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DouleurLa chirurgie pourrait soulager les migraines à répétition

Souffrir de maux de tête motive rarement une consultation médicale. Pourtant, des céphalées violentes ou des migraines répétées doivent être prises au sérieux. Car les traitements progressent.

par
Stéphany Gardier

Le mal de tête est un symptôme tellement banal que beaucoup de personnes n'en parlent pas à leur médecin. «Les maux de tête sont longtemps restés tabous, constate Sylvie Chauvet, algologue à la consultation des douleurs chroniques et céphalées à l'Hôpital de la Tour, à Meyrin (GE). Mais l'enseignement s'est amélioré dans les facultés de médecine et la campagne de l'OMS sur l'impact sanitaire et social des céphalées a porté ses fruits.» En cas de douleurs chroniques, les traitements sont cependant restreints, et pas toujours efficaces.

De violents maux de tête, tels que décrits par le rappeur Kanye West, doivent amener à consulter en urgence. «Ces céphalées «en coup de tonnerre» peuvent être consécutives à une hémorragie cérébrale, par exemple, et des examens approfondis sont nécessaires», précise la spécialiste. Cela dit, la plupart des consultations hospitalières se font pour des maux de tête dits «primaires», c'est-à-dire indépendants de toute autre maladie. C'est notamment le cas des céphalées de «tension» ou de la migraine. L'Hôpital Lariboisière, à Paris, a même ouvert un service unique en son genre intitulé Urgences Céphalées. «Nous recevons plusieurs centaines de patients par mois, dont beaucoup aux prises avec une migraine particulièrement violente, explique Caroline Roos, neurologue. Nous leur proposons des traitements par intraveineuse. Mais c'est aussi l'occasion de vérifier que le diagnostic est correct; certains patients se disent migraineux alors qu'ils souffrent d'un autre type de céphalée.»

Une consultation spécialisée est essentielle pour bénéficier du traitement le plus adapté. En cas de migraines, ils sont de deux types. Ceux dits «de fond», composés de plusieurs médicaments, doivent être pris au long cours pour espérer une amélioration des symptômes. Leurs résultats sont cependant décriés par certains patients. «Il faut clarifier l'objectif thérapeutique avec la personne, car diminuer la fréquence des crises est une amélioration, mais cela peut être insuffisant pour la personne touchée, reprend Sylvie Chauvet. On procède en testant différentes molécules et en cherchant le dosage optimal pour être efficace. Il faut donc s'armer de patience.»

Pour la prise en charge des crises violentes accompagnées de douleurs aiguës, les médicaments de la classe des triptans ont marqué un véritable tournant thérapeutique. Mais depuis leur mise sur le marché, il y a une vingtaine d'années déjà, aucune autre molécule n'a été mise au point. Or entre 10 et 15% des migraineux ne répondent pas à ces médicaments, et 5% présentent des contre-indications strictes.

Pour soulager ces patients, quelques alternatives existent. Le Royaume-Uni a, par exemple, autorisé au début de l'année l'utilisation de la stimulation magnétique transcrânienne, une méthode non invasive et sans douleur qui utilise des ondes électromagnétiques. «Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), on teste la stimulation des nerfs occipitaux, explique Andreas Hottinger, médecin associé au service de neurologie. Les résultats sont bons mais il faut implanter un pacemaker. Il s'agit donc d'un traitement de dernier recours.»

En cause, un nerf dans le front

Au CHUV, toujours, l'équipe du professeur Wassim Raffoul propose un traitement chirurgical de la migraine. Une technique mise au point il y a plus de dix ans aux Etats-Unis par des chirurgiens plastiques, dont le professeur Thomas Mühlberger, qui pratique à Berlin: «Certains patients opérés pour des reconstructions de la face rapportaient des améliorations nettes de leurs migraines. Il nous a fallu du temps pour réaliser que cet effet était en lien avec l'ablation du muscle corrugateur.» Situé sous la peau du front, celui-ci permet de froncer les sourcils. En compressant un nerf, le trijumeau, il pourrait ainsi favoriser l'apparition de migraines.

La technique employée au CHUV diffère légèrement de celle initiée aux Etats-Unis mais vise également la libération des nerfs. «Notre spécialité est la chirurgie des nerfs périphériques dans le cadre des douleurs chroniques, explique Giorgio Pietramaggiori, chef de clinique au service de chirurgie plastique. Dans certains cas, la migraine peut être liée à un problème anatomique. C'est en tout cas ce que montrent les bons résultats obtenus chez la cinquantaine de patients que nous avons traités depuis un an.»

Une Neuchâteloise, Julianne Rossetti, a été opérée en août 2013 par le professeur Mühlberger. «Mes migraines étaient si fortes que bouger mes cheveux suffisait à me faire pleurer, raconte-t-elle. Depuis l'opération j'ai encore mal à la tête parfois, mais je n'ai plus eu de migraine.» Les chirurgiens le soulignent, cette approche n'est pas une «solution miracle» et ne convient pas à tous les patients. Des tests préopératoires évaluent la pertinence de la chirurgie, notamment l'injection de toxine botulique (Botox®) qui permet de simuler l'opération. La chirurgie n'est proposée que si, dans les semaines suivantes, les crises de migraines diminuent de plus de 50%.

Cette technique suscite toutefois beaucoup de scepticisme chez les neurologues, qui attendent d'en voir les résultats sur le long terme. «Nous essayons d'introduire quelque chose de nouveau, commente Thomas Mühlberger. Et en médecine ce n'est jamais ni facile, ni rapide.»

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