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présidentielle américaineLa campagne de Romney minée par les bonnes nouvelles

Dans certains Etats clés, l'amélioration progressive de l'emploi est une aubaine pour le président Obama et illustre la difficulté pour le républicain à convaincre qu'il faut changer de gouvernement.

La critique systématique de la politique économique de Barack Obama ne paie plus vraiment pour Mitt Romney.

La critique systématique de la politique économique de Barack Obama ne paie plus vraiment pour Mitt Romney.

Keystone

Mitt Romney a fait du mauvais état de l'économie américaine l'axe central de sa campagne présidentielle.

Mais dans l'Ohio, Etat emblématique du nord des Etats-Unis, où l'automobile est un moteur de l'économie locale et le gaz de schiste créateur d'emplois, la relative embellie de ces derniers mois vient contrecarrer ses plans.

A Moraine, dans la banlieue de Dayton, les herbes folles qui envahissent l'usine automobile désaffectée fourniraient pourtant un bel argument à la campagne de Mitt Romney pour convaincre les électeurs de licencier le président Obama.

Mais l'usine appartenait à General Motors, le géant de l'automobile sauvé de la faillite grâce au plan de sauvetage du secteur de Barack Obama en 2009, et grâce auquel des centaines de milliers d'ouvriers de General Motors, Chrysler et de centaines de sous-traitants ont conservé leur emploi, sur d'autres sites restructurés. Mitt Romney s'était opposé à ce plan.

Bush toujours accusé

A un peu plus de cinq semaines de l'élection présidentielle du 6 novembre, seul un tiers des Américains mettent la mauvaise situation économique sur le compte de Barack Obama, contre une moitié qui accusent les républicains et l'ancien président George W. Bush.

Dans l'Ohio, le chômage est tombé à 7,2% en août, près d'un point en-dessous de la moyenne nationale de 8,1%, et 1,6 point de moins qu'il y a un an.

Les intentions de vote pour le président ont suivi le chemin inverse: 10 points d'avance sur Mitt Romney, selon une enquête parue mardi (53% contre 43%).

Le gouverneur républicain de l'Ohio préfère voir le verre à moitié vide: John Kasich martèle que le chômage serait encore plus bas sans la politique néfaste du président. "Tous les jours, je dois faire face au vent de face en provenance de Washington et d'un président qui a fait exploser la dette", a tonné le gouverneur lors d'une réunion publique pour Mitt Romney à Columbus, la capitale, mercredi. Mais l'argument central de Mitt Romney, selon lequel la politique du président a échoué, est miné par les bonnes nouvelles qui émanent d'Ohio.

Cicatrices discrètes

Autour de l'ancienne usine General Motors de Moraine, les cicatrices de la récession sont discrètes. Peu de panneaux "à vendre", et beaucoup de belles voitures dans les banlieues aux pelouses immaculées.

Quelques magasins restent vides mais le centre commercial de Dayton ne désemplit pas. Trish Hoffer a été licenciée de l'usine de General Motors de Moraine après 16 ans de service mais, depuis, elle a suivi une formation d'infirmière et retrouvé un emploi, à 43 ans.

Républicaine, elle votera Romney tout en reconnaissant que Barack Obama n'est pas la cause de tous les maux du pays, illustrant la position de nombre de ses voisins. "Je sais qu'il a dû faire face à beaucoup de choses" au début de son mandat, admet-elle. Les cols bleus n'épousent pas tous la vision économique de Mitt Romney, d'autant plus, selon Paul Beck, professeur à l'université de Ohio State, qu'il est "perçu comme le genre d'homme d'affaires qui a délocalisé leurs emplois". Mitt Romney a dirigé par le passé le fonds d'investissement Bain Capital.

Dwight Mathis, ancien ouvrier de GM licencié en décembre 2008, soupçonne aussi le candidat de vouloir "se débarrasser de l'assurance santé et faire en sorte que les riches restent riches". Il votera Obama.

Comme Dwight, les nombreux électeurs bénéficiaires des allocations chômage pendant la récession n'ont peut-être pas apprécié le commentaire de Mitt Romney, filmé par une caméra cachée et diffusé en septembre, qualifiant les 47% d'Américains ne payant pas d'impôts de "victimes", "dépendantes de l'Etat".

(AFP)

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