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MédiasLa directrice du «Monde» rend son tablier

Contestée par sa rédaction sur ses méthodes et ses projets de réforme, la directrice du «Monde» Natalie Nougayrède a démissionné mercredi, après seulement 15 mois de mandat.

Natalie Nougayrède, la directrice du Monde, a démissionné

Natalie Nougayrède, la directrice du Monde, a démissionné

Keystone

La directrice du Monde a jeté l'éponge et démissionné, après seulement 15 mois où elle aura exercé sa fonction.

C'est un dénouement rapide et brutal pour un conflit qui durait depuis plusieurs semaines et s'était brusquement aggravé la semaine dernière, lorsque la rédaction lui avait adressé un message de défiance. Sept des dix rédacteurs en chef avaient en outre démissionné.

Egalement critiqués, les deux adjoints de la directrice, Vincent Giret et Michel Guerrin, avaient eux déjà quitté leurs fonctions vendredi. Natalie Nougayrède a tenté, en vain, de se constituer une nouvelle équipe, sans trouver d'alliés en interne.

La rédaction, comme la direction, la poussaient à se contenter de fonctions de représentation, un rôle de «reine d'Angleterre» qu'elle a refusé de jouer, selon une source proche du dossier. Ce qui rendait son départ inévitable.

Elle a expliqué qu'elle ne pouvait pas «consentir à l'effacement du poste de directeur du journal». «La volonté de certains membres du Monde de réduire drastiquement les prérogatives du directeur du journal est pour moi incompatible avec la poursuite de ma mission», a-t-elle souligné.

Dans un communiqué, la Société des rédacteurs du Monde a «pris acte» de cette démission et devait rencontrer les actionnaires mercredi après-midi. Un directeur intérimaire devrait être rapidement choisi.

De la difficulté du passage au numérique

«Cette crise témoigne de la difficulté de transformer les journaux. Tout le monde a en tête la période de pourrissement long à Libération, il fallait une issue rapide», a commenté une source proche du dossier.

Le conflit est né à la fois du malaise de la rédaction face à des réformes rapides favorisant le numérique au détriment du papier et aux méthodes d'une directrice jugée «autarcique» et «rigide».

La contestation a été déclenchée par l'annonce en février d'un plan prévoyant, d'ici juin, le passage sur la rédaction numérique d'une cinquantaine de journalistes sur les quelque 300 que compte l'édition papier.

Il s'agit de la plus importante réforme depuis le rachat du Monde par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé en 2010.

L'application de ce plan, jugée brutale, a ensuite été assouplie. Mais elle n'a fait que renforcer l'hostilité contre la gestion de Natalie Nougayrède, 47 ans, une journaliste issue de la rédaction qui était pourtant arrivée en mars 2013 avec une cote de confiance très élevée

.«On ne peut pas mener une telle transition sans collectif», a résumé un journaliste. «Tous les projets auraient été menacés. Mais ce n'est pas une crise systémique. On n'est pas Libé».

(AFP)

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