Coronavirus: La croisière a tourné au cauchemar pour un couple vaudois
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CoronavirusLa croisière a tourné au cauchemar pour un couple vaudois

Deux Vaudois se sont retrouvés en quarantaine sur un bateau de croisière en mer des Caraïbes. Atteints du COVID-19, ils racontent leur mésaventure depuis leurs lits dans une clinique à Gland (VD).

par
Laura Juliano
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Léon et Elisabeth Dubey profitent d'une soirée festive sur le bateau de croisière accosté à Miami le 5 mars. Tous deux ne savent pas encore qu'ils ont déjà contracté le COVID-19.

Léon et Elisabeth Dubey profitent d'une soirée festive sur le bateau de croisière accosté à Miami le 5 mars. Tous deux ne savent pas encore qu'ils ont déjà contracté le COVID-19.

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Ce soir-là, Elisabeth Dubey célèbre son 67e anniversaire. Trois jours avant que les premiers symptômes ne se déclarent.

Ce soir-là, Elisabeth Dubey célèbre son 67e anniversaire. Trois jours avant que les premiers symptômes ne se déclarent.

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Après avoir reçu les premiers soins à l'Hôpital de Morges, le couple a été transféré à la clinique La Lignière à Gland pour deux semaines de convalescence.

Après avoir reçu les premiers soins à l'Hôpital de Morges, le couple a été transféré à la clinique La Lignière à Gland pour deux semaines de convalescence.

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Afin de célébrer leur 50 ans d'union, Léon et Elisabeth Dubey, âgés de 72 et 67 ans ont pris le large le 24 février pour une croisière de rêve direction les Caraïbes. «Les 10 premiers jours étaient idylliques, raconte le Vaudois. Chaque jour on mettait le cap sur une île et on se prélassait sur les transats sous les cocotiers. Le soir, on regagnait le bateau pour manger des menus à la carte, chanter, danser, c'était magnifique.»

Arrivés à Miami le 5 mars, Elisabeth Dubey célébrait son 67e anniversaire entourée de son mari et de leurs nouveaux amis de voyage. «À ce moment, 1500 passagers sont descendus et 800 nouveaux sont arrivés. Il y avait moins de monde, on devait être dans les 3000 personnes à bord avec l'équipage de Costa Croisière, estime Léon Dubey. On a trouvé ça super d'avoir encore plus de place dans les restaurants et en terrasses! Puis arrivés à Porto Rico, deux personnes suspectées d'être malades ont été sorties du bateau. Mais on ne savait pas ce qu'ils avaient, le virus n'était pas encore très médiatisé.»

Du rêve au cauchemar

Quand soudain, l’atmosphère festive bascule. Les couloirs deviennent déserts. Les restaurants et les bars ferment leurs portes. La musique laisse place à un silence singulier. «On a commencé à se sentir malades tous les deux, note Léon Dubey. On n'arrivait plus à manger. On a perdu le goût et l'odorat. On était épuisés. On avait le souffle court. On pensait qu'on avait attrapé une petite grippe qui passerait en trois jours. On était loin de se douter de ce qui nous attendait.»

La croisière qui devait durer 10 jours devient alors interminable. Le bateau erre sur la mer des Caraïbes et l'incertitude liée au retour se fait pesante. «Tous les pays nous refusaient car 2 à 3000 personnes confinées sur un bateau, dans un espace de 300 mètres, c'est un nid à virus, poursuit notre témoin. Le 8 mars, nous avons donc entamé une semaine de traversée pour regagner l'Europe.»

Errance en mer

Cette traversée de l'Atlantique vire au cauchemar pour Léon et Elisabeth Dubey. Alités, cloîtrés dans leurs chambre, ils emploient l'énergie qui leur reste pour ouvrir la porte au personnel venu livrer des repas qu'ils n'arrivent pas à avaler. «On vomissait tout. Ils venaient prendre notre température tous les jours. Je devais faire attention à eux, car je ne pouvais pas m'empêcher de tousser», raconte le patient.

Enfin parvenu au large de l'Espagne, le bateau ne trouve pas l'accueil espéré. «Tenerife et l'Espagne nous ont refusés. Nous sommes restés confinés encore six jours dans notre cabine jusqu'à Marseille. Là, 800 Français ont pu débarquer dont 70 ont été infectés. Nous l'étions aussi, mais comme nous n'avions pas de fièvre, c'est passé inaperçu, indique le Vaudois. Nous avions trop peur de moisir dans l'hôpital de Marseille ou en Italie en voyant que près de 600 patients y mouraient chaque jour. Et nous avions peur d'être séparés. Nous voulions rentrer en Suisse au plus vite!»

Arrivé à Savone, en Italie, le 22 mars, le couple embarque avec les autres passagers non suspectés d'être malades dans un bus spécial pour rentrer à Lausanne. Masques, gants, assise espacée: les précautions sont prises pour éviter au mieux le risque de contagion. Car à ce stade, les passagers n'ont pas encore bénéficié d'un test officiel.

«Filez tout de suite à l'hôpital!»

Exténué, le couple arrive dans sa demeure à Denges (VD) à deux heures du matin et n'a qu'une idée en tête: dormir. Ce n'est que le lendemain que Léon Dubey trouve la force de contacter sa doctoresse pour énoncer ses symptômes. «Elle m'a dit de filer tout de suite à l'hôpital! Nous étions si fatigués, que préparer nos affaires pour partir nous a pris la journée. Aucun taxi ne voulait nous y conduire, nous avons donc fini par appeler le 144.»

En moins de dix minutes, une ambulance embarque les malheureux voyageurs à bout de souffle pour les emmener à l'Hôpital de Morges. Sans grande surprise, ils apprennent qu'ils sont atteints par le COVID-19 dont ils ont hérité une pneumonie chacun. Durant une semaine, ils sont soignés sur place sans devoir passer par les soins intensifs. «J'avais des douleurs terribles dans le dos qui m'empêchaient de tousser. C'était comme des coups de poignard! Ma femme en revanche n'a jamais toussé. Heureusement, nous avons été pris en charge assez tôt, affirme Léon Dubey d'un ton empreint de gratitude. Apport d'oxygène, antibiotiques, morphine pour les douleurs: nous étions soulagés physiquement mais aussi psychologiquement de nous sentir entre de bonnes mains.»

Fin heureuse et confinement

Le 2 avril, l'état des Dubey s'est amélioré. Ils ont pu être transférés à la clinique La Lignière, à Gland, où ils sont en convalescence depuis deux semaines. «On a retrouvé l'appétit, se réjouit le patient. Le goût et l'odorat reviennent doucement. Mais en n'ayant rien avalé durant deux semaines, nous avons pour conséquence une forte fonte musculaire qui nécessite l'accompagnement quotidien d'un physiothérapeute. La maladie a aussi détérioré la mobilité de mes membres inférieurs, ce qui rend la marche difficile.»

Dans quelques jours, ils pourront enfin regagner leur maison pour se remettre de cette longue mésaventure. Si l'envie de retrouver leurs proches inquiets et de partager avec eux un bon repas ne manque pas, la prudence reste de mise. «Tant pis pour l'apéro de retrouvailles, ça attendra, sourit Léon Dubey avec bienveillance. Nous resterons confinés chez nous pour protéger nos proches et notre voisinage.»

Laura Juliano

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