Politique monétaire: La BCE va défendre son indépendance
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Politique monétaireLa BCE va défendre son indépendance

La Banque centrale européenne (BCE), qui essuie un feu nourri de critiques en Allemagne, va chercher à convaincre du bien-fondé de sa politique très expansionniste.

Le président de la BCE Mario Draghi.

Le président de la BCE Mario Draghi.

ARCHIVES, Keystone

Cible d'une hostilité croissante en Allemagne, la Banque centrale européenne (BCE) se livrera jeudi à un délicat exercice de pédagogie pour convaincre du bien-fondé de sa politique très expansionniste. Elle devra aussi laisser la porte ouverte à de nouvelles interventions.

Le président de la BCE Mario Draghi va probablement «rappeler l'indépendance de la banque et souligner que plus de soutien (aux prix) est toujours possible», estime Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics.

L'Italien doit s'exprimer jeudi à l'issue de la réunion régulière de politique monétaire du conseil des gouverneurs de l'institution. Celui-ci avait décidé début mars d'étendre encore l'intervention de la banque centrale pour soutenir l'économie européenne et faire remonter l'inflation.

Critiques sur les taux bas

Mais en Allemagne, pays vieillissant où beaucoup de citoyens misent sur l'épargne pour financer leur retraite, la banque centrale essuie un feu nourri de critiques de la part de certains grands médias, universitaires et responsables politiques.

Objet du litige: la politique de taux très bas et de liquidités abondantes qui, rendant les placements traditionnels peu attractifs, sape les efforts des épargnants et fragilise le secteur bancaire, tempêtent ses détracteurs.

Comparé à une situation de «taux normaux», les Allemands auraient perdu plus de 260 milliards d'euros depuis 2010 en raison des taux bas, assure la banque mutualiste DZ Bank.

La dernière pique en date est venue du très influent ministre des finances Wolfgang Schäuble, qui a imputé à la BCE la montée des mouvements populistes en Allemagne, et jugé que le trop-plein de liquidités - censé soutenir l'économie - était désormais une source de problèmes.

Allemands soutenus

«Les critiques allemandes envers la BCE ne sont pas nouvelles. Elles ont toutefois franchi un nouveau palier ces derniers jours», estime Carsten Brzeski, économiste chez ING. Surtout, «le ton et l'attaque directe de la BCE par un membre senior, l'un des deux plus importants du gouvernement allemand, sont sans précédent», selon lui.

L'indépendance de la banque centrale avait justement été voulue, lors de sa création, par une Allemagne soucieuse de préserver la politique monétaire des influences nationales.

Dans ce face-à-face, la banque centrale a toutefois trouvé des alliés inattendus en la personne du président de la Bundesbank allemande Jens Weidmann et du ministre français des finances Michel Sapin, qui se sont tous deux posés en défenseurs de son indépendance.

Bien qu'opposé à la plupart des mesures récemment mises en oeuvre par l'institution européenne, M. Weidmann a estimé qu'une politique monétaire expansionniste était requise pour soutenir l'économie européenne toujours fragile. Et que les banquiers centraux n'avaient pas à se soucier des conséquences électorales de leur action.

Mise en garde française

M. Sapin a expliqué que la France avait appris «difficilement» à ne pas tenter d'interférer dans la politique monétaire. «Je souhaite que nos amis allemands se souviennent de cette qualité qu'ils ont fait prévaloir dans le débat, (...) il ne faut pas que les Allemands perdent leurs bonnes habitudes», a-t-il ajouté.

La BCE tente de faire repartir depuis plusieurs mois l'inflation en zone euro, au moyen de taux d'intérêt très bas et en déversant des montagnes d'argent dans le circuit financier pour stimuler le crédit et l'activité économique.

Ces efforts tardent à produire leurs effets. Toujours lestée par la chute des cours du pétrole, l'inflation a été nulle en mars dans la zone euro, après un repli de 0,2% en février.

Cette faible dynamique contraint la BCE a aller toujours plus loin. Début mars, elle a abaissé à zéro son principal taux directeur, référence du crédit en zone euro. Elle a aussi gonflé la taille de son vaste programme de rachat de dettes, le «QE», et promis de nouveaux prêts géants gratuits pour les banques de la région.

(ats)

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