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CentrafriqueLa confusion règne à Bangui

Des échanges de tirs se produisent encore dans Bangui, malgré la présence militaire française massive. Le bilan des violences entre milices chrétiennes et la Séléka musulmane ne cesse de s'alourdir.

Les soldats français essaient de sécuriser la ville de Bangui.

Les soldats français essaient de sécuriser la ville de Bangui.

AFP

Chaque jour apporte son lot de morts. Dans la nuit de jeudi à vendredi, deux policiers congolais de la force africaine (Misca) ont été tués en plein centre-ville lors d'échanges de tirs.

Vendredi matin, au moins un civil a été tué et plusieurs enfants blessés par des grenades lancées par des soldats tchadiens de la Misca. Les militaires protégeaient un convoi de leurs compatriotes fuyant la ville sous les injures d'une foule massée au bord de la chaussée.

Dans la nuit, des tirs nourris ont été entendus aux abords immédiats du palais présidentiel et du camp militaire de Roux qui le jouxte. C'est là que réside le président de transition Michel Djotodia, protégé par sa garde issue de l'ex-Séléka.

Le porte-parole de la présidence centrafricaine a expliqué ces tirs par une méprise entre une unité de la Misca stationnée à proximité du palais et les forces de la Séléka. Cette version n'a pas été confirmée par la Misca.

Soif de vengeance

La Croix-Rouge ne dispose pas encore d'un bilan complet, mais certaines estimations font état d'un millier de personnes tuées par balle ou à l'arme blanche en Centrafrique depuis le 5 décembre.

Depuis le début de l'intervention française, les violences interconfessionnelles se sont multipliées entre les milices chrétiennes «anti-balaka» (anti-machette, en langue sango) et la Séléka, l'ex-rébellion majoritairement musulmane qui a chassé le président François Bozizé en mars 2013.

Beaucoup de chrétiens, victimes pendant des mois des exactions des Séléka, ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur sont désormais associés.

Fosse commune

A Bangui, les blindés et les soldats français de l'opération Sangaris étaient très visibles vendredi. Les commerces ont rouvert et les habitants profitaient de l'apparente accalmie pour sortir.

Une quarantaine de cadavres ont été ramassés dans la ville depuis mercredi, selon le Comité international de la Croix rouge (CICR). «Une soixantaine» de corps ont également été retrouvés lundi dans la capitale, selon un porte-parole du CICR. Parmi ces macabres découvertes figure une fosse commune non loin du camp de Roux.

Centaines de milliers de déplacés

Ces violences ont provoqué d'importants déplacements de population dans tout le pays, selon l'ONU. Près de 710'000 déplacés ont été totalisés sur tout le territoire, dont 214'000 à Bangui (sur environ 800'000 habitants) et 40'000 à Bossangoa, selon des chiffres du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) publiés mardi.

Mais selon un porte-parole du HCR à Genève, Adrian Edwards, ces chiffres sont désormais en-dessous de la réalité et ils «sont en train de monter encore».

Hollande appelle l'ONU à jouer un «rôle plus important»

Le président français François Hollande, dont les troupes sont engagées en Centrafrique, a demandé vendredi à l'ONU de jouer «un rôle plus important» dans ce pays en crise.

Au cours d'un entretien téléphonique avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, M. Hollande l'a d'abord remercié «pour l'action déployée par les Nations unies en vue de renforcer» la force africaine sur place, la Misca. Il a ajouté qu'il souhaitait que «les Nations unies jouent un rôle plus important encore dans la période de transition en Centrafrique».

Après cet entretien, les Nations unies ont annoncé vendredi qu'elles comptaient intensifier les discussions sur l'éventuel déploiement d'une force de maintien de la paix. «Des consultations supplémentaires entre des membres du Conseil de sécurité et l'Union africaine vont avoir lieu très rapidement dans les prochains jours», a indiqué l'ONU dans un communiqué.

(ats)

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