Bienne: «La bière, sur la place de la Gare, ce n'est pas le problème»
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Bienne«La bière, sur la place de la Gare, ce n'est pas le problème»

Le directeur biennois de la sécurité et de l'action sociale se met à la place des marginaux, exclus de la place de Gare.

par
lematin.ch
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Des SDF n'ont plus le droit de s'asseoir et boire dans un périmètre défini autour de la gare. Les contraventions s'accumulent et une pétition a été lancée pour autoriser à nouveau l'accès aux lieux. Le conseiller municipal biennois Beat Feurer donne des précisions le 9 juin 2020.Photo: Sébastien Anex

Des SDF n'ont plus le droit de s'asseoir et boire dans un périmètre défini autour de la gare. Les contraventions s'accumulent et une pétition a été lancée pour autoriser à nouveau l'accès aux lieux. Le conseiller municipal biennois Beat Feurer donne des précisions le 9 juin 2020.Photo: Sébastien Anex

Début juin 2020, l'écrivaine et ancienne SDF Gabriela Pereira a lancé une pétition. Elle souhaite que l'interdiction des rencontres de certaines personnes désœuvrées en gare de Bienne soit levée.

Début juin 2020, l'écrivaine et ancienne SDF Gabriela Pereira a lancé une pétition. Elle souhaite que l'interdiction des rencontres de certaines personnes désœuvrées en gare de Bienne soit levée.

Sébastien Anex
Gery n'a pas de logement. Il se rend à la gare pour garder quelques contacts sociaux et «ne pas perdre la boule».

Gery n'a pas de logement. Il se rend à la gare pour garder quelques contacts sociaux et «ne pas perdre la boule».

Des interdictions de périmètre signifiées à certains marginaux et pas à d'autres, c'est le sujet qui fâche à Bienne. Après avoir décrit la situation vécue par Gery et donné la parole à une artiste préoccupée par l'usage de l'espace public, «lematin.ch» donne la parole à Beat Feurer, directeur de la sécurité et de l'action sociale. Thème de la discussion: quelle image voulez-vous donner de Bienne?

«L'image de Bienne est définie collégialement par le Conseil municipal, et partant, par la population. Mais dans ma fonction, je dois garantir aux usagers un sentiment de sécurité. On doit pouvoir se plonger dans la vie biennoise, diurne et nocturne, sans crainte de nuisance. Une exigence qui vaut en particulier pour les femmes et les aînés».

Que devrait voir un touriste en sortant de la gare?

«Quand vous rencontrez quelqu'un, la première seconde est déterminante. Il en va de même pour une ville. Elle devrait se montrer au pire intéressante, au mieux accueillante...».

Avec des fleurs? Des policiers?

«Le ressenti est subjectif: pour les uns, les uniformes supposent des problèmes, pour les autres, ils suggèrent des solutions».

Y a-t-il un modèle? Montreux? Vevey?

«La propreté fait la différence. Arrivant à Paris par la gare du Nord, sale et moche, j'ai mis du temps à comprendre, apprécier et finalement aimer cette capitale. Mais il ne s'agit pas de reproduire un modèle: à chaque ville son caractère, avec ses progrès à réaliser en architecture et en urbanisme».

À Bienne, on voit des buveurs de bière. Et alors?

«Boire de la bière, sur la place de la Gare, ce n'est pas le problème. Ce qui n'est pas idéal, sans être problématique, c'est le regard attiré par le buveur: les passants sont en droit de se sentir irrités. Notre rôle consiste à les protéger. Porter assistance, c'est même un devoir!».

Faut-il renvoyer les marginaux ailleurs?

«Nous recevons des plaintes de passants qui se disent harcelés, voire agressés. C'est inacceptable, mais ce n'est pas nouveau: un concept établi en 2007 demande à la police cantonale d'intervenir. Notre rôle ne consiste pas à définir comme elle doit le faire, mais nous sommes heureux qu'elle le fasse».

Êtes-vous parfois assis sur le banc devant la gare?

«J'aime regarder et observer, mais je fais ailleurs: à Bienne, je suis reconnu depuis mon élection au Conseil municipal, ce qui fausse le jeu».

Que dites-vous à Gery, ce Tchèque interdit de périmètre?

«Je ne le connais pas, mais si son séjour est illégal, il devrait rentrer dans son pays. En attendant, la Ville est là pour lui garantir sa sécurité, sans discrimination».

Vincent Donzé

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