06.09.2020 à 15:42

PolémiqueLa 5G dans le clocher: Massonnens coupe l’antenne!

La petite paroisse de la Glâne (FR) avait promis son clocher à Swisscom pour une antenne relais. Face à la 5G, elle a fait marche arrière cette semaine. Comme Mézières au mois de juin.

par
Eric Felley
La commune de Massonnens (FR) dans la Glâne. Sa paroisse ne veut plus que sa magnifique église abrite une antenne 5G.

La commune de Massonnens (FR) dans la Glâne. Sa paroisse ne veut plus que sa magnifique église abrite une antenne 5G.

DR

L’histoire du projet d’antenne 5G dans le clocher de Massonnens (FR) est une nouvelle fois révélatrice de la méfiance engendrée par cette technologie au plus profond des campagnes helvétiques. Dans ce petit village bucolique de la Glâne (FR), Swisscom a repéré le magnifique clocher de l’église qui surplombe la région pour y installer une antenne relais. Il y a deux ans, l’opérateur a obtenu un accord avec la paroisse. Aujourd’hui, au moment de la mise à l’enquête, celle-ci fait volte-face.

La présidente du Conseil paroissial, Marylin Page, n’a jamais été convaincue du bien-fondé de ce projet: «Mais au sein du conseil, nous étions partagés. À la demande de l’opérateur nous avons effectué alors, en 2018, un sondage dans la commune. Nous avions envoyé 200 tous-ménages. 60 réponses nous sont parvenues, dont 45 étaient favorables à l’antenne, qui était alors spécifiée uniquement comme antenne relais».

6000 francs par an de location

Marylin Page s’est rangée à la majorité du sondage et la paroisse a signé un contrat avec l’opérateur pour 6000 francs par an pendant 15 ans. «Ce n’est peut-être pas une grosse somme en soi, dit-elle, mais pour la paroisse cela équivaut au montant des frais courants de l’église.» Marylin Page demeure toutefois dubitative: «Pendant ce temps, l’OMS dit qu’il n’est pas certain que ce soit sans risque pour la santé. En assemblée de paroisse nous avons eu de nouvelles discussions s’il ne fallait pas faire marche arrière, d’autant que l’école est proche». Mais, en avril, la paroisse signe les documents pour la mise à l’enquête.

Les mises à l’enquête d’antennes sont obligatoires dans le canton de Fribourg et il faut les repérer vite. C’est là qu’intervient la fondatrice du mouvement STOP 5G dans la Glâne, Chantal Blanc, qui traque toutes les procédures de ce type dans la région: «La mise à l’enquête faisant état d’une antenne de 3G à 5G à Massonnens a été déposée à fin août, précise-t-elle. On dispose de 14 jours pour s’y opposer, dimanche compris. Je me suis approchée de la présidente de la paroisse pour la motiver à faire opposition». Chantal Blanc contacte aussi le syndic du lieu, Joseph Piller, qui, malgré le sondage de 2018, accepte d’organiser une séance entre les opposants et Swisscom. Celle-ci a eu lieu le mercredi 2 septembre: «C’était chaud, reconnaît Chantal Blanc, mais cela s’est bien passé».

Une puissance trompeuse à l’enquête

Lors de cette rencontre, Nicolas Pernet, opposant à la 5G, a pu développer ses arguments: «Il est clair que cette antenne est disproportionnée pour le village et qu’elle est prévue pour une large zone dans la région. Pour moi, le principal problème est que la mise à l’enquête est faite avec un tiers de la puissance maximale de l’installation. Ainsi on ne peut pas s’y opposer. Mais on sait qu’il y a une forte pression pour faire augmenter les valeurs limites au niveau fédéral». Nicolas Pernet craint qu’une fois l’antenne en place: «On ne pourra plus rien dire quand ils augmenteront cette puissance. Swisscom dit qu’il y aura des remises à l’enquête, mais je crains qu’il dispose de moyens pour contourner cela. Le conseiller d’État Jean-François Steiert l’a d’ailleurs dit publiquement, il y a une incertitude juridique à l’heure actuelle sur cette question».

286 signatures contre en quelques jours

Pendant ce temps, Marylin Page et le Conseil paroissial ont cette fois décidé à l’unanimité de renoncer et de faire opposition à leur propre requête. Au mois de juin, la commune proche de Mézières (FR) a connu une situation similaire pour son clocher qui avait été promis à Swisscom: «L’action de Mme Blanc, que je ne connaissais pas, m’a redonné l’élan pour revenir sur notre décision et suivre le principe de précaution. Je constate que ni le Parlement, ni le Conseil fédéral n’ont une position claire. Au niveau local on doit donc se débrouiller. Je suis consciente que ce n’est pas notre petit mouvement qui va changer l’histoire, mais on ne peut pas rester sans rien faire».

Marylin Page a pris son bâton de pèlerin pour faire le tour du village. Elle a recueilli en peu de temps 124 signatures contre le projet. Se sont ajoutées 162 signatures dans les communes environnantes. Au total, une opposition collective munie de 286 signatures a été déposée en un temps record.

Dorénavant, c’est le Conseil communal qui soit se prononcer. Le syndic Joseph Piller prend acte du revirement: «Je pense que lors du premier sondage, les gens étaient moyennement informés, observe-t-il. Il y a deux ans, on parlait seulement de 4G, mais pas de 5G. Les gens ont changé d’avis. Le conseil se réunira mardi pour en discuter». Les opposants espèrent que la commune donnera un préavis négatif à la requête de la paroisse qui n’en veut plus… Les oppositions déposées seront traitées par le préfet de la Glâne, Willy Schorderet, dont le domicile est justement à Massonnens.

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61 commentaires
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Fred

07.09.2020 à 14:01

Ça fait depuis combien d'année que les ondes longues, courtes ou micro métriques nous passent par dessus nos têtes et sous nos pieds. Vous en avez vu ou senti.... Non !. Alors ce n'est certainement que du bla bla politique et c'est tout. Allez les citoyennes et citoyens en avant, un sourire pour la paix....

Marie-Anne

07.09.2020 à 12:10

"... j'ai peur que les méthodes courantes de Machine ou Deep Learning liées au big data nous amènent à consommer beaucoup trop de ressources et se révèlent très dangereuses pour la planète. Le volume de données est corrélé à celui de l'énergie nécessaire pour faire tourner et refroidir les datas centers de plus en plus larges et puissants où elles transitent et où elles sont traitées. On estime qu'un grand data center peut consommer à lui seul plus qu'une ville française de 100 000 habitants." .... "La climatisation et les systèmes de refroidissements des datas centers représentent de 40 à 50 % de leur consommation énergétique. Les datas centers américains ont consommé 91 milliards de kWh en 2013 et 56 milliards en Europe. On prévoit qu'ils consommeront 104 milliards de kWh en 2020. Près de Washington, il y a même des centrales nucléaires dédiées à l'alimentation des datas centers." in "L'intelligence artificielle n'existe pas" p. 274-275 de Luc Julia, cocréateur de Siri

Edouard

07.09.2020 à 11:16

On en parle des techniques douteuses de mme blanc? Harcèlement, pression, insultes envers tout le monde y compris le personnel communal...