25.11.2012 à 08:32

La corruption, ce «cancer» qui ronge les Balkans

Bakchich

La lutte contre la corruption dans les Balkans a marqué un point sans précédent avec la condamnation mardi de l’ex-Premier ministre croate Ivo Sanader à dix ans de prison. Mais le mal est loin d'être guéri.

L'ex- premier ministre Ivo Salander croate en cour de justice à Zagreb. (20 novembre 2012)

L'ex- premier ministre Ivo Salander croate en cour de justice à Zagreb. (20 novembre 2012)

Ce "cancer" qu'est la corruption ronge l'ensemble des pays de l’ex-Yougoslavie, tous aspirant à l’adhésion à l’Union européenne.

La lutte contre la corruption dans les Balkans "n’est certainement pas possible sans un système juridique indépendant", a fait valoir l’analyste politique Sasa Popov.

Omniprésente, la corruption affecte toutes les couches de la société. Selon un rapport de l’ONU, diffusé en 2012, elle "fait partie de la vie de tous les jours" dans la région. Une personne sur six "est directement ou indirectement confrontée à la corruption lorsqu’elle contacte un fonctionnaire public", selon ce rapport.

Et selon un dernier classement de l’ONG Transparency International sur la corruption, aucun pays des Balkans occidentaux ne dépasse le quatrième niveau sur une échelle de zéro à dix, avec dix signifiant "très propre" et zéro "très corrompu".

Lika Nedeljkovic, une Serbe sexagénaire, se prépare à passer son contrôle médical mensuel. Elle n’oublie jamais d’offrir du chocolat ou du café à son médecin. "C’est devenu un automatisme", dit cette femme qui a survécu à un cancer.

Implicite

Quoique personne ne lui ait demandé ouvertement des cadeaux ou des pots-de-vin, Mme Nedeljkovic sait depuis longue date qu’une boîte de bonbons voire un parfum, vont lui assurer plus d’attention, si ce n’est de soins, dans le système médical serbe public.

Dans les Balkans, qui souffrent toujours des séquelles des guerres des années 1990, les accusations de corruption contre les hommes politiques sont légion. M. Sanader est le premier haut responsable à être condamné pour de tels faits.

"J’espère que ce verdict aura un impact positif sur la moralité de nos politiciens", a déclaré l’analyste politique Zarko Puhovski.

Outre M. Sanader - condamné pour avoir touché cinq millions d’euros de pots-de-vin du géant pétrolier hongrois MOL pour lui assurer le contrôle de la compagnie nationale croate INA -, d’autres ex-responsables politiques, dont l’ex-vice-Premier ministre Damir Polancec, font l’objet d’enquêtes mais ont aussi été jugés et condamnés pour corruption en Croatie, pays appelé à intégrer l’Union européenne (UE) en 2013.

En revanche, en Serbie, où le nouveau gouvernement installé à l’issue des élections générales de mai s’est engagé à mener une "lutte impitoyable" contre ce fléau, un récent sondage de l’agence Medium Gallup montre que 90% des sujets considèrent la corruption comme étant "un phénomène habituel".

Abus de pouvoir

Jusqu’à présent, en dépit de déclarations tonitruantes, seul Oliver Dulic, un ministre de l’Environnement du gouvernement précédent, a été inculpé en octobre pour abus de pouvoir.

La corruption est "le cancer" de la société serbe, nécessitant un traitement radical si le pays veut progresser vers l’adhésion à l’UE, a mis en garde récemment Jelko Kacin, rapporteur du Parlement européen pour la Serbie.

En Bosnie, aucune personnalité politique n’a fait l’objet de procédure en justice pour corruption, une réalité qualifiée de "dramatique" par Srdjan Blagovcanin, un expert de ce phénomène, qui dénonce des pressions politiques sur les tribunaux. Même situation dans le petit Monténégro voisin qui a commencé ses négociations d'adhésion à l’UE en juin.

Lufti Dervishi, de l’antenne albanaise de Transparency, résume la situation dans son pays: "Aucun requin n’a été pris dans les filets de la justice albanaise qui s’est contentée seulement de quelques petits poissons".

Comble de l’ironie, au Kosovo - où la justice locale est encadrée par une Mission de justice de l’UE (Eulex) dont le mandat est de renforcer l'État de droit en se chargeant des dossiers jugés trop sensibles -, le chef du Bureau de lutte contre la corruption a été lui même inculpé de corruption.

"Il ne suffit pas d’avoir une tolérance zéro face à la corruption", a estimé William Infante, responsable de l’ONU en poste en Serbie, qui prône davantage d’efforts pour changer la mentalité des sociétés des Balkans.

Réaction insolente

Car les réactions de ceux qui finissent tout de même à répondre de corruption frisent souvent l’insolence.

Milan Visnjic, ancien doyen de la faculté de médecine à Nis (sud de la Serbie), qui a récemment été condamné à une peine d’amende pour avoir favorisé l’emploi de dix membres de sa famille dans ses services, a sereinement assené: "Même les animaux protègent leurs progénitures, pourquoi ferions nous autrement ?"

(AFP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!