Construction: La demande américaine fait flamber le bois en Suisse
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ConstructionLa demande américaine fait flamber le bois en Suisse

Les États-Unis achètent en quantité du bois en Europe, où les prix montent. Par ricochet, ils prennent aussi l’ascenseur en Suisse. En quelques mois, la situation s’est tendue dans la construction. Alors que le bois est à la mode.

par
Eric Felley
Les prix du bois montent en Suisse: bonne nouvelle pour les producteurs, mais moins bonnes pour la construction.

Les prix du bois montent en Suisse: bonne nouvelle pour les producteurs, mais moins bonnes pour la construction.

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Dans les milieux de la construction, tout le monde ne parle que de ça. Depuis la fin de l’année dernière, le prix des différents produits du bois en Suisse a pris un envol phénoménal sur un marché d’habitude morose. Une très forte demande est venue des États-Unis et des Chinois sur la production européenne. «Depuis 25 ans, on n’a jamais vu ça, constate Michael Gautschi, directeur de la faîtière Industrie du bois Suisse. D’une part, il y a un marché immobilier très favorable au bois en ce moment aux États-Unis. De l’autre le Canada, qui était traditionnellement un grand fournisseur, a depuis quelques années des problèmes de livraison notamment à cause d’un insecte qui a ravagé ses forêts. La demande américaine s’est subitement tournée vers l’Europe. Ce sont surtout les Allemands et les Autrichiens qui exportent aux États-Unis. Cela a créé un manque sur le continent européen et une forte hausse des prix».

Par ricochet la Suisse est touchée par cette flambée des prix. Michael Gautschi: «D’un côté c’est bien pour les producteurs, car ces dernières années les prix étaient très bas. De l’autre cela cause des problèmes dans la construction, car les projets en bois deviennent plus chers. Il devient difficile de planifier le coût d’un projet, au risque de se retrouver avec une facture de 20 à 30% plus chère. L’évolution actuelle est beaucoup trop rapide».

Nos contrats ne contiennent pas de clause d’indexation à l’évolution de la matière première

Maxime Métrailler, président de l’Association valaisanne des entreprises du bois.

Sur les chantiers, la situation des professionnels du bois est devenue subitement précaire. Président de l’Association valaisanne des entreprises du bois, Maxime Métrailler témoigne de cette spirale à la hausse: «C’est de la folie… Nous n’étions pas habitués à des variations aussi élevées. Nos contrats ne contiennent pas de clause d’indexation à l’évolution de la matière première, comme c’est le cas chez les métallurgistes. Jusqu’ici, on avait des variations de 1 ou 2%. En quelques mois, les prix se sont envolés».

Des délais de livraison qui s’allongent

Depuis le 1er janvier, par exemple, les panneaux OSB, très courants dans la construction, ont augmenté de plus de 40%. Les délais deviennent aussi problématiques: d’une livraison à dix jours, il faut dorénavant patienter jusqu’à 16 semaines. Maxime Métrailler avait un projet de construction estimé à 800 000 francs: «D’entente avec le maître d’œuvre, nous avons décidé de le repousser à l’année prochaine, en espérant que les prix redescendent».

Cette hausse des prix intervient alors que le bois est de plus en plus prisé. Gaspard Studer, président de l’Industrie du bois Suisse romande: «Le bois se développe énormément, notamment en France. On n’est plus seulement dans la maison individuelle, mais pour des objets plus grands comme des immeubles, voire des halles, car les techniques pour lutter contre les incendies ont beaucoup évolué». Pour la branche, cette hausse des prix du bois arrive donc à un mauvais moment: «Le bois a le vent en poupe et nous avons beaucoup travaillé pour y arriver, observe Maxime Métrailler. Mais on se retrouve en quelques mois dans une situation pénalisante avec des incertitudes sur les prix, les délais et les fournitures qu’on peut trouver. Tous les produits du bois sont touchés par cette situation, sauf peut-être le bois massif, qu’on peut utiliser pour des chalets, mais pas dans des villas contemporaines.»

Une évolution du marché impossible à prévoir

Dans ce contexte, Michael Gautschi craint que cette hausse des prix «soit mauvaise pour l’image du bois». Et, malheureusement: «Nous ne pouvons pas prédire comment les prix internationaux du bois évolueront à moyen et à long termes. Si les prix élevés persistent, d’autres matériaux de construction comme le béton pourraient en bénéficier».

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