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Carnet noirLa comédienne Bernadette Lafont s'est éteinte

Egérie de la nouvelle vague dans les années 50, la comédienne Bernadette Lafont est décédée jeudi après avoir été hospitalisée lundi après un malaise.

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De gauche à droite, Bernadette Lafont, Caroline Proust, Valerie Bonneton, Karin Viard et Geraldine Pailhas pour «L'Amour, la mort, les fringues», le 6 janvier 2011.

De gauche à droite, Bernadette Lafont, Caroline Proust, Valerie Bonneton, Karin Viard et Geraldine Pailhas pour «L'Amour, la mort, les fringues», le 6 janvier 2011.

AFP
De gauche à droite, Bernadette Lafont, Caroline Proust, Valerie Bonneton, Karin Viard et Geraldine Pailhas pour «L'Amour, la mort, les fringues».

De gauche à droite, Bernadette Lafont, Caroline Proust, Valerie Bonneton, Karin Viard et Geraldine Pailhas pour «L'Amour, la mort, les fringues».

AFP
De gauche à droite: l'acteur français Alain Chabat, Bernadette Lafont et Eric Lartigau le 21 mai 2007 au Festival de Cannes,pour «A Mighty Heart», tiré du livre de Marianne Pearl, la veuve du journaliste assassiné en Afghanistan Daniel Pearl.

De gauche à droite: l'acteur français Alain Chabat, Bernadette Lafont et Eric Lartigau le 21 mai 2007 au Festival de Cannes,pour «A Mighty Heart», tiré du livre de Marianne Pearl, la veuve du journaliste assassiné en Afghanistan Daniel Pearl.

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L’actrice française Bernadette Lafont, égérie de la Nouvelle Vague dans les années 50, est décédée jeudi à l’âge de 74 ans après une carrière où elle a alterné cinéma d’auteurs et cinéma populaire. Hospitalisée lundi après un malaise dans un hôpital de Nîmes, sa ville natale dans le sud de la France, elle est décédée jeudi, a-t-on appris auprès de l’hôpital.

Avec son grand sourire malicieux, son naturel inaltérable et sa voix gouailleuse, Bernadette Lafont incarne l’insolence et la liberté du cinéma de la Nouvelle vague.

"Je n’ai jamais voulu être cataloguée, ni avoir d’étiquette", disait cette brune Méditerranéenne aux traits généreux, citant Cocteau: "les premières places ne m’intéressent pas spécialement. Ce que j’aime, c’est les places à part".

Plus de 120 films

Celle qui a tourné plus de 120 films et adoré le théâtre, découvert à 40 ans, restera à jamais "La Fiancée du pirate" (1969), qui se venge de tout un village en couchant avec ses habitants sur l’air de "Moi, je m’balance" chanté par Barbara, et révèle par haut-parleurs les médisances recueillies sur l’oreiller.

Le cinéma, elle le découvre à 17 ans. Fille de protestants qui voulaient un garçon --sa mère l’appellera toujours Bernard-- elle naît le 26 octobre 1938 à Nîmes (Gard) où son père est pharmacien. Elle fait de la danse classique lorsqu’elle épouse le comédien Gérard Blain, rêvant d’être actrice. Lui s’y oppose, mais ils rencontrent l’équipe des Cahiers du cinéma. Claude Chabrol et François Truffaut veulent faire leur premier film.

"Il n’y avait pas de producteur, pas d’argent. Donc, comme acteurs et actrices ils ont choisi Gérard et moi, entre autres". Ce sera "Les Mistons" (1957), tourné à Nîmes où Truffaut la filme juchée sur sa bicyclette puis "Le Beau Serge" (1958) avec Chabrol qu’elle retrouvera souvent, entre autres pour "Les Bonnes femmes" (1960), "Les Godelureaux" (1961) ou "Inspecteur Lavardin" (1986).

«La vamp villageoise»

On la surnomme "la vamp villageoise". Truffaut, lui, la compare à Michel Simon pour son côté "voyou femelle" et parce qu’elle a l’air de "savoir vraiment la vérité de la vie". Il lui offrira "Une belle fille comme moi" en 1972.

Vite séparée de Gérard Blain --ils resteront amis--, elle épouse à 20 ans un sculpteur hongrois, Diourka Medvecsky. Ils ont trois enfants dont Pauline, qui deviendra également actrice et mourra accidentellement en 1988 lors d’une balade en solitaire dans les Cévennes. Son corps ne sera découvert que trois mois après sa disparition.

Bernadette Lafont se réfugiera dans le travail: "le cinéma et le théâtre m’ont sauvée". Elle connaît sa période "expérimentale" au début des années 1970, avec Bulle Ogier ou Jean-Pierre Kalfon dans des films dirigés par son mari, par Jacques Baratier ou Lazlo Szabo. En 1973, elle joue pour Jean Eustache dans "La Maman et la Putain".

L'amour du théâtre

C’est ensuite la rencontre avec le théâtre, en 1978. "Je veux bien ne jamais faire de cinéma si je peux toujours faire du théâtre", dit alors cette autodidacte. Elle joue Copi en 1981 puis Guitry, Pagnol ou "Les Monologues du Vagin" d’Eve Ensler (2002).

Parallèlement, elle continue de tourner, avec Juliet Berto ("Cap Canaille", 1983), Jean-Pierre Mocky ou Raoul Ruiz mais aussi Yves Boisset ou Claude Miller ("L’Effrontée", 1985) grâce auquel elle décroche le César de la meilleure actrice dans un second rôle.

Tout récemment encore, elle incarnait une grand-mère dealeuse de hasch dans "Paulette" de Jérôme Enrico. Le film sorti en janvier a attiré plus d’un million de spectateurs.

Femme à ne pas cacher son âge, elle célébrera crânement en 2007, à 68 ans, ses cinquante ans d’une carrière menée également à la télévision où elle a joué dans de nombreux téléfilms.

Cette longévité ne l’a pas empêchée d’aimer les jeunes artistes et de soutenir leurs créations: "j’ai besoin que ça bouge, que ça grouille autour de moi". Un César d’honneur la récompense en 2003 pour toute sa carrière, elle est faite officier de la Légion d’Honneur en 2009. Elle reçoit en 2010 la médaille de l’Ordre du Mérite et de l’Ordre des Arts et Lettres.

(AFP)

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