Vaud: La famille de l'ouvrier mort asphyxié témoigne

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VaudLa famille de l'ouvrier mort asphyxié témoigne

Les proches d'un ouvrier qui a perdu la vie sur un chantier en 2015 ont fait la route depuis le Portugal jusqu'à Nyon (VD). En vain: le procès agendé a été ajourné in extremis.

par
Benjamin Pillard
Le fils unique de Ricardo, Daniel, ses parents, Maria et Manuel, et son ex-épouse, Carina (de g. à dr.), repartiront bredouilles au pays.

Le fils unique de Ricardo, Daniel, ses parents, Maria et Manuel, et son ex-épouse, Carina (de g. à dr.), repartiront bredouilles au pays.

VALDEMAR VERISSIMO

«Je n'ai jamais pensé qu'il pourrait arriver quelque chose à mon père, même s'il travaillait sur des chantiers…» C'est avec beaucoup de pudeur que Daniel Neves Grilo s'est confié hier au «Matin», aux abords du Tribunal de Nyon (VD). En fin de semaine passée, ce jeune apprenti électromécanicien de 17 ans a parcouru en voiture les quelque 1750 km qui le séparaient de sa bourgade portugaise de Louriçal, non loin de la ville de Pombal (entre Lisbonne et Porto).

Aux côtés de ses grands-parents paternels, Manuel et Maria, et de sa mère, Carina. «Nous espérions obtenir des éclaircissements sur ce qui s'est vraiment passé le jour de l'accident», poursuivent Maria et Manuel. Pourquoi le sol s'est-il subitement dérobé sous les pieds de leur fils Ricardo Da Silva Neves ce lundi 13 juillet 2015 vers 11 h 30, entraînant cet ouvrier de 34 ans au fond d'une fouille de chantier (profonde de 1,90 m), où il a été instantanément recouvert d'une masse de terre et asphyxié? Cela fait désormais dix-neuf mois que les nombreuses questions de cette famille endeuillée restent sans réponses.

Expertise technique ordonnée

Trois personnes accusées d'homicide par négligence ont pourtant comparu hier devant une Cour correctionnelle de La Côte. Le directeur – quinquagénaire – de l'entreprise qui avait été mandatée pour la pose d'une canalisation dans le cadre des travaux de transformation d'une villa sise à la sortie sud de Nyon, route de Genève. Le responsable du chantier (36 ans). Et l'un des trois maçons à l'œuvre ce jour-là (aujourd'hui âgé de 44 ans), contremaître d'un jour en l'absence du responsable technique.

Après les interrogatoires de chacun des coprévenus (tous de nationalité portugaise) et l'audition de trois témoins de moralité, le premier président du tribunal, Lionel Guignard, annonce «ne pas avoir tous les éléments en main pour trancher cette affaire». Et ordonne qu'une expertise technique soit menée par un ingénieur civil. Avant de «saluer la présence des parties plaignantes qui se sont déplacées».

Un accusé tance son ex-collègue

«On aurait préféré ne plus avoir à remuer cette histoire et que ce soit jugé comme annoncé, ce mercredi midi», soupire Maria, comme assommée à la sortie de ce procès abruptement avorté. «Il y a forcément au moins un responsable», lâche à l'unisson le clan du défunt, qui ne croit pas à la fatalité, suggérée par deux des trois coaccusés… «Ce qui s'est passé n'est pas de notre faute», ont-ils déclaré tour à tour. Ce n'est pas l'avis du directeur des travaux, alors en poste depuis peu dans la société de construction qui l'employait (tout comme feu Ricardo Da Silva Neves, arrivé en Suisse trois mois avant le drame, et cinq ans après sa séparation d'avec la mère de son fils).

Cet architecte de formation a estimé que le maçon qui avait la qualité de chef d'équipe avait fait déposer les gravats du mauvais côté de la tranchée. À savoir où il ne subsistait qu'un espace d'un mètre, contre quatre sur l'autre bord.

Dans son acte d'accusation, le parquet dénonce le fait qu'«aucune mesure n'avait été prise contre le risque d'effondrement des parois» de ladite fouille, dénuée de tout étai. Les trois juges devront notamment déterminer s'il s'agit d'une imprévoyance coupable.

Le procès reprendra en l'absence de la famille de la victime, qui renonce à revenir une nouvelle fois jusqu'en Suisse.

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