Formule 1: La bonne étoile de Mercedes

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Formule 1La bonne étoile de Mercedes

La Scuderia aurait dû signer le doublé à Sotchi, mais la panne d'un moteur hybride sur une des deux voitures a coûté la victoire à l'autre. Pour conduire à un doublé inattendu de Mercedes!

par
Luc Domenjoz
Sotchi

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Risque électrique

Mi-course. Les deux Ferrari mènent tranquillement et roulent vers leur deuxième doublé consécutif après celui de Singapour. C'est alors que d'un seul coup, les ingénieurs de la Scuderia constatent une panne sur le MGU-K de la voiture de Sebastian Vettel. L'unité de récupération de l'énergie cinétique de freinage a perdu son isolation électrique. «Nous avons demandé à Seb (Vettel) d'arrêter la voiture immédiatement, sous peine de court-circuit général», expliquait Mattia Binotto, le patron de Ferrari, après la course. «C'est dommage, parce que 100 mètres plus loin, c'était l'entrée des stands. La course n'aurait pas eu besoin d'être neutralisée derrière la voiture de sécurité, et nous ne l'aurions pas perdue!»

Son écurie a demandé à Vettel de s'éloigner de son châssis sans contact avec le sol, raison pour laquelle le pilote allemand a sauté à pieds joints en descendant de voiture. La voiture n'étant plus isolée électriquement, la toucher pouvait être très dangereux. La direction de course a donc dû intervenir avec la voiture de sécurité, ce qui a permis aux deux Mercedes de changer leurs pneus sans perdre de temps et de ressortir des stands en tête de course!

Du coup, leur stratégie a priori perdante – partir avec les pneus mediums, moins performants - s'est muée en victoire puisque ces pneus ont permis aux Mercedes d'aller plus loin et d'attendre cette hypothétique voiture de sécurité pour les changer.

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Polémique chez Ferrari

Après avoir pris un départ canon, Sebastian Vettel a bondi de la troisième à la première place au premier virage. Ayant réglé sa voiture en vue de la course, il était dès lors un peu plus rapide que Charles Leclerc, deuxième, et prenait lentement le large. C'est alors que ses ingénieurs ont demandé à l'Allemand de laisser passer le Monégasque, pour respecter un accord passé avant le Grand Prix. Sauf que Sebastian Vettel ne s'est pas exécuté, et que la direction de Ferrari a passé de longues minutes à se demander que faire.

Finalement, l'undercut offert à Charles Leclerc, en laissant plus longtemps Sebastian Vettel en piste, a permis au Monégasque de reprendre la tête, avant de la perdre suite à la panne de son équipier. Au sein des autres équipes, la situation a été vertement critiquée: «Ferrari a réussi à perdre avec la meilleure voiture, chapeau bas», persifle Helmut Marko, le patron de la compétition chez Red Bull. «Sebastian était le plus rapide, mais ils l'ont sacrifié. Il n'a plus d'avenir chez Ferrari». Pour Toto Wolff, le patron de l'écurie Mercedes, ce qui s'est produit à Sotchi, chez Ferrari, montre combien il est parfois difficile de gérer deux pilotes rapides.

Avant la course, les deux pilotes Ferrari ont conclu un accord tacite: pour permettre à Sebastian Vettel de passer Lewis Hamilton, Charles Leclerc devait lui permettre de prendre l'aspiration au départ. Mais l'Allemand n'était pas censé en profiter pour prendre la tête… C'est la raison pour laquelle Ferrari lui a demandé de laisser le Monégasque le repasser. Ce que l'Allemand a refusé de faire, et ce qui a été finalement accompli par Ferrari en le laissant en piste plus longtemps.

Après la course, Mattia Binotto s'est expliqué sur cette demande d'inversion des pilotes. «Le plus important, pour nous, c'était que nos deux voitures soient devant à la fin du premier tour, pour nous permettre de contrôler le rythme de course, et c'est ce qui s'est passé. Au départ, Charles a donné l'aspiration à Seb, il est resté sur la gauche, et Seb s'est retrouvé naturellement plus rapide que Charles. Quand on a demandé à Seb de rendre sa position, il est juste de dire que Charles n'était peut-être pas assez proche, nous aurions perdu du temps en piste. Nous savions que nous pourrions intervenir plus tard pour inverser les places. A la base, l'undercut n'avait pas pour but de favoriser Charles, mais son pneu avant-gauche commençait à être trop usé, il fallait le changer tout due suite. A ce moment, si nous avions aussi arrêté Seb, nous aurions été fragilisés en cas de voiture de sécurité, ça aurait permis à Lewis Hamilton de prendre la tête. Donc on est resté aussi longtemps que possible en piste avec Seb, jusqu'à ce que ses pneus soient usés à leur tour. Et après, Charles s'est retrouvé devant Seb.»

L'histoire s'est finalement mal terminée pour la Scuderia, mais ce nouveau chapitre du conflit entre Sebastian Vettel et Charles Leclerc va sans doute augmenter encore les tensions entre les deux pilotes.

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Ferrari travaille sur 2020

Depuis le début de la saison, les Ferrari SF90 souffraient de problèmes dans les virages lents, là où excellaient les Mercedes. Mais depuis l'été, ces soucis appartiennent au passé. Le doublé signé à Singapour, et la vitesse affichée à Sotchi en constituent les meilleures preuves.

En Russie, en dépit de l'échec en course, Mattia Binotto, le patron de la Scuderia, pouvait afficher le sourire. «Nous semblons compétitifs dans toutes les situations, c'est le plus important, explique-t-il. Le nouvel ensemble aérodynamique nous a permis de faire des choses fantastiques à Singapour, mais nous sommes heureux de pouvoir le confirmer sur un autre tracé, comme c'est le cas ici à Sotchi, avec d'autres réglages.»

Evidemment, le retour en forme des Ferrari a lieu un peu tard pour viser le titre mondial 2019. «Comme il n'y a pas de changement de règlement l'an prochain, nous allons pouvoir transposer sur notre future voiture tout ce que nous apprenons sur la voiture actuelle. Ce sera la clé pour bien commencer 2020.»

Alors qu'il ne reste plus que cinq Grands Prix cette saison, Mattia Binotto confirme que les développements de la voiture actuelle vont bientôt être terminés. «Depuis le Grand Prix d'Espagne, en mai, nous cherchons à corriger nos performances sur les Grands Prix qui demandent beaucoup d'appuis. Beaucoup d'efforts ont été faits en interne pour comprendre nos faiblesses et pour savoir comment faire fonctionner les pneus. Il a fallu du temps. Maintenant, nous allons pouvoir terminer la saison de manière plus sereine et nous concentrer sur la voiture 2020.»

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