Télévision: «La chasse aux trésors» naissait il y a pile quarante ans
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Télévision«La chasse aux trésors» naissait il y a pile quarante ans

Le jeu mené par Philippe de Dieuleveult a été diffusé pour la première fois le 15 mars 1981 sur Antenne 2. Retour dans les coulisses de l’émission, en compagnie d’un de ses producteurs, Jean-Jacques Pasquier.

par
Laurent Siebenmann
Première apparition de Philippe de Dieuleveult dans «La chasse au trésor», le 15 mars 1981 sur Antenne 2. L’émission se déroulait à Malindi, au Kenya.

Première apparition de Philippe de Dieuleveult dans «La chasse au trésor», le 15 mars 1981 sur Antenne 2. L’émission se déroulait à Malindi, au Kenya.

Capture écran YouTube/La chasse aux trésors/Jean-Jacques Fauquette

Quarante ans… Il y a déjà quarante ans pile, le 15 mars 1981, que débarquait, sur Antenne 2, l’une des émissions françaises les plus célèbres de l’histoire du petit écran: «La chasse aux trésors». Ou plutôt: «La chasse au trésor», telle qu’elle était orthographiée lors de sa première saison.

Créée par le génial producteur Jacques Antoine, «La chasse au trésor» reposait sur un concept relativement simple et efficace. Dans un studio parisien, un duo de candidats devait résoudre, en 45 minutes, une énigme qui leur permettait de trouver un trésor caché dans un pays étranger (et parfois en France), à l’aide de bouquins historiques, géographiques ou touristiques. Les deux joueurs devaient, tout en cherchant à déchiffrer la fameuse énigme, guider un reporter qui se trouvait sur place, Philippe de Dieuleveult. L’homme, son cameraman et son opérateur vidéo se déplaçaient à bord d’un hélicoptère.

Le jeu gagnera en suspense dès la seconde saison, les candidats devant trouver non plus un mais trois trésors. Et toujours en 45 minutes. Tournée dans les conditions du direct, «La chasse au trésor» assurait un spectacle total, dépaysant – à une époque où voyager n’était pas donné à tout le monde et ou le web n’existait pas – et culturel. Tout en amusant follement.

800 kilos de matériel

Technologiquement, les candidats ne voyaient pas les images et ne pouvaient que dialoguer avec De Dieuleveult par le biais d’une ligne téléphonique qui, via satellite, parvenait à un émetteur-récepteur que l’animateur sur place portait sur lui. En 1981, autant dire que cela tenait de l’exploit. «De mémoire, dans chaque pays où nous tournions, nous transportions à peu près 800 kilos de matériel, répartis en une vingtaine de caisses», se souvient Jean-Jacques Pasquier qui a supervisé bon nombre de «Chasse aux trésors» et créé les énigmes parmi les plus fameuses. «Et nous étions cinq pour manipuler tout ça! Chacun avait sa tâche et je dois reconnaître que j’étais celui qui manipulait le moins le matériel car, dès que nous arrivions sur place, je prenais contact avec les administratifs et toutes les personnes susceptibles de nous aider», poursuit-il.

Jean-Jacques Pasquier supervisant le tournage d’une des «Chasse aux trésors», dans les années 1980.

Jean-Jacques Pasquier supervisant le tournage d’une des «Chasse aux trésors», dans les années 1980.

Capture écran INA

Nombre de téléspectateurs se souviennent encore de Philippe de Dieuleveult face à des éléphants, au Sri Lanka. Ou sautant en parachute au-dessus de la baie de Saint-Malo, à la poursuite d’une montgolfière dans la région de Château-d’Œx, à Cuba à une époque où il était quasi impossible d’y tourner. Mais aussi en URSS, à Samarcande, en pleine guerre froide. Dépaysement garanti. «Les émissions dont je suis le plus fier sont celles qui ne seraient plus possibles de faire aujourd’hui. Par exemple, celle de Popayán, en Colombie, dont la cathédrale a disparu lors d’un tremblement de terre, précise Jean-Jacques Pasquier. Ou encore la tombe de Aÿ, le fils de Toutânkhamon, car elle fut exceptionnellement ouverte pour nous! Je pense aussi à la plate-forme de forage de Frigg, en mer du Nord, car elle est désormais fermée.»

Quelques grosses frayeurs

L’impressionnante logistique de l’émission n’a pas empêché quelques frayeurs, comme cette «Chasse» interrompue par un accident d’hélicoptère. Ou quelques soucis administratifs qui ont laissé des souvenirs douloureux à Jean-Jacques Pasquier: «Avec l’équipe de tournage, nous venions d’atterrir au Zimbabwe où une révolution avait eu lieu. À la descente de notre avion privé, les douaniers ont voulu vérifier nos caisses de matériel. Ils ont alors confondu notre caméra avec un bazooka! Bilan, je me suis retrouvé en prison. Et, croyez-moi, les geôles de ce pays n’étaient pas celles de Fresnes! Heureusement, Philippe de Dieuleveult a pu passer quelques coups de fil et, cinq heures plus tard, j’ai été libéré».

Didier Lecat, le plus célèbre des animateurs de «La chasse aux trésors».

Didier Lecat, le plus célèbre des animateurs de «La chasse aux trésors».

Capture écran YouTube/La chasse aux trésors/Jean-Jacques Fauquette



Quarante ans plus tard, «La chasse aux trésors» est toujours bien présente dans l’esprit des téléspectateurs. Personne n’a oublié De Dieuleveult (disparu en août 1985 dans des conditions jamais élucidées), ni celles et ceux qui ont coprésenté l’émission durant quatre saisons: Philippe Gildas (1981), Jean Lanzi (1982), Marie-Thérèse Cuny et, surtout, Elsa Manet et Didier Lecat (1982 à 1984). Finalement, qu’est-ce qui faisait une bonne énigme et le succès gigantesque de cette émission? «Offrir aux téléspectateurs du spectacle avec Philippe en action. Mais aussi la découverte de paysages, sans oublier d’apprendre et de se cultiver», conclut Jean-Jacques Pasquier.

Assurément, «La chasse aux trésors» demeure la meilleure émission de télévision jamais produite en France.

Coanimatrice de «La chasse aux trésors», aux côtés de Didier Lecat, de 1982 à 1984, Elsa Manet s’était confiée au matin.ch, en 2018.

- Participiez-vous à l’élaboration des énigmes?

Les producteurs revenaient des repérages avec des monceaux de doc et des idées bien précises en fonction des lieux choisis pour les trésors On se retrouvait dans les bureaux de Tele Union, une pièce pas très grande nous était allouée, une sorte de capharnaüm minuscule, et ça fusait, ça phosphorait, ça briefait… J’avais mon mot à dire. Mais il fallait s’accrocher face aux producteurs…


- Quel souvenir gardez-vous plus particulièrement des tournages de «La chasse aux trésors»?

Mes souvenirs sont incertains, importuns et incertains (cf. Jeanne Moreau). Je me souviens surtout de ces monceaux de livres, de doc, et de paperasses chez moi, sur la table, les fauteuils, par terre… ces recherches de détails et d’anecdotes, qui parfois, même souvent, n’avaient même pas voix au chapitre, par manque de temps imparti (le chrono!…). Et puis je me souviens des décalages horaires, quand l’émission avait lieu au bout du monde et qu’il fallait être en studio à pas d’heure, genre minuit ou 2 h du mat, voire 6 h, l’heure du laitier. Je me souviens de mes traversées de Paris désert, dans ma petite auto, pour arriver au studio de Boulogne. Ce studio qui n’existe plus… Les promoteurs immobiliers sont passés par là. L’odeur si particulière du studio… Le maquillage… L’arrivée des candidats, une surprise à chaque fois et qu’il fallait plus ou moins éviter pour ne pas se faire cuisiner sur les énigmes. Certains ont dû me trouver bien distante. Et puis «Top chrono». Et le Gong de fin. Et le soulagement quand tout s’était bien passé. Et allez on passe à autre chose. Je me souviens aussi avec une grande précision de la présence un jour de la maman de Philippe de Dieuleveult (impressionnante de classe et d’allure) qui avait amené les deux petits garçons de notre chasseur de trésors, Tugdual et Erwann.


- Quelles relations aviez-vous avec Didier Lecat et Philippe de Dieuleveult?

Malheureusement très peu de relations directes. Nous nous sommes très peu vus. Philippe était au bout du monde pendant l’émission. Nous nous sommes bien croisés parfois dans les bureaux de Tele Union, à des réunions de presse ou à quelques soirées organisées quand l’équipe était à Paris. Et je regrette infiniment de ne pas l’avoir connu mieux. Quant à Didier, nous arrivions en studio, lui comme moi, arrivant d’autres activités et repartions de même vers d’autres horizons. Relativement peu d’échanges directs, car happés par toute l’activité liée à l’aspect imminent du direct et du créneau des faisceaux satellite. Relations téléphoniques quand même et quelques rencontres comme avec Philippe (presse, soirées et aussi au MIP TV). Ce qui ne nous a pas empêchés de nous entendre à merveille et d’instaurer, au fil des émissions, une sorte de complicité… Nous nous apprécions, je crois, et je garde un souvenir ému de nos relations.


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