Tradition: La bouchoyade a perdu son sang

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TraditionLa bouchoyade a perdu son sang

La protection des animaux prime sur la défense du patrimoine: tuer un cochon à l'ancienne et en public, ce n'est plus un must à la Saint-Martin.

par
Vincent Donzé
Le cochon mis à mort en public, c'est fini de Grandfontaine (photo) au Boéchet.

Le cochon mis à mort en public, c'est fini de Grandfontaine (photo) au Boéchet.

PHILIPPE MAEDER

C'est une tradition qui meurt pour que vive l'éthique: tuer des cochons à l'ancienne et en public avant la Saint-Martin n'est plus du goût des autorités jurassiennes.

La fête ancestrale du cochon a-t-elle perdu son sang et son âme? Au Boéchet, la bouchoyade qui a précédé la désalpe ne s'est pas déroulée à la satisfaction du vétérinaire cantonal José Cachim, comme l'a relaté Le Quotidien Jurassien. De quoi décourager le président de la désalpe, Vincent Godat, qui renoncera l'an prochain à faire tuer le cochon par un boucher. Même renoncement à Grandfontaine, où l'Amicale des vieilles traditions servira samedi 300 repas sans folklore.

«Le vétérinaire cantonal a chronométré l'abattage au lieu de conseiller le boucher», déplore Vincent Godat. Parmi les mauvaises notes attribuées, «l'assistant chargé du nettoyage au jet n'était pas vêtu de blanc», admet Vincent Godat, en omettant de préciser que l'eau projetée au sol giclait la carcasse.

Vincent Godat reconnaît au vétérinaire le devoir de faire appliquer la loi sur la protection des animaux, mais il refuse de passer pour un sans-cœur. «Nos bêtes, on les aime jusqu'au bout! On ne veut pas les faire souffrir», clame cet agriculteur.

Selon Vincent Godat, le rituel public n'avait rien de sordide: «Le cochon était tué sans souffrance, comme à l'abattoir», affirme-t-il. L'animal n'était saigné qu'après avoir été étourdi par électrochoc. Mais le timing matinal n'était pas le bon le 8 octobre dernier: le boucher n'a pas attendu les trois minutes permettant de garantir la mort de l'animal avant d'ébouillanter la carcasse. Il manquait 53 secondes, ce qui fait dire au ministre Jacques Gerber «qu'il aurait suffi d'un verre d'apéro de plus» pour être dans les règles.

Ce que soutient l'élu, c'est que la loi ne tue pas les traditions: «On peut très bien bouchoyer à l'ancienne en respectant sans grands frais les nouvelles normes», affirme-t-il.

L'homme politique sait de quoi il parle: «C'était une fête, quand je bouchoyais avec mes parents et mes grands-parents», dit-il, en admettant qu'à l'époque, l'abattage à la carabine n'était «certainement pas correct». Mais pour Jacques Gerber, il n'est plus question de tolérer des approximations, de surcroît en public.

L'exemple à ne pas suivre, pour beaucoup, c'est la bouchoyade effectuée en 2013 au Musée paysan et artisanal de La Chaux-de-Fonds, lorsque le Service vétérinaire neuchâtelois a fait embarquer la dépouille d'un cochon insuffisamment saigné et jugé «impropre à la consommation».

L'abattage aux abattoirs, et pourquoi pas? Réponse de Vincent Gobat: «L'abattage public d'un cochon qui par ailleurs ne subissait pas le stress d'un transport en camion montrait aux citadins d'où venait la viande.»

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