Actualisé 09.01.2020 à 06:10

IranLe Canada endeuillé par le crash de Téhéran

Sur les 176 victimes du crash d'un Boeing mercredi matin à Téhéran, 63 étaient de nationalité canadienne.

Des étudiants «brillants», des enfants, des nouveaux mariés: 176 personnes, en majorité des Iraniens et des Canadiens, sont mortes mercredi à Téhéran dans le crash toujours inexpliqué d'un avion de ligne ukrainien, provoquant des scènes de deuil et de douleur dans plusieurs pays.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réclamé une «enquête approfondie» sur cette catastrophe aérienne, la plus meurtrière impliquant des Canadiens depuis l'attentat contre un Boeing 747 d'Air India en 1985, dans lequel 268 Canadiens avaient trouvé la mort. «Les Canadiens ont des questions à poser, et ils méritent d'obtenir des réponses», a-t-il martelé lors d'une conférence de presse.

Les États-Unis ont de leur côté appelé à la «pleine coopération avec toute enquête sur les causes.» Un avertissement à peine voilé à Téhéran, qui a dit refuser de donner les boîtes noires au constructeur américain de l'appareil, Boeing.

La catastrophe du 737 de la compagnie privée Ukraine International Airlines (UIA) intervient en effet sur fond de graves tensions entre l'Iran et les États-Unis, et peu après le tir de missiles par Téhéran visant les troupes américaines en Irak. Rien n'indique cependant que ces événements sont liés et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a mis en garde contre toute «spéculation».

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L'une des priorités du gouvernement canadien est d'obtenir de Téhéran une indemnisation pour les familles des 57 Canadiens qui ont péri la semaine dernière dans le crash d'un Boeing abattu par erreur par l'Iran. (15 janvier 2020)

L'une des priorités du gouvernement canadien est d'obtenir de Téhéran une indemnisation pour les familles des 57 Canadiens qui ont péri la semaine dernière dans le crash d'un Boeing abattu par erreur par l'Iran. (15 janvier 2020)

AFP
L'avion civil ukrainien abattu en Iran le 8 janvier a été atteint par deux missiles, selon de nouvelles images vidéos publiées mardi. (14 janvier 2020)

L'avion civil ukrainien abattu en Iran le 8 janvier a été atteint par deux missiles, selon de nouvelles images vidéos publiées mardi. (14 janvier 2020)

Keystone
Les enquêteurs canadiens vont pouvoir écouter le contenu des boîtes noires de l'avion abattu «par erreur» par Téhéran. (13 janvier 2020)

Les enquêteurs canadiens vont pouvoir écouter le contenu des boîtes noires de l'avion abattu «par erreur» par Téhéran. (13 janvier 2020)

AFP

Le vol PS752 d'UIA avait décollé à 06H10 locales de l'aéroport Imam Khomeiny de Téhéran en direction de l'aéroport Boryspil de Kiev, disparaissant des radars deux minutes après. Il s'est écrasé peu après le décollage sur des terres agricoles à environ 45 km au nord-ouest de l'aéroport, selon des médias iraniens.

Des images amateurs diffusées par les médias d'État iraniens montrent l'avion en flammes perdre de l'altitude puis exploser à son impact au sol. Un expert aéronautique et professeur à l'Université de Tampere en Finlande, Stephen Wright, a dit à l'AFP douter que l'avion ait été abattu.

Le deuil après le choc

Selon la diplomatie ukrainienne, se trouvaient à bord du Boeing 82 Iraniens, 63 Canadiens, dix Suédois, quatre Afghans et trois Britanniques. Onze autres étaient Ukrainiens, dont les neuf membres d'équipage. Au Canada, qui accueille une importante diaspora iranienne, une trentaine des victimes venaient de la région d'Edmonton (ouest).

«Nous avons perdu environ 1% de notre communauté sur ce vol», s'est désolé un membre de la communauté iranienne locale. «Tout le monde est choqué», a dit Kavoss H. Zadeh, un habitant de «Little Tehran», un quartier de Toronto. Parmi les victimes, se trouvaient «un couple de jeunes mariés, une famille de quatre personnes, une mère et ses deux filles, des étudiants brillants, des universitaires dévoués», a déclaré Justin Trudeau.

A l'aéroport de Kiev Boryspil, en Ukraine, des dizaines de personnes rendaient un dernier hommage aux membres de l'équipage tués dans le crash, devant leurs photos alignées derrière des bougies sur des bureaux couverts de fleurs. «Je les connaissais tous», confie, la voie rauque, Artem, un pilote de la même compagnie, qui affirme les avoir vus avant leur départ pour Téhéran. «Ils étaient très inquiets, avaient un mauvais pressentiment», assure le jeune homme.

Selon la liste des passagers du vol, au moins 25 d'entre eux avaient moins de 18 ans. Treize personnes étaient des étudiants de l'université Sharif de Téhéran, une des plus prestigieuses du pays, selon l'agence d'information semi-officielle Isna. Des images du site du drame montrent des secouristes fouiller un terrain vague où sont éparpillés des débris. Des sauveteurs transportent des sacs mortuaires, d'autres rassemblant des affaires personnelles de passagers.

Boîtes noires retrouvées

Selon UIA, qui a suspendu ses vols vers Téhéran, le Boeing 737, construit en 2016, avait subi il y a deux jours un contrôle technique. C'est le premier crash meurtrier de cette compagnie aérienne appartenant en partie au sulfureux oligarque Igor Kolomoïski, réputé proche du président Zelensky.

Volodymyr Zelensky, qui a interrompu ses vacances à Oman en raison de la catastrophe, a ordonné l'ouverture d'une enquête, avant d'annoncer dans la soirée le départ pour Téhéran d'enquêteurs ukrainiens.

Boeing, touché par un scandale autour de ses 737 MAX cloués au sol depuis 10 mois, a indiqué être «prêt à aider par tous les moyens nécessaires». Seuls quelques pays, dont les États-Unis mais aussi l'Allemagne ou la France, ont les capacités techniques d'analyser les boîtes noires.

L'OTAN condamne les tirs iraniens

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a condamné mercredi les tirs de missiles iraniens contre des bases en Irak utilisées par les Américains et a réitéré son appel à la retenue. Un responsable de l'Alliance a par ailleurs assuré qu'aucune victime n'était à déplorer parmi les effectifs de la mission de l'OTAN s'occupant de former les forces irakiennes. En raison des tensions croissantes dans la région, l'OTAN a suspendu samedi dernier ses opérations d'entraînement de l'armée irakienne. Et mardi, l'organisation a annoncé qu'une partie du personnel qui y est stationné serait temporairement transféré à l'étranger pour des raisons de sécurité. Depuis octobre 2018, l'Alliance entraînait les forces irakiennes à la demande de Bagdad pour empêcher le retour du groupe État islamique.

(AFP)

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