17.01.2012 à 08:03

DémographieLa Chine compte désormais plus de citadins que de ruraux

Pour la première fois le nombre d’habitants des villes a dépassé celui des campagnes, l’urbanisation effrénée et l’exode rural massif posant de multiples défis au pays le plus peuplé de la planète.

Les Chinois sont de plus en plus nombreux.

Les Chinois sont de plus en plus nombreux.

Keystone

Fin 2011, la Chine comptait 690,79 millions de citadins, contre 656,56 millions de ruraux, a annoncé mardi le Bureau national des statistiques (BNS).

Les résidents des villes représentent désormais 51,27% de la population totale de 1,347 milliard de personnes. Il y a trente ans, seul un Chinois sur cinq habitait en ville. Selon le BNS, le nombre d’habitants des zones urbaines s’est accru de 21 millions de personnes sur un an, tandis que celui des campagnes chutait de 14,5 millions.

La Chine enregistre une envolée de l’urbanisation et un exode rural massif induit par la décollectivisation de l’agriculture, l’industrialisation du pays et l’attrait que représentent les villes auprès d’une main d’oeuvre à faible coût.

Cette tendance de fond s’est accélérée ces vingt dernières années. Selon le Centre de recherches sur le développement et la population de la Chine, le pays recensait 26% de citadins en 1990, puis 36% en 2000.

Croissance juqu'en 2020

Cette population urbaine devrait continuer à croître et atteindre 800 millions de personnes en 2020, selon un rapport gouvernemental rendu public en octobre 2011. C’est-à-dire que plus de 100 millions d’habitants vont venir grossir la population des villes d’ici la fin de la décennie.

D’ici 2025, prédit le cabinet d’études McKinsey & Company, la Chine aura 221 villes d’au moins un million d’habitants et 23 villes de plus de cinq millions d’habitants. L’Europe aujourd’hui compte moins de 40 villes d’un million d’habitants ou plus. "L’urbanisation est un processus irréversible", a affirmé Li Jianmin, un expert en démographie de l’université Nankai de Tianjin.

"Ces vingt prochaines années, la population urbaine chinoise atteindra 75% de la population totale. Cela aura inévitablement des conséquences très importantes sur l’environnement et le développement socio-économique de la Chine", a-t-il commenté.

Le rythme échevelé de la croissance urbaine entraîne en effet des besoins colossaux en termes d’infrastructures, de transports, d’énergie, de traitements des eaux, entre autres.

Tensions

Cette très rapide urbanisation ne va pas sans créer de tensions par ailleurs, alors que les ruraux chinois fraîchement installés en ville ne bénéficient pas des mêmes droits, notamment en matière d’accès aux services sociaux, de santé et d’éducation que les citadins détenteurs d’un certificat de résidence ("hukou") officiel.

La situation est particulièrement tendue dans les régions où les migrants -- dont le nombre dépasse les 220 millions -- représentent une part importante, sinon la majorité de la population.

Tandis que de nombreuses villes petites ou de taille moyenne continuent à encourager activement la venue des ruraux, d’autres mégalopoles ont d’ailleurs changé de politique. "Des grandes villes comme Pékin et Shanghai ont déjà clairement établi qu’elles désiraient juguler l’augmentation de leur population", a assuré Li Jianmin.

Comparé à d’autres pays, la Chine a pourtant mieux réussi l’intégration urbaine de millions de ruraux, relèvent d’autres spécialistes qui notent l’absence des vastes bidonvilles visibles en Inde ou en Amérique du Sud.

La croissance a ralenti en 2011

La Chine a annoncé mardi une croissance ralentie à 9,2% pour 2011, dans un contexte international difficile, dont l’impact sur la deuxième économie mondiale va se faire davantage sentir dans les mois à venir, selon les analystes.

Après une expansion de 10,4% en 2010 largement due aux mesures de relance prises après la crise financière, la Chine a maintenu l’an dernier une croissance élevée malgré des restrictions sur le crédit, rendues nécessaires par la lutte contre l’inflation.

Pour l’ensemble de 2011, le PIB chinois s’est élevé à 47.156 milliards de yuans (7.466,2 milliards de dollars ou 5.880,3 milliards d’euros), contre 40.120 milliards de yuans en 2010. Ce chiffre représente un peu plus de la moitié du PIB américain pour 2010, qui s’élevait à 14'587 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.

La production industrielle chinoise a progressé de 13,9% l’an dernier, contre 15,7% en 2010, tandis que les investissements en capital fixe ont encore progressé de 23,8% l’an dernier, contribuant pour plus de la moitié (54,2%) à la formation du PIB chinois. En 2010, ces investissements avaient augmenté de 24,5%.

Interrogé sur le poids excessif de ces investissements, le porte-parole du BNS a déclaré que "les investissements de cette année sont les salaires, les infrastructures, les améliorations à l’environnement de l’année prochaine".

Les ventes de détail, jauge de la consommation des ménages, ont pour leur part augmenté de 17,1% l’an dernier, mais leur poids dans l’économie reste inférieur à celui des investissements.

(AFP)

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