28.11.2016 à 13:49

ChineLa bulle immobilière gonfle la dette des ménages

La dette des ménages représente désormais plus de 40% du PIB chinois, contre 28% il y a cinq ans.

Le ratio de la dette des ménages chinois demeure pour le moment inférieur à celui des économies développées.

Le ratio de la dette des ménages chinois demeure pour le moment inférieur à celui des économies développées.

Keystone

L'endettement des ménages chinois s'envole à un rythme alarmant, dopé par la fièvre des prix des appartements. Ce phénomène illustre les fragilités du système financier et les risques d'un retournement du secteur immobilier au sein de la deuxième économie mondiale.

Les Chinois avaient traditionnellement horreur du crédit, préférant piocher dans leurs proverbiales économies pour leurs grosses dépenses. «Mais cette notion séculaire est révolue», tranche Chen Long, analyste du cabinet Gavekal Dragonomics.

La frénésie consumériste, un crédit extrêmement bon marché et surtout l'envolée des prix de l'immobilier ont changé la donne en quelques années.

De jeunes ménages désemparés face au prix des appartements urbains (celui du neuf à Shanghai s'est envolé cet été de 40% sur un an) ou des particuliers soucieux de placements lucratifs n'hésitent plus à contracter un crédit. A telle enseigne que la dette des ménages représente plus de 40% du PIB chinois, contre 28% il y a cinq ans.

Flambée immobilière

Cette embardée du crédit est étroitement liée à la flambée de l'immobilier: de quoi provoquer un effet domino dévastateur en cas de violent retournement du marché, qui se répercuterait sur les taux d'intérêt et jusque sur les cours des matières premières, avec des «conséquences mondiales», s'alarme la banque ANZ.

Quand les flots de capital finissent par se tarir, les prix de l'immobilier peuvent s'effondrer, entraînant des défauts de paiement en cascade parmi les promoteurs immobiliers, les petites banques terrassées par les créances douteuses et même certains gouvernements locaux.

Le ratio de la dette des ménages chinois demeure pour le moment inférieur à celui des économies développées (elle représente presque 80% du PIB aux Etats-Unis). Mais est déjà loin devant celui des autres grands émergents, comme le Brésil et l'Inde. Sur sa trajectoire actuelle, la dette des ménages en Chine pourrait même atteindre 70% du PIB d'ici quelques années, selon Dragonomics.

Pékin est le principal responsable: il a multiplié depuis 2014 les baisses de taux d'intérêt et les mesures pour réduire le coût du crédit et inciter les banques à prêter davantage. Mais l'argent emprunté a surtout alimenté les investissements spéculatifs dans les matières premières et les achats de propriétés.

Au final, le boom de la construction a permis de soutenir un peu la croissance, qui s'est stabilisée cette année, mais le répit sera modéré: «les risques générés sont tels» que la stratégie «pourrait s'avérer contreproductive», se désole M. Chen.

Rééquillibrage

La dette totale de la Chine (prêts aux ménages, endettement du secteur financier, dette publique) atteignait 168'480 milliards de yuans (24'627,56 milliards de francs) fin 2015, soit 249% du PIB, selon l'Académie chinoise des sciences sociales.

Or, la Chine est engagée dans un douloureux rééquilibrage de son modèle de croissance, au profit notamment de la consommation intérieure, quitte à ce que celle-ci soit alimentée par le crédit.

Dans le même temps, la «finance de l'ombre» prospère en dehors du système bancaire officiel, avec des officines proposant des microcrédits, et des prêts entre particuliers en plein essor: des solutions non régulées qui exacerbent les risques d'investissements spéculatifs.

Certes, les familles continuent en moyenne d'épargner davantage qu'elles n'empruntent. Mais le modèle d'une consommation financée à crédit n'en demeure pas moins «un jeu dangereux», avertit Andrew Collier, d'Orient Capital Research.

Le retournement du marché immobilier «ne serait que le début d'une crise sérieuse», explique-t-il à l'AFP. «Dur de prédire quelle serait son ampleur. Mais la Chine se prépare assurément des moments difficiles».

(ats)

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