Publié

Festival de Cannes 2016La Croisette salue l'animation suisse

Véritable bijou d'émotion, «Ma vie de courgette», long-métrage du Valaisan Claude Barras, a fort logiquement enthousiasmé le public de la Quinzaine des réalisateurs.

par
Jean-Philippe Bernard - Cannes
Icare dit Courgette: ce petit garçon aux cheveux bleus a fait craquer le public français. A voir dans les salles en octobre prochain.

Icare dit Courgette: ce petit garçon aux cheveux bleus a fait craquer le public français. A voir dans les salles en octobre prochain.

Rita Production

«C'est un beau cadeau que vous me faites.» En ce dimanche de Pentecôte, Claude Barras, réalisateur romand spécialisé dans le domaine de l'animation, paraît soufflé. Il faut dire qu'à la seconde même où le générique de «Ma vie de Courgette» a démarré, le Théâtre de la Croisette, plein comme un œuf, a explosé de joie. Des applaudissements sincères et soutenus pour dire le bonheur que procure la vision d'un pareil bijou.

L'histoire de Courgette donc, un petit garçon de 9 ans qui, suite au décès accidentel de sa mère, se retrouve placé dans un foyer pour enfants. Là, il va croiser un groupe de gosses, filles et garçons, aussi cabossés que lui. Dans une ambiance très douce (le personnel de l'établissement est pétri d'humanité), une nouvelle famille, menée par Courgette, par Camille la fine mouche et par Simon la teigne au grand cœur, va naître.

Vibrations positives

Il va sans dire qu'à l'occasion de la sortie de «Ma vie de Courgette» le 19 octobre prochain dans les salles romandes, nous reviendrons longuement sur ce projet artistique jubilatoire. Un projet qui, Barras l'a expliqué au public cannois, aura nécessité 7 ans de préparation.

Une fois cette phase achevée avec le bouclage d'un scénario signé par la réalisatrice française Céline Sciamma (nommée aux César 2015 pour «Bande de filles») d'après un roman de Gilles Paris («Autobiographie d'une Courgette»), deux nouvelles années ont été nécessaires pour la fabrication des décors et pour le tournage. Un tournage effectué en stop motion (animation en volume donnant l'illusion de voir des objets et personnages animés d'une vie propre et doués de mouvements), technique que le réalisateur perçoit comme «une aventure artisanale, à la croisée de la fiction et de l'animation, proche des valeurs que le film veut transmettre».

Ouvrage tout en vibrations positives marqué par une douceur, un charme et une humanité inouïs, «Ma vie de Courgette» est, selon son réalisateur, «un hommage à tous les enfants maltraités qui survivent tant bien que mal à leurs blessures». Baptisé au cours de l'événement cinématographique le plus médiatisé de la galaxie grâce au coup de pouce d'Edouard Waintrop, patron de la Quinzaine des réalisateurs dont la pertinence et l'ouverture d'esprit ne sont plus à démontrer, «Ma vie de Courgette» paraît promis à un très enviable destin.

La moindre des choses pour un artiste de chez nous qui, depuis hier, s'est taillé une réputation d'enchanteur bien au-delà des montagnes de son canton d'origine.

Festival de Cannes

Même si ce n'est pas encore tout à fait l'été, à Cannes les nuits sont douces. Belles et courtes aussi. Et le réveil est parfois difficile pour le festivalier qui souhaite arriver dans les temps à la première projection du matin. Raison sans doute pour laquelle, en ce beau dimanche de mai, les escaliers paraissent presque déserts. Signe inquiétant, 10 minutes avant le début du film, on remarque plusieurs rangées de sièges inoccupés. Une soixantaine de places vacantes, c'est peu pour une salle qui peut accueillir plusieurs milliers de personnes, mais ça se voit rarement par ici. La faute aux nuits blanches… A moins que le film programmé, «Mal de Pierres» de Nicole Garcia, soit un peu trop «qualité standard made in France». Un label qui n'excite plus les foules en ces temps où il vaut mieux filmer des trucs bien crades pour retenir l'attention. Quelle erreur en ce cas: sans être originale, cette histoire d'amour mélodramatique permet d'admirer deux heures durant Marion Cotillard. Actrice haut de gamme, sensuelle, Marion en impose dans un de ces rôles de femme amoureuse désespérée que n'aurait pas renié Romy Schneider. Rien que pour elle, ça vaut le coup de se lever tôt.

Jean-Philippe Bernard

Ton opinion