Actualisé 15.12.2019 à 16:44

La castration à vif des porcelets fait polémique

Allemagne

Saisie par une association, la Cour constitutionnelle allemande va se pencher sur la castration des porcs sans anesthésie, très répandue dans les élevages mais qui soulève une contestation croissante.

La castration à vif cause une intense douleur aux animaux (photo d'illustration).

La castration à vif cause une intense douleur aux animaux (photo d'illustration).

iStock

L'organisation de protection des animaux Peta a déposé mi-novembre un recours constitutionnel contre ce procédé destiné à éviter la mauvaise odeur dégagée par la viande de certains porcs mâles. Effectuée sans anesthésie sur les porcelets de moins de huit jours, la castration cause une intense douleur aux animaux.

Procédure inédite, l'ONG a saisi la justice en tant que représentante des porcs, dont elle estime les droits «bafoués»: elle demande par ce biais aux juges de leur reconnaître des droits individuels. «Des entités non strictement humaines, comme des entreprises ou des associations bénéficient d'une personnalité juridique. Pourquoi donc ne pas l'accorder aux animaux?», argumente auprès de l'AFP l'avocate de l'association, Cornelia Ziehm.

Libération d'une chimpanzé

Pour Peta, le droit allemand, qui permet à «tout un chacun» («jedermann») de demander la protection en justice de ses droits, ouvre la voie à cette reconnaissance, dans la mesure où la Constitution impose à l'Etat fédéral de «protéger les animaux» par responsabilité pour les «générations futures». «Aucun droit individuel n'est accordé aux animaux» dans ce texte, estime toutefois Jens Bülte, professeur spécialiste en droit des animaux à l'université de Mannheim.

L'idée de donner une personnalité juridique aux êtres vivants non-humains a fait son chemin ces dernières années, à la faveur du développement du mouvement anti-spéciste. Selon ses défenseurs, elle leur assurerait une meilleure protection devant les tribunaux, une notion qui commence d'ailleurs à dépasser les cercles militants.

En Argentine, fin 2016 le tribunal de Mendoza a ordonné la libération de Cecilia, une femelle chimpanzé qui se morfondait dans un zoo, relevant son droit de ne pas être emprisonnée sans jugement en vertu de l'habeas corpus, une disposition fondamentale du droit anglo-saxon. Mais la requête de Peta a «peu de chances d'aboutir» car «la loi fondamentale est largement tournée vers la protection des droits humains» prédit le professeur Jens Bülte.

Interdiction repoussée

En 2013, les députés du Bundestag ont adopté une interdiction de la castration des porcs sans anesthésie au 1er janvier 2019, avant de décider, fin 2018, de la repousser à 2021. Les parlementaires de la coalition au pouvoir, du SPD (sociaux-démocrates) et de la CDU (chrétiens démocrates), pointaient à l'époque du doigt «le manque d'alternatives concrètes» à ce procédé. Les pistes avancées pour remplacer la castration à vif -anesthésie locale, détection des carcasses odorantes à l'abattoir, sélection génétique- ne «répondent pas pour le moment aux exigences de la pratique», regrettaient les députés.

Une décision saluée par les organisations agricoles, qui demandaient plus de temps pour s'adapter, craignant une forte hausse des coûts de production mettant en danger les élevages face à la concurrence internationale, pour une filière déjà en difficulté économique. «L'industrie de la viande s'oppose aux mesures en faveur du droit des animaux principalement pour réduire ses coûts», avait déploré le président du groupe écologiste au Bundestag, Anton Hofreiter.

L'Improvac, un produit permettant, grâce à deux piqûres en début et en fin de vie, de supprimer la mauvaise odeur des carcasses de porcs, constitue le principal espoir d'une filière pour qui le temps presse avant l'interdiction définitive de 2021. Un projet test sur 100 000 porcs a d'ailleurs été initié dans le nord du pays par les syndicats agricoles locaux. L'Improvac, autorisé depuis 2009 dans l'Union Européenne, n'avait pas été développé en Allemagne en raison de son coût élevé.

En France, le ministre de l'agriculture Didier Guillaume a évoqué en novembre une interdiction pour fin 2021, sans faire toutefois d'annonce officielle. Des mesures sur le bien-être animal sont attendues dans les prochaines semaines. Certains pays européens ont déjà mis fin à la castration des porcelets, comme la Norvège, la Suisse et la Suède.

(AFP)

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