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Démission à la BNSLa démission du patron de la BNS va-t-elle créer des spéculations sur le franc?

Les marchés ont jusqu'ici peu réagi à la démission de Philipp Hildebrand. La monnaie helvétique est restée plutôt stable et devrait le rester, selon les analystes.

Le bâtiment de la BNS sur la place fédérale à Berne.

Le bâtiment de la BNS sur la place fédérale à Berne.

Keystone

Si la démission lundi du président de la BNS Philipp Hildebrand a provoqué d’importants remous dans le public et le monde politique, elle n’a jusqu’ici pas affecté les marchés. Pour les observateurs, «l’affaire» ne devrait pas générer d’offensives spéculatives sur les devises.

«Hildebrand s’en va, le cours plancher reste», a commenté la banque néerlandaise ING après le départ du président de la Banque nationale suisse (BNS). L’évolution du franc depuis lundi montre aussi que les principaux acteurs du marché ne s’attendent pas à un changement de politique de l’institut d’émission helvétique.

Le franc est resté plutôt stable ces derniers jours et le taux de change avec l’euro continue à évoluer au-dessus de 1,21 franc, soit au-dessus du cours plancher de 1,20 franc fixé par la BNS en septembre.

Cette stabilité s’explique par le large consensus des Suisses envers le cours plancher, estime Reto Hünerwadel, analyste chez UBS. Cette décision de politique monétaire est soutenue par les différents partis politiques et milieux concernés.

Hedge funds en retrait

Les hedge funds et les sociétés de placements spéculatifs ne se sont plus intéressés au franc ces derniers mois, ajoute Alessandro Bee, de la banque Sarasin, dans un entretien avec l’agence AWP.

Mais tout dépendra aussi du temps qu’il faudra pour décider de la succession de M. Hildebrand. «Plus vite la direction sera au complet, mieux ce sera pour les marchés».

David Marmet, économiste à la Banque cantonale de Zurich (BCZ), est moins pressé, même si comme la majorité des observateurs, il s’attend à ce que Thomas Jordan, président ad interim, soit nommé. Aucune décision importante n’attend la BNS ces prochains jours, raison pour laquelle, cette nomination n’est pas urgente. «Le plus important est de trouver un bon successeur» à M. Hildebrand.

Divergences

Beat Siegenthaler, expert en devises à UBS, est plus critique que ses pairs. Thomas Jordan n’est pas convaincu par le cours plancher actuel, écrit-il dans un commentaire. Le président ad interim est davantage obnubilé par les menaces d’inflation que son prédécesseur.

L’ancien Surveillant des prix Rudolf Strahm n’est pas tendre non plus avec M. Jordan. Il estime que ce dernier est un «monétariste dogmatique» qui souffre de paranoïa inflationniste. L’ancien conseiller national socialiste propose à la BNS de profiter de la prochaine occasion pour affaiblir encore le franc.

Le nom de la personne qui occupera la troisième place du directoire, engrange aussi de nombreuses spéculations. Les noms du chef du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) et ancien syndicaliste Serge Gaillard, de l’ancien vice-président la BNS Bruno Gehrig, du chef économiste du SECO Aymo Brunetti, du banquier Josef Ackermann ou de l’experte Beatrice Weder di Mauro circulent.

Mais pour les analystes, davantage que sur une personne, la politique monétaire helvétique dépend de l’environnement économique. La Suisse tout comme la zone euro doit faire face à un ralentissement conjoncturel. La Banque Sarasin s’attend à ce que d’ici la fin de l’année, même sans intervention de la BNS, le cours entre l’euro et le franc atteigne entre 1,28 à 1,30 franc.

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