International: La crise vénézuélienne percole en Amérique

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InternationalLa crise vénézuélienne percole en Amérique

Maduro s'est attiré lundi les foudres de Trump et l'inquiétude de ses voisins alors que ses citoyens se préparent à la grève générale.

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Les chavistes accusent leurs adversaires d'avoir souhaité des sanctions financières américaines voire une intervention militaire, une «trahison de la patrie» selon eux. (Photo d'archives)

Les chavistes accusent leurs adversaires d'avoir souhaité des sanctions financières américaines voire une intervention militaire, une «trahison de la patrie» selon eux. (Photo d'archives)

AFP
L'ex-procureure générale Luisa Ortega, évincée par l'Assemblée constituante s'est réfugiée en Colombie, vendredi 18 août. Chaviste devenue opposante farouche au président du même bord politique, Nicolas Maduro, elle a été écartée du pouvoir dès que la Constituante a été instalée. (Image d'archive)

L'ex-procureure générale Luisa Ortega, évincée par l'Assemblée constituante s'est réfugiée en Colombie, vendredi 18 août. Chaviste devenue opposante farouche au président du même bord politique, Nicolas Maduro, elle a été écartée du pouvoir dès que la Constituante a été instalée. (Image d'archive)

Keystone
Vendredi 18 août également, le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, a été privé de la majorité de ses pouvoirs par l'Assemblée Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro. (Image d'archive)

Vendredi 18 août également, le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, a été privé de la majorité de ses pouvoirs par l'Assemblée Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro. (Image d'archive)

Keystone

Le président américain Donald Trump a sommé lundi son homologue vénézuélien Nicolas Maduro de retirer son projet de Constituante sous peine de «mesures économiques fortes». La veille 7,6 millions de Vénézuéliens s'étaient prononcés pour son retrait, lors d'une consultation symbolique organisée par l'opposition. Et dans un troisième volet de ce feuilleton devenu international, le président colombien Juan Manuel Santos a rencontré lundi le principal allié de Nicolas Maduro, le cubain Raúl Castro, pour évoquer la possibilité d'une médiation régionale.

«Les Etats-Unis ne resteront pas immobiles pendant que le Venezuela s'effondre a assuré Donald Trump. Si le régime Maduro impose son Assemblée constituante le 30 juillet, les Etats-Unis adopteront des mesures économiques fortes et rapides», a indiqué Donald Trump dans un communiqué. Le texte ne détaille pas la teneur des mesures.

Plus tôt, la Maison Blanche avait salué la consultation symbolique organisée dimanche par l'opposition vénézuélienne contre ce projet, à laquelle 7,6 millions de ressortissants - selon les chiffres définitifs - ont pris part sur 19 millions d'électeurs.

Grève générale

Encouragée par cette participation massive, l'opposition vénézuélienne a appelé lundi à une grève générale de 24 heures jeudi pour tenter d'arrêter le projet du président socialiste de modifier la Constitution.

«Nous appelons tout le pays à une grève générale massive et sans violence de 24 heures ce jeudi afin d'exercer une pression (sur le gouvernement) et de se préparer à l'escalade définitive de la semaine prochaine», a déclaré lors d'une conférence de presse l'opposant Freddy Guevara, vice-président du Parlement.

«Maduro se rêve en dictateur»

Qualifiant le président Maduro de «mauvais dirigeant rêvant de devenir dictateur», Donald Trump a appelé «à la tenue d'élections justes et libres». Il a assuré que les Etats-Unis «se tiennent au côté du peuple vénézuélien dans sa quête pour ramener son pays vers une démocratie totale et prospère».

Le scrutin a été endeuillé par la mort d'une femme, tuée par des hommes armés à moto devant un bureau de vote à Caracas.

Le Parlement est le seul organe du pouvoir vénézuélien contrôlé par les antichavistes, du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l'héritier. Et dans le cadre de l'«offensive» de l'opposition contre le chef de l'Etat, les élus comptent nommer vendredi de nouveaux magistrats à la Cour suprême (TSJ), accusée de servir le pouvoir.

Les membres de la coalition à l'origine de la consultation de dimanche, la Table de l'Unité démocratique (MUD), vont également signer mercredi un accord en vue de la formation d'un futur «gouvernement d'union nationale». En outre, Freddy Guevara a redit que l'opposition était prête à dialoguer, à condition toutefois que le gouvernement renonce à l'élection des 545 membres de la Constituante, prévue le 30 juillet.

«Le peuple attend»

Après plus de trois mois de manifestations violentes qui ont fait 96 morts dans ce pays en crise, la MUD espère provoquer des élections anticipées avant la fin du mandat de Nicolas Maduro en décembre 2018. Ce dernier assure que la Constituante vise à apporter paix et stabilité économique au pays, mais l'opposition pense qu'elle servira à contourner l'Assemblée nationale et à instaurer une «dictature».

«L'opposition doit avoir une feuille de route, après avoir suscité tant d'espoir. Sinon, sa légitimité peut en prendre un coup, le peuple attend des actes fermes», a commenté Felix Seijas, directeur de l'institut de sondages Delphos. Du côté du gouvernement, la consultation est considérée comme «illégale».

Mais ce dernier doit éviter une faible participation le 30 juillet car la Constituante aurait alors une «légitimité» amoindrie. Selon Datanalisis, 70% des Vénézuéliens rejettent le projet.

L'UE «insolente»

La consultation symbolique de dimanche a reçu le soutien des Nations unies, des Etats-Unis et de plusieurs gouvernements d'Amérique latine et d'Europe.

La chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini a appelé lundi à des «gestes politiques» du gouvernement pour «faire retomber la tension», telle la suspension «du processus d'Assemblée constituante». En réplique, Nicolas Maduro l'a qualifiée d'«insolente».

Médiation sud-américaine ?

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a quant à lui rencontré son homologue cubain, Raul Castro, lundi à La Havane. Selon le quotidien britannique Financial Times, Juan Manuel Santos souhaiterait obtenir l'appui de Cuba à une initiative diplomatique régionale pour tenter de résoudre la crise au Venezuela.

Cuba est le principal allié du président socialiste vénézuélien, tandis que la Colombie fait partie d'un ensemble de pays qui l'ont appelé à renoncer à son projet d'Assemblée constituante.

Selon la ministre des Affaires étrangères colombienne, Maria Angela Holguin, présente à Cuba, le Venezuela devait être au menu de la rencontre entre les deux hommes, pour «voir comment il est possible d'arriver à une solution». Pour autant, elle a écarté l'idée que la crise vénézuélienne ou la possibilité de demander à Raul Castro de jouer un rôle de médiateur ait été le principal motif du voyage du président colombien.

L'opposition accuse le gouvernement d'être responsable de la crise économique qui étouffe le Venezuela, frappé de plein fouet par la chute des cours du pétrole alors que 95% des devises proviennent de l'or noir. L'inflation est à trois chiffres; aliments et médicaments sont soumis à des pénuries.

(ats)

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