12.02.2013 à 07:42

Renoncement de Benoît XVILa démission du pape ouvre une période inédite pour l’Eglise

La démission du pape Benoît XVI a pris le monde entier au dépourvu, ouvrant la voie à une période inédite pour l’Eglise catholique depuis 700 ans et à toutes les spéculations sur le nom de son successeur.

Benoît XVI se retirera dans un monastère dans l’enceinte du Vatican.

Benoît XVI se retirera dans un monastère dans l’enceinte du Vatican.

Keystone

En annonçant lundi son départ fin février, une première dans l’histoire de l’Eglise moderne, au motif qu’il n’a "plus les forces" pour la diriger en raison de son "âge avancé", 85 ans, le pape a surpris les fidèles à travers le monde. Mais de nombreuses voix ont surtout exprimé du respect pour une décision jugée "courageuse".

Un nouveau Souverain Pontife sera désigné "pour Pâques" le 31 mars, a aussitôt précisé le porte-parole de Benoît XVI. Benoît XVI ne participera pas au conclave pour l’élection de son successeur et se retirera provisoirement dans la résidence d’été des papes à Castel Gandolfo puis dans un monastère dans l’enceinte du Vatican, selon le porte-parole, le père Federico Lombardi.

La démission inédite de Benoît XVI a été fixée "au 28 février, à 20H00" (19H00 GMT). Un conclave sera organisé dans les 15-20 jours suivant la démission, a indiqué le porte-parole.

Choix difficile

Les cardinaux auront un choix difficile à une époque où l’Eglise fait face à une contestation interne et des mutations rapide du monde: l’élection d’un prélat du Sud de préférence à un Occidental n’est pas cette fois exclue, qu’il soit latino-américain, africain ou asiatique.

Les bookmakers ont déjà commencé à miser sur le nom du successeur de Benoît XVI, accordant leurs suffrages à un Africain, par exemple le cardinal ghanéen Peter Turkson, un Italien, l’archevêque de Milan Angelo Scola, ou un Canadien, le cardinal Marc Ouellet.

"Je crois qu’en ce moment les (quelque 120 cardinaux) électeurs sont fortement déboussolés", a estimé le vaticaniste Sandro Magister. Mais en tout état de cause, selon lui, Benoît XVI a ouvert la voie, et "les prochains pontificats ne seront sûrement pas à vie".

L’archevêque de Bordeaux, Mgr Jean-Pierre Ricard, l’un des cardinaux électeurs appelés à désigner le futur pape, a pour sa part estimé qu’"on évitera de prendre parmi les plus âgés", car "ce que Benoît XVI a manifesté, c’est que c’est une charge très lourde". "Ce ne sera pas forcément un Européen, cela peut être un Sud-américain, un Philippin, un Africain", a-t-il encore avancé.

En tout cas, la décision du pape de partir à cause de son âge aura "beaucoup d’influence sur le choix d’un nouveau pape", a souligné le vaticaniste Marco Politi. La démission de Benoît XVI est une décision inédite dans l’histoire de l’Eglise moderne. En 1294, Célestin V avait abdiqué peu après avoir été élu la même année. Il avait vécu en ermite jusqu’à sa désignation et ne se sentait pas prêt à assumer ce rôle.

Dans son annonce en latin traduite par le Vatican, Benoît XVI a dit être "parvenu à la certitude que (ses) forces, en raison de l’avancement de son âge, ne lui permettent plus d’exercer de façon adéquate le ministère" de pape et évêque de Rome.

Benoît XVI a fait son annonce sans emphase, en lisant un discours au cours d’un consistoire. "Le pape nous a pris un peu par surprise", a reconnu son propre porte-parole.

Pourquoi aujourd'hui?

Pourquoi aujourd’hui? "la réponse logique est qu’il rencontrait des cardinaux qui sont ceux qui devront élire le nouveau pape", a répondu à l’AFP l’Américain Greg Burke, nommé en juin dernier conseiller en communication du gouvernement du Vatican.

Selon le père Lombardi, "personne ne lui a suggéré ni ne l’a poussé à cela" et "il n’y aucune maladie en cours qui aurait influé sur cette décision". "Le pape a senti ses forces diminuer ces derniers mois et l’a reconnu avec lucidité", a-t-il ajouté.

Le frère du pape, Georg Ratzinger, a confié au quotidien allemand Die Welt qu’il était au courant depuis des mois de cette décision: "Mon frère souhaite plus de tranquillité dans sa vieillesse", a-t-il expliqué. Selon le directeur de l’Osservatore Romano, Benoît XVI a pris sa décision secrètement après son voyage éprouvant au Mexique et à Cuba en mars 2012.

Scandales à répétition

Durant son pontificat de huit ans, Benoît XVI a été confronté à un grave scandale d’abus pédophiles dans le clergé, la crise la plus profonde de l’Eglise contemporaine. L’an dernier, il avait aussi dû faire face à un scandale de fuites de documents confidentiels au Vatican, qui a conduit à la condamnation de son propre majordome, Paolo Gabriele: un symptôme des mécontentements et des divisions dans la Curie, et une trahison personnelle qui avait beaucoup affecté Joseph Ratzinger.

Dans un livre interview intitulé "Lumières du monde" sorti en 2010, le pape avait évoqué la possibilité d’une démission au cas où il ne se sentirait plus en état de continuer. Benoît XVI avait affirmé qu’un pape "a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer" s’il sent ses forces "physiques, psychologiques et spirituelles" lui échapper.

Selon le porte-parole, cette décision, différente de celle de Jean Paul II, qui était resté à la tête de l’Eglise durant sa longue agonie en 2005, "ne liera" en aucune façon ses successeurs". Les réactions à ce "coup de tonnerre dans un ciel serein", selon le doyen des cardinaux Angelo Sodano, ont afflué du monde entier. Le président américain Barack Obama a offert ses "remerciements" et ses "prières" au pape". En pleine campagne électorale, le chef du gouvernement italien démissionnaire, Mario Monti, s’est dit "très secoué par cette annonce inattendue", et son rival Silvio Berlusconi a exprimé son "admiration face à un geste de grande responsabilité". Le président français François Hollande a qualifié la décision du pape d’"éminemment respectable", tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a exprimé son "plus grand respect". Né le 16 avril 1927 dans une famille modeste de la très catholique Bavière, Joseph Ratzinger, a succédé au charismatique Jean Paul II le 19 avril 2005 à l’âge de 78 ans après avoir régné près d’un quart de siècle sur la Congrégation pour la doctrine de la Foi.

(AFP)

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