Genève: La défense du meurtrier conteste les traces ADN

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GenèveLa défense du meurtrier conteste les traces ADN

Le procès de l'homme accusé du viol et du meurtre de la fille de sa compagne entrait jeudi dans sa quatrième journée d'audience.

Semhar était la fille de la femme que fréquentait l'accusé.

Semhar était la fille de la femme que fréquentait l'accusé.

Keystone

A Genève, le quatrième jour du procès de l'homme de 42 ans accusé d'avoir violé et étranglé la jeune Semhar était consacré jeudi à l'audition des policiers qui ont participé à l'enquête. Les avocats de la défense ont remis en question la pertinence des traces ADN récoltées.

Le Tribunal criminel entend d'abord deux inspecteurs de la Brigade de la police technique et scientifique (BPTS) qui ont rédigé les rapports relatifs aux nombreux prélèvements. C'est d'ailleurs l'affaire pour laquelle il y a eu le plus de prélèvements depuis douze ans qu'il est en poste, relève un des inspecteurs.

Parmi les échantillons analysés figurent plusieurs traces de sang récoltées dans l'appartement où a été retrouvée la victime. La défense, assurée par Yaël Hayat et Vincent Spira, n'est pas convaincue par l'utilisation du luminol comme révélateur de traces de sang. Ce produit peut réagir avec d'autres substances que le sang, souligne Me Hayat.

Des analyses orientées

Les avocats tentent aussi de mettre en évidence une orientation des investigations à l'encontre de leur client, qui a toujours clamé son innocence. Sur tous les prélèvements ADN envoyés pour analyse au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), seul celui du prévenu ne l'a pas été avec la mention «pour exclusion», souligne la défense.

«C'était pour gagner du temps», répondent les inspecteurs qui rappellent la pression de l'époque pour obtenir des résultats. Le meurtre de Semhar en août 2012 avait profondément marqué les habitants de la Tambourine, le quartier carougeois où habitait l'adolescente.

Les avocats, remis à l'ordre par la présidente du tribunal Isabelle Cuendet pour leur flot de questions, demandent aussi aux inspecteurs pourquoi ils n'ont pas mis en évidence le fait que le profil ADN autosomal du prévenu n'a pas été retrouvé sur le corps ou les habits de la victime. «C'est un choix», affirment les policiers. Les avocats regrettent aussi qu'il n'y ait pas eu d'analyses des sous-vêtements du prévenu.

D'autres pistes

Deux inspecteurs de la brigade criminelle qui ont dirigé l'enquête sont aussi longuement questionnés par la défense. Les avocats demandent notamment pourquoi ils n'ont pas creusé deux pistes évoquées par des témoins, à savoir «un homme à la cravate» qui aurait fait peur à Semhar et un couple de jeunes aperçu près de son immeuble.

«Ces signalements étaient extrêmement pauvres. Il n'y avait pas d'éléments à creuser», expliquent-ils. Des doutes sont également émis sur les analyses menées sur la «Wii» qui n'ont pas donné de résultat «en état et pour l'heure». Au final, ces auditions ont permis à la défense d'insister sur différents éléments qui lui semblent peu clairs.

Calme

Tout au long de la journée, le prévenu a écouté calmement les débats. L'émotion était moins vive que les jours précédents où les parents et la soeur de Semhar ont exprimé leur douleur.

Le prévenu est un chauffeur de taxi d'origine éthiopienne qui vit en Suisse depuis qu'il a 16 ans. Semhar était la fille de la femme qu'il fréquentait. Selon le Ministère public, le prévenu aurait dissimulé le cadavre de Semhar sous le lit de la chambre parentale, pour gagner du temps et se construire un alibi. Le procès se poursuit vendredi.

(ats)

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