Motocyclisme - La colère gronde à Austin
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MotocyclismeLa colère gronde à Austin

Le revêtement de COTA, le «Circuit of the Americas», à Austin, est dans un état lamentable. Les pilotes sont unanimes: le danger y est omniprésent. Et le mot le plus entendu dans le paddock est «bumps». Bosses...

par
Jean-Claude Schertenleib

Les Américains ont inventé l’une des disciplines les plus spectaculaires du sport motocycliste, le supercross, avec ses obstacles artificiels, dont ses séries de «whoops» – un enchaînement de petites bosses, sur lesquelles les pilotes surfent. Des Texans – notamment un certain Kevin Schwantz – ont dessiné le circuit de vitesse le plus spectaculaire au monde, celui d’Austin, avec sa montée vertigineuse, ses vingt virages, ses enchaînements rapides et son interminable triple virage à droite. Un tracé qui fait l’unanimité, des installations modernes parfaites.

Tout serait donc idéal au pays des cow-boys, à quelques 15 kilomètres de la capitale de la musique? A un détail d’importance près: le revêtement pose problème depuis plusieurs années, malgré quelques coûteuses opérations de «resurfaçage» – actuellement trois asphaltes différents, aux adhérences forcément différentes. Le mal est plus profond et l’on sait que si le maquillage permet de faire momentanément oublier quelques rides, jamais il ne supprimera les effets de l’âge chez l’être humain. Sur les circuits, sur les routes, c’est la même chose: le plus beau tapis noir jamais ne gommera les irrégularités et les faiblesses des fondations.

Du motocross à 300 km/h!

Secoué – au propre comme au figuré – comme tous ses collègues, le leader du championnat du monde MotoGP, le Français Fabio Quartararo, a d’abord choisi l’humour: «C’est plus ou moins le genre de circuit sur lequel j’ai l’habitude de m’entraîner en motocross; mais on passe beaucoup plus vite avec une MotoGP, donc, c’est très mauvais.»

Fabio Quartararo: «Je ne sais pas quoi dire, si ce n’est que c’est une blague.»

Fabio Quartararo: «Je ne sais pas quoi dire, si ce n’est que c’est une blague.»

AFP

Le Niçois est tout aussi rapidement redevenu sérieux: «Il y a trois ans, nous avions dit que la piste devait être surfacée à nouveau, mais cela n’a pas fonctionné. Je ne sais pas quoi dire, si ce n’est que c’est une blague. Pour un tour, c’est OK, mais vingt tours, selon moi, vous verrez qu’il y aura... de mauvais moments. Les bosses dans les virages 1, 11 et 12, qui sont lents, c’est supportable; mais dans les virages 2, 3 et 10, où c’est beaucoup plus rapide, c’est la pire des situations.»

Même Marc Márquez...

Même «Mister COTA», Marc Márquez (six victoires en sept participations en MotoGP), dominateur de la première journée d’essais, se pose des questions: «C’est un tracé que j’aime, mais les bosses sont à la limite. Enfin, je veux dire, l’état de la surface est à la limite, car ce ne sont pas de vraies bosses, c’est plutôt comme si la surface bougeait. Est-ce que le sol bouge en raison des tempêtes, nombreuses ici?»

Pour Marc Márquez, «les bosses sont à la limite».

Pour Marc Márquez, «les bosses sont à la limite».

AFP

La phrase du jour: Joan Mir

«Je pense pouvoir parler au nom de tous les pilotes en disant que si nous revenons ici l’année prochaine et que la piste n’a pas été refaite, le MotoGP ne courra pas»

Joan Mir, tenant du titre

Tenant du titre, Joan Mir, n’est pas le moins critique. Et le mot est lancé: danger! «Dans les virages 2, 3 et 4, mais en particulier dans le virage 10, les conditions sont pires que ce que nous avions connu il y a deux ans. Donc, oui, c’est dangereux», dixit Valentino Rossi.

Lüthi: bons et mauvais souvenirs

L’histoire entre Thomas Lüthi et le circuit des Amériques avait commencé dans la douleur, c’était en 2013, l’année où il avait été victime d’un grave accident (coude droit en partie broyé) lors de tests en février. Après avoir fait l’impasse sur le GP du Qatar, en ouverture de championnat, il avait décidé de se tester à Austin, avant de renoncer après la première journée d’essais.

Sixième en 2014, douzième l’année suivante, septième en 2016, le Bernois dut attendre 2017 pour enfin grimper sur le podium, dauphin de celui qui sera son grand adversaire cette année-là, Franco Morbidelli. Un Morbidelli que Tom battra à Austin l’année suivante en MotoGP – mais hors des points –, avant de l’emporter en 2019 pour son retour en Moto2, la dernière victoire en date du futur retraité: «Le circuit est vraiment dans un état très compliqué, pour tous les pilotes, dans toutes les classes, c’est un immense problème. Mais que pouvons-nous faire, si ce n’est continuer de travailler?»

Thomas Lüthi a célébér sa dernière victoire sur le circuit d’Austin, en 2019.

Thomas Lüthi a célébér sa dernière victoire sur le circuit d’Austin, en 2019.

Getty Images

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