Conseil national: La biodiversité face à l’électricité et l’agriculture

Publié

Conseil nationalLa biodiversité face à l’électricité et l’agriculture

Le Conseil national entame un long débat sur l’initiative qui vise à assurer la biodiversité en Suisse. Depuis dix ans, la Suisse n’a pas fait grand-chose. Et les réticences sont toujours là.

par
Eric Felley
Quelque 50 orateurs sont annoncés pour parler de l’avenir de la biodiversité en Suisse.

Quelque 50 orateurs sont annoncés pour parler de l’avenir de la biodiversité en Suisse.

lematin.ch

Le débat autour de l’initiative «pour l’avenir de notre nature et de notre paysage», autrement dit l’initiative pour la biodiversité, a commencé lundi dans le contexte particulier de la crise de l’énergie. L’initiative a été déposée en septembre 2020 et vise à ancrer dans la Constitution un plus grand investissement de la Suisse pour la biodiversité de la faune et de la flore. Le Conseil fédéral lui oppose un contre-projet indirect, qui reprend pour une bonne part les intentions des initiants, tout en laissant une plus grande marge de manœuvre à la Confédération et aux cantons.

1500 km² de plus

En tant que rapporteur, Christophe Clivaz (V/VS) a précisé que ce contre-projet du Conseil fédéral visait à créer des aires de protection reliées entre elles et à renforcer la biodiversité en milieu urbain, tout en tenant compte de la politique énergétique du Conseil fédéral. Celui-ci s’est fixé comme objectif de réserver à la biodiversité 17% de la surface du pays, alors que nous n’en sommes qu’à 13,4%. Il faudrait réserver 1500 km² supplémentaires. Le contre-projet prévoit d’élargir la liste des biotopes, d’augmenter leurs surfaces, de développer des réserves forestières, des zones protection, des infrastructures pour permettre aux espèces de se déplacer entre les cours d’eau ou les lisières de forêt.

Animaux, plantes et champignons

Pour Martina Munz (PS/SH): «Un tiers des espèces d’animaux, de plantes et de champignons est en danger en Suisse, c’est une crise aussi urgente que la crise climatique. Les trois quarts des insectes ont disparu. Tout le monde se souvient quand il fallait essuyer son parebrise sur la route. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car la masse des insectes a diminué de trois-quarts».

«10 terrains de football par jour»

La présidente de Pro Natura, Ursula Schneider Schüttel (PS/FR), membre du comité d’initiative, fait un constat implacable: «En Suisse on construit 10 terrains de football par jour. La faune et la flore ne trouvent plus d’espace pour vivre, les paysages sont détruits. (…) Je suis inquiète de constater que la Suisse n’a atteint aucun des objectifs de biodiversité ces dernières années». Elle a rappelé que le Parlement avait voté en 2008 une motion en faveur de la biodiversité. En 2012, le Conseil fédéral avait adopté une stratégie, puis en 2017 un plan d’actions. En 2022, dans son message, le Conseil fédéral doit admettre que l’état de la biodiversité est peu satisfaisant et «même en recul».

Une crise «qui n’existe pas»

En face, le son de cloche est tout autre. C’est le Valaisan Michael Graber (UDC/VS), qui a porté le fer: «La population a d’autres problèmes qu’une crise de la biodiversité qui n’existe pas. Une fois de plus la conseillère fédérale est à la botte d’un groupe d’extrémiste. Arrêtez d’être naïf comme avec l’initiative des Glaciers. Ayons le courage de mettre l’initiative devant le peuple. Je ne comprends pas la peur de cette initiative rose-verte». En conclusion, il a eu cette formule: «Faisons des lois qui s’adressent aux êtres humains… Nous sommes surpeuplés à cause de l’immigration et c’est pour cela que nous avons un problème de biodiversité dans notre pays».

Problème pour l’approvisionnement du pays

Pierre André Page (UDC/FR) a joué la fibre de l’agriculteur amoureux de la nature, mais qui ne veut pas «d’une dictature de la biodiversité». Quant à son collègue Albert Röstis (UDC/BE), il a démontré à quel point la biodiversité pouvait être contraire au développement du tourisme dans l’Oberland bernois ou à l’avenir de l’énergie hydraulique. Selon lui, il n’est pas question de figer dans la nature 1500 km² de sol, «soit l’équivalent du canton de Lucerne». Enfin, Christiane Bulliard Marbach (C/FR) a évoqué la position du Centre, qui refuse l’initiative, et qui est divisé sur le contre-projet. Une majorité au sein du groupe craint que ces terres soient à nouveau soustraites à l’agriculture, ce qui pourrait poser notamment un problème pour l’approvisionnement du pays.

Si le Parlement va clairement refuser l’initiative, le contre-projet n’est pas certain d’obtenir une majorité.

Ton opinion

6 commentaires