chaque équipe possède sa hiérarchie. En 1999, nous étions par exemple quelques seconds couteaux très réceptifs à ce que disaient les cadres Fournier, Pédat ou Wolf.» Un peu par timidité, beaucoup parce qu'il juge la situation du club peu propice à l'épanchement, Lionel Pizzinat manie l'ellipse.

Mais derrière les références historiques pointe cette recette qu'on ne raconte pas mais qu'il semble vouloir transmettre depuis plusieurs semaines à Alexandre Pasche, colocataire de chambrée et voisin dans le cœur du jeu. «Un jeune doit être ambitieux mais il ne peut pas prétendre à tout, tout de suite. Il doit se nourrir de ceux qu'il côtoie. En ce sens, Alex possède la bonne attitude. Et puis sur le terrain, c'est toujours plus facile de se trouver des affinités avec un bon joueur.»

«Lionel n'est pas Gattuso»

Le compliment s'envole dans le ciel bleu des Evaux. Aucune chance qu'il monte à la tête du Vaudois. «A 21?ans, je ne me considère plus comme un espoir. J'ai l'impression de mieux me connaître, de mieux défendre. Mais il faut que je me concentre encore plus sur ce qui est ma force: faire jouer les autres. Et si jamais, Lionel est là pour recadrer. Ce n'est pas un aboyeur comme Gattuso mais il sait dire les choses quand il le faut.»

Or justement, la situation comptable du Servette inquiète. Et plus que jamais, la complicité affichée entre le capitaine et la recrue doit trouver un écho à l'échelle du groupe. «L'équipe vit très bien, assure Alexandre Pasche. On est certes déçus de nos résultats mais personne ne perd confiance.» Et Lionel Pizzinat d'ajouter: «On va boucler notre première semaine d'entraînement au complet. Franchement, si on avait pu compter sur Tréand, Eudis ou Esteban dès le début de saison, nous serions toujours européens et certainement pas en crise.»

Puisque le «gros mot» est lâché, comment faire au juste pour sortir d'une crise? «Ajouter un peu plus d'intensité et d'application dans tout ce qu'on fait», se risque Alexandre Pasche. «Mais attention, certains vont vouloir augmenter les doses de travail alors que la quantité n'est pas forcément la solution, tempère son aîné. Je crois qu'il faut surtout cultiver l'esprit de famille qui règne depuis que João Alves est arrivé. J'ai une longue carrière derrière moi et je peux vous assurer que je n'ai jamais connu pareille cohésion. Dans l'univers individualiste du football, c'est un trésor rare. Il faut se battre pour qu'il survive, surtout dans l'adversité.»

De la parole aux actes, Lionel Pizzinat improvisa hier un apéro d'équipe pour célébrer son anniversaire et celui du coach assistant Anthony Braizat (35?ans les deux). Gageons qu'Alexandre Pasche ne fut pas le dernier à trinquer en l'honneur de son capitaine. ?

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