23.11.2015 à 10:25

HorlogerieLa branche ne voit pas d'amélioration immédiate

Les grands groupes n'ont pour l'heure pas annoncé de licenciements collectifs mais plusieurs sous-traitants ont dû procéder à des réductions de personnel.

L'inquiétude est grande dans le canton de Neuchâtel, qui compte respectivement 26,2 et 29,2% des entreprises et du personnel du secteur en Suisse.

L'inquiétude est grande dans le canton de Neuchâtel, qui compte respectivement 26,2 et 29,2% des entreprises et du personnel du secteur en Suisse.

Keystone

En cette période automnale, les nuages s'accumulent sur l'horlogerie. Alors que les annonces de licenciements s'accélèrent, les spécialistes de la branche ne voient pas d'amélioration imminente à l'horizon, mais ne cèdent pas pour autant à la panique.

L'inquiétude, déjà palpable en juin à la veille des vacances horlogères, s'est confirmée après l'été. Si les grands groupes n'ont pour l'heure pas annoncé de licenciements collectifs, plusieurs sous-traitants ont dû procéder à des réductions de personnel.

Rien qu'en novembre, une centaine de suppressions de postes ont été communiquées dans le canton de Neuchâtel, qui compte respectivement 26,2 et 29,2% des entreprises et du personnel du secteur en Suisse à fin 2014, selon les statistiques de la Convention patronale horlogère suisse (CP).

Le soufflé semble retomber en 2015. La Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) annonçait la semaine dernière une baisse marquée des exportations en octobre, pour le quatrième mois cette année - qui plus est l'un des plus importants -, chutant de 12,3% pour tout juste atteindre 2 milliards de francs.

Multiples facteurs

D'aucuns évoquent le franc fort et l'abandon le 15 janvier du taux plancher de l'euro face au franc par la Banque nationale suisse (BNS), qui renchérit les exportations helvétiques. Le recul des ventes sur les marchés majeurs que sont Hong Kong et les Etats-Unis impacte aussi toute la branche.

«Une partie du recul de Hong Kong peut certes être compensée dans d'autres régions - en Europe, au Japon - mais le fait qu'il s'agisse du marché le plus important, avec 20% du chiffre d'affaires en 2014, a de fortes répercussions», constate René Weber, analyste à la banque Vontobel.

La crise en Ukraine et la chute du rouble en Russie pèsent également. Tout comme la situation complexe au Moyen-Orient et la campagne de lutte anticorruption en Chine, dont l'économie s'essouffle en outre depuis l'été.

Sous-traitants touchés

«Nous savions que le marché marquait le pas - en Chine, en Russie, avec le franc fort et la montre connectée dont on ne connaît pas encore l«impact, mais qui a peut-être déstabilisé la clientèle. Il fallait s«attendre à une réduction de la production, mais il ne faut pas se résigner», positive François Matile, secrétaire général de la CP.

Les mesures de chômage partiel prises en début d'année semblent en tous les cas ne plus suffire: 663 chômeurs étaient comptabilisés mi-novembre par le service de l«emploi du canton de Neuchâtel.

«Ce sont surtout les sous-traitants qui souffrent, cela se remarque une nouvelle fois lorsqu'il y a une contraction. Les marques sont plus prudentes dans leurs achats», pointe Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH).

Pourtant, le secteur emploie actuellement quelque 60'000 personnes en Suisse, du jamais vu depuis le milieu des années 1970, avant la crise due à la concurrence du quartz.

Prévisions à la baisse

Une surchauffe? «Clairement non. Il y a eu une hausse des effectifs, sans pour autant qu'une forte augmentation des pièces ait été enregistrée. Je dirais plutôt qu'il s'agit d'une optimisation de la production: les entreprises font de plus en plus appel à du personnel qualifié, nombreux, bien formé», estime François Matile.

Dans sa récente étude «Perspectives de l'économie neuchâteloise» réalisée avec les Services de statistique et de l'économie du canton et la Banque cantonale neuchâteloise (BCN), la Chambre neuchâteloise du commerce et de l'industrie (CNCI) confirme l'importance de l'horlogerie dans le tissu économique local.

«En 2014, l'horlogerie reprend sa place de premier secteur économique cantonal, pesant près de 20% du PIB. Avec un taux de croissance de 4,2% en 2014, elle enregistre la plus forte croissance des dix principales branches de l'économie neuchâteloise derrière le raffinage», pose-t-elle.

Quid de la suite? «La tendance négative s'est renforcée à Hong Kong et les Etats-Unis se sont affaiblis. Nous avons revu nos attentes pour l'exportation horlogère suisse de 0% à -4% pour 2015, et réduisons celles pour 2016 à 3%», prophétise René Weber, rappelant que le secteur se trouve encore proche d'un niveau record.

Une croissance positive est d'ailleurs à nouveau attendue pour 2017.

L'emploi marque le pas

Les chiffres des demandeurs d'emploi dans le secteur horloger sont en hausse depuis bientôt une année, laissant préfigurer un ralentissement du secteur. Les milieux syndicaux craignent de nouveaux licenciements.

«Du point de vue du chômage, nous observons effectivement une augmentation du nombre de demandeurs d'emploi (865 mi-novembre, ndlr), dans le secteur de l'horlogerie dans le canton de Neuchâtel, notamment depuis la fin de l'année 2014», note Sandra Zumsteg, cheffe du service de l'emploi du canton de Neuchâtel.

La tendance était donc perceptible avant l'abandon du taux plancher de l'euro face au franc le 15 janvier par la Banque nationale suisse. «En revanche, le canton de Neuchâtel compte beaucoup moins de demandeurs d'emploi que le nombre atteint lors de la crise des subprimes en 2009», nuance Sandra Zumsteg.

Concernant le nombre actuel d'emplois existant dans la branche, «nous n'avons pas de chiffres globaux et définitifs pour 2015, mais la tendance est à la baisse, bien qu'il soit impossible de dire dans quelles proportions», note François Matile, secrétaire général de la Convention patronale horlogère suisse (CP).

«Tout s'accélère en cette fin d«année, car c'est là que les entreprises voient que le budget ne sera pas tenu», avance cependant Francisco Pires, secrétaire général pour l'industrie au syndicat Unia Neuchâtel. D'autant que les mesures de chômage partiel ne peuvent pas durer «quand les carnets de commandes sont vides».

«Nous, en tant que syndicat, nous ne voyons que les entreprises conventionnées», relève pour sa part Francisco Pires. «Mais j'ai entendu que d'autres sous-traitants non conventionnés ont licencié - sauf que nous n'en parlons pas si les employés ne s'annoncent pas.»

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!