08.12.2017 à 10:03

ParisLa droite française va choisir son chef

En déroute depuis son fiasco à la présidentielle, Les Républicains élisent dimanche leur nouveau responsable. L'ambitieux et clivant Laurent Wauquiez est assuré d'être élu.

Laurent Wauquiez est assuré d'être désigné.

Laurent Wauquiez est assuré d'être désigné.

AFP

Le parti Les Républicains (LR) espère se reconstruire. Mais il part de très loin: la droite est traumatisée après le fiasco de son élimination du premier tour de la présidentielle en avril, doublée d'une déroute cuisante aux législatives de juin et d'une fuite de cadres vers la République en marche (LREM) d'Emmanuel Macron.

La participation des militants au scrutin de dimanche est un enjeu: l'un des trois candidats en lice, Maël de Calan, a confié qu'il fallait «viser une participation de l'ordre de 80'000, 90'000 (...). En dessous, (...) ce serait un échec collectif».

Des chiffres qui font d'ores et déjà planer un doute sur la légitimité d'un leader élu avec quelques dizaines de milliers de voix seulement. En 2012, 176'608 personnes avaient voté lors de l'élection qui a viré à la guerre ouverte entre François Fillon et Jean-François Copé. Deux ans plus tard, 155'851 adhérents s'étaient prononcés au moment du retour de Nicolas Sarkozy.

«La droite est de retour»

Le paysage politique français est en recomposition drastique depuis la spectaculaire ascension d'Emmanuel Macron, porté à la présidence par LREM, un mouvement qu'il a créé de toutes pièces et qui a complètement déstabilisé tant la droite que le Parti socialiste.

A 42 ans, Laurent Wauquiez a profité de la débandade pour se poser en homme providentiel à droite et tenter d'amorcer un renouveau. «Ce que je veux, c'est que tout le monde comprenne que dans ce moment où notre famille politique est dans une si grande difficulté, il faut rassembler», a-t-il récemment déclaré.

Beaucoup lui prêtent l'ambition d'être le leader de la droite pour la présidentielle de 2022, ce qu'il tait. Réputé pour sa fermeté sur les questions d'autorité, de sécurité et d'immigration, au point de souvent créer le malaise jusque dans son camp, il réplique en martelant de meeting en meeting: la «droite est de retour». Ses détracteurs dénoncent ses «dérives identitaires».

Réputé très brillant, élu député à seulement 29 ans en 2004, M. Wauquiez est bardé de diplômes (dont l'ENA, la prestigieuse Ecole nationale d'administration) et a accumulé les fonctions électives. Il a notamment été plusieurs fois ministre, et est actuellement président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, installée à Lyon, sa ville natale. Très grand, cheveux poivre et sel, visage juvénile, c'est un habitué des formules-choc qui suscitent la polémique et des critiques acerbes à l'égard de ses opposants.

Valeurs traditionnalistes

Pour le politologue Philippe Braud, Wauquiez - qui est anti-mariage gay - a un «charisme local», notamment auprès des «catholiques traditionalistes». Il est apprécié des militants LR pour son positionnement clairement à droite, mais qui fait dire à ses adversaires qu'il «court après» le Front national (FN).

Pour M. Braud, M. Wauquiez «a des valeurs beaucoup plus traditionalistes qui recoupent une partie du FN». Il «se joue en candidat d'union, mais il est très clivant (...) c'est le candidat idéal de LR, car il n'y a plus de place au centre» depuis l'avènement d'Emmanuel Macron.

Laurent Wauquiez se pose en défenseur de la province contre Paris, même s'il a fait ses études dans de réputés lycées parisiens, puis dans des écoles prestigieuses toujours dans la capitale.

Etre élu dès le premier tour

Début novembre, le commissaire européen Pierre Moscovici a jugé que certaines propositions de M. Wauquiez «(abîmaient) l'âme française». Cet ex-ministre socialiste a fustigé ses positions pour un «protectionnisme exacerbé» ou sa manière de «ramener sans arrêt le pays à ses racines culturelles, chrétiennes».

Dimanche, M. Wauquiez poursuit l'«objectif assumé» d'être élu dès le premier tour, selon son directeur de campagne. Face à lui, deux candidats: l'ex-«filloniste» Florence Portelli, 39 ans, maire d'Argenteuil en région parisienne, se positionne «au milieu de la droite»; Maël de Calan, 36 ans, élu de l'ouest de la France, juge lui que M. Wauquiez «s'éloigne» de «l'ADN libéral» de la droite en matière économique et sociale.

(ats)

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