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PandémieEn Suisse, la crise pourrait laisser moins de traces que prévu

Selon la Banque cantonale de Genève, les économistes ont échafaudé des scénarios conjoncturels trop sombres pour 2020, sous-estimant la capacité de la Suisse à faire face à la crise.

Le siège de la Banque cantonale de Genève (photo d'illustration).

Le siège de la Banque cantonale de Genève (photo d'illustration).

Keystone

Forte d'une exposition sectorielle favorable, l'économie suisse pourrait se révéler plus résiliente que prévu face à la crise du coronavirus. Dans leur ensemble, les économistes ont échafaudé des scénarios conjoncturels trop sombres pour 2020, donnant un poids exagéré au pessimisme des consommateurs helvétiques, affirme la Banque cantonale de Genève (BCGE).

«C'est l'une des premières fois où l'on touche de façon globale à la santé, qui est un des piliers de la confiance (...). Le Suisse est plus sensible à cela» par rapport à d'autres pays, a expliqué mardi Valérie Lemaigre, cheffe économiste de la BCGE, graphiques à l'appui. Le sentiment des consommateurs est «très déprimé», dès lors qu'on touche aux services de proximité, mis à mal par la pandémie.

«Le choc sera brutal»

A en croire Mme Lemaigre, ce pessimisme a pesé de tout son poids sur certaines prévisions de croissance. L'institut Créa de l'Université de Lausanne table par exemple sur un recul annuel du produit intérieur brut (PIB) de 8,2% en 2020. Rien que ce mardi, la faitière Economiesuisse a prédit -5,4%, Raiffeisen -5,0% et Pictet Wealth Management -7,5%.

La BCGE se montre bien plus confiante, tablant sur une contraction de 3,9% du PIB suisse cette année. «Le choc sera plus brutal et temporaire que profond», a déclaré Valérie Lemaigre lors d'une conférence de presse. L'année prochaine, un rebond de 4,2% est attendu.

Pour l'économiste, cette résilience ne s'explique pas uniquement par des mesures sanitaires moins strictes qu'ailleurs. Les secteurs économiques qui comptent en Suisse sont ceux qui vont le mieux résister, a-t-elle souligné.

Taille des entreprises

Au premier rang figurent la pharma et la chimie, première industrie exportatrice de Suisse et l'une des plus favorisées par la pandémie de Covid. L'alimentation constitue un autre secteur défensif qui devrait soutenir le PIB, à défaut d'empêcher une baisse de celui-ci.

Les secteurs les plus exposés économiquement, comme le tourisme, pèsent moins sur la balance conjoncturelle helvétique. En Espagne, la part d'emplois liés à cette industrie approche les 15%, contre 4,9% en Suisse, a rappelé Mme Lemaigre.

La taille des entreprises constitue un autre facteur de soutien pour l'économie helvétique. Les petites et moyennes entreprises (PME), plus fragiles, représentent 42% des emplois en Suisse, alors que chez certains de nos voisins la proportion se situe entre 70 et 80%.

Le pétrole pèse sur Genève

Pour 2020, le taux de chômage en Suisse devrait atteindre 3,9% en glissement annuel, puis plafonner à 4,0% en 2021, selon les prévisions de la BCGE. En mai, cet indicateur a grimpé de 0,1 en rythme mensuel, à 3,4%.

Pour Genève, les attentes sont moins optimistes. Le récent choc des cours du pétrole, indépendant de la crise du coronavirus, a pesé sur le financement du négoce, une activité de premier plan pour la place financière locale.

Cette spécificité a assombri les perspectives, avec un PIB cantonal attendu en repli de 6,2% en 2020 et en hausse de 3,4% l'année prochaine. Pour le chômage, les taux escomptés s'élèvent respectivement à 5,6% et 5,5% (5,2% en mai).

(ats)

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