Bienne – La dure vie des livres en libre-service
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BienneLa dure vie des livres en libre-service

En découvrant des pages déchirées sur le trottoir, le député Mohamed Hamdaoui s’est indigné. Récit.

par
Vincent Donzé
Les pages arrachées d’un livre ont ému le politicien et journaliste Mohamed Hamdaoui (PDC).

Les pages arrachées d’un livre ont ému le politicien et journaliste Mohamed Hamdaoui (PDC).

Lematin.ch/Vincent Donzé

«Qui n’aime pas les livres au point de tout fracasser?» s’interrogeait l’an dernier lematin.ch, en constatant qu’une bibliothèque libre d’accès était régulièrement saccagée au bord du lac de Bienne. Rebelote cette année, mais sous une autre forme, dans une ancienne cabine téléphonique: ce ne sont pas les vitres qui ont été brisées, mais les livres qui sont déchirées.

Un internaute l’a mis en garde: «Avant de s’offusquer par principe, de quel ouvrage s‘agit-il?» s’interroge-t-il. Avec cette remarque: «Un essai de Zemmour par exemple mérite peut-être un tel destin»… Un autre internaute relève qu’à une époque lointaine, «il y avait aussi les crétins qui déchiraient les bottins dans les cabines de téléphone… ce qui n’avait rien à voir avec la haine des livres ou de la littérature, mais simplement avec le plaisir de nuire».

Reconvertie en bibliothèque, la cabine téléphonique de l’arrêt des «Pinsons» est très prisée.

Reconvertie en bibliothèque, la cabine téléphonique de l’arrêt des «Pinsons» est très prisée.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Le doute subsiste quant aux motivations du vandale, mais voici la réflexion du député Mohamed Hamdaoui, sous le titre «Tristesse automnale».

«Non. Ce ne sont pas des feuilles mortes, si fréquentes en cette année déclinante. Ni des tracts parachutés depuis un avion comme jadis dans un album de Tintin, je crois que c’était dans «Tintin au pays de l’or noir». Non, ces feuilles découvertes tôt ce matin devant l’arrêt de mon bus avaient été arrachées d’un ou plusieurs livres et dispersées tout le long de la rue. Des pages rageusement déchirées dans un ou plusieurs de ces nombreux ouvrages déposés dans des cabines téléphoniques désaffectées et recyclées en autant de bibliothèques participatives».

«Leur principe en est simple: pour venir y emprunter un livre, il suffit d’en apporter un. Le mouvement perpétuel, en somme. Quoi de plus émouvant que de lire un livre passé en d’autres mains? On déniche parfois dans ces bibliothèques participatives de «grands» romans. Mais aussi de nombreux livres de gare ou de plage. Aussi des bouquins des Bibliothèques roses ou vertes qui donnent envie aux gamins de s’évader grâce à la lecture».

«Pour découvrir plus tard Guy de Maupassant, Mouloud Feraoun et Kenneth Cook. Récemment, j’y ai même troqué une biographie de Ségolène Royal (si!) contre un guide touristique de l’Islande, contrée parmi tant d’autres que j’aimerais un jour découvrir».

«Comment peut-on déchiqueter un livre? Quel obscurantisme, quelle détestation de la civilisation peuvent pousser des vandales à commettre un acte à ce point abject? Gros nigaud, je croyais que de tels crimes étaient révolus ou lointains, réservés à des pays et à des régimes totalitaires qui n’aiment pas ce qui est potentiellement beau. Aucun espoir de mettre la main sur ces tristes personnes. Je m’en vais donc relire le Misanthrope».

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