Commentaire: La crise des urgentistes, revoir les priorités sanitaires

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CommentaireLa crise des urgentistes, revoir les priorités sanitaires

La fermeture provisoire des urgences à Martigny ce lundi interpelle à plus d’un titre. Toujours plus de paperasserie dans les soins et toujours moins de praticiens au front!

par
Eric Felley
Des urgences sous pression faute de moyens et de vocations.

Des urgences sous pression faute de moyens et de vocations.

Getty Images/iStockphoto

Dès lundi 9 janvier, les habitants de la région de Martigny (VS), soit un bassin d’environ 100’000 habitants, devront faire une vingtaine de kilomètres de plus pour aller se faire soigner à Sion ou à Rennaz en cas d’alerte la nuit. L’Hôpital du Valais a dû prendre cette décision à contrecœur en raison d’un manque de personnel qualifié. Mais le Valais n’est pas un cas isolé. En France, la crise des urgentistes dure depuis des mois. Emmanuel Macron est intervenu cette semaine pour promettre quelques améliorations, qui n’ont guère convaincu.

Dans un cas comme dans l’autre, il y a une pénurie de médecins urgentistes et une surcharge de travail pour ceux qui restent et s’épuisent. Il est vrai que dans le domaine de la médecine, travailler aux urgences n’est pas la voie la plus confortable. Ces professionnels, qui sauvent des vies, ont pourtant une bonne aura dans la population. Mais à l’interne, les vocations se font rares pour un métier dur, qui implique un stress bien plus grand qu’en cabinet, des horaires irréguliers et une gestion «à chaud» de la détresse humaine.

De l’hôpital à l’assureur

À Martigny, la fermeture nocturne des urgences revêt un caractère plus symbolique dans l’évolution globale de la santé. À quelques centaines de mètres de là, se trouvent les multiples bâtiments du prospère Groupe Mutuel. Du point de vue local, le centre de profit et de notoriété s’est déplacé de l’un à l’autre. Il y a vingt-cinq ans, l’hôpital était le poumon économique et social de la ville. Aujourd’hui, c’est l’assureur qui domine, dont les bureaux sont ouverts seulement la journée du lundi au vendredi.

Toute une population désécurisée

Cela nous ramène aux propos tenus par le coprésident de la Société suisse de médecine d’urgence, Vincent Ribordy, interrogé par «Le Temps» en ce dimanche maussade: «D’une manière plus générale, dit-il, nous avons besoin d’un système de santé qui ne soit pas basé uniquement sur le contrôle des coûts, nous avons besoin de soignants et de médecins en suffisance».

Autrement dit, dans un système de santé au service du patient, la première des priorités serait de les soigner vite et bien. Les soins d’urgences en particulier doivent répondre aux situations où la vie du patient est en danger, où chaque minute compte. Affaiblir cette prestation, c’est désécuriser toute une population, à qui on demande par ailleurs beaucoup d’un point de vue financier pour entretenir le système.

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