Actualisé 14.02.2020 à 16:51

L'usine à «Dreams» ouvre ses portes en grand

Interactif

A la fois jeu, réseau social de la création et boîte à outils, le nouveau projet fou des créateurs de «Little Big Planet» fait le grand saut dans l'inconnu.

par
LeMatin.ch

Bande-annonce de lancement de «Dreams», le nouveau jeu concept des anglais de Media molecule (Mm).

En juin 2015, la première bande-annonce officielle de «Dreams» était proposée lors de la grand'messe de Sony pour sa PlayStation 4. C'était au salon E3 de Los Angeles. Connaissant le studio anglais Media molecule – et ses tro(mi)gnons jeux-mécano «Little Big Planet» – on était quasi certain que les têtes fêlées britanniques allaient persister sur le bizarre. On n'avait pas été déçu (cf vidéo ci-dessous).

Première bande-annonce de «Dreams», en 2015, deux ans après l'annonce du projet. (Vidéo: YouTube/PlayStation)

Cinq ans plus tard, le vendredi 14 février 2020 exactement, le produit est lancé officiellement, sur PlayStation 4 exclusivement (Media molecule appartient à Sony). Pour avoir pu soulever le couvercle de la boîte un peu plus tôt dans la semaine, on peut désormais affirmer que les savants fous de Guilford ont poussé à fond la logique de leurs précédentes productions: soit offrir dans un paquet un jeu vidéo, et plutôt un bon, avec les outils, les modes d'emploi, et tous les accompagnements requis pour permettre aux usagers de concevoir ce que bon leur semble en matière d'expression numérique. De tout genre, de toutes tailles, de toutes ambitions. Officiellement, «Dreams» est désormais qualifié de «réseau social de la création». Dont acte.

Un rêve d'Art

Au stade encore peu avancé de notre exploration, nous nous sommes d'abord aventurés dans «Art's Dream», un jeu narratif, jazzy en diable car le héros est musicien, et qui entremêle diverses mécaniques vidéoludiques. Créée en interne par les professionnels du studio, cette aventure interactive avec des morceaux d'énigmes et de plate-formes dedans a la durée d'un long métrage de cinéma. Elle est explicitement destinée a montrer de quel bois les outils de création de «Dreams» se chauffent.

Une entrée dans le catalogue

Mission accomplie, c'est impressionnant. Mais «Art's Dream» n'est qu'une des entrées dans un catalogue déjà fourni de créations venues de la communauté, celle qui a bénéficié d'un accès anticipé et donc de quelques mois d'avance pour proposer qui des copies de jeux existants, qui des création originale, qui des concepts plus abstraits encore. On a repéré un jeu d'épouvante, une course de glisseur dans le désert, un shoot en vue subjective... Rien qui n'arrive encore au niveau du «Rêve d'Art», mais cela n'en paraît pas moins prometteur. Nous n'avons gratté que la surface, cela dit.

«Art's Dream» en mode jeu de plate-formes

«Art's Dream» en mode jeu de plate-formes

Côté «espace de création», nous en sommes au milieu d'un guide à la pédagogie sans faille, qui prend, avec humour et une patience infinie, la main de l'apprenti et le conduit pas à pas dans la découverte des outils de plus en plus complexes. Les petites et grandes choses qui en ressortiront pourront ensuite être classées, partagées, évaluées, promues.

L'ombre de Project Spark

L'ambition, la générosité et l'indéniable capital de sympathie dont bénéficie Media molecule laissent espérer que «Dreams», chantier en constante évolution, pourra grandir et prospérer. Et surtout contourner l'iceberg qui a lentement coulé «Project Spark», un concept similaire (à la fois jeu et outil de création), lancé en 2014 par un studio texan sous le patronage de Microsoft pour PC et Xbox. Le projet n'a cependant trouvé ni la reconnaissance qu'il aurait pourtant mérité, ni son modèle d'affaires. En 2016, le petit feu déclenché par l'étincelle s'est éteint dans l'indifférence générale.

Trop de questions reste en suspens – notamment la mise en place, envisagée mais loin d'être finalisée d'un système de récompense des «rêveurs», possiblement financier – pour prédire sérieusement que «Dreams» parviendra à percer le nuage qui jette une ombre sur le concept même. Force est cependant de reconnaître que de nombreuses fées se trouvent autour du berceau.

Pour notre part, à un très modeste niveau, nous restons fasciné par le portail des contenus... forgés avec les outils qui, malgré tous les trésors de pédagogie déployés, ne cessent de nous intimider.

Spectateur ou acteur? «Dreams» voudrait qu'on soit les deux mais, bon prince, laisse le choix. C'est sa politesse.

Jean-Charles Canet

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