Éthiopie - La famine au Tigré en voie de s’étendre dans le pays, avertit l’ONU
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ÉthiopieLa famine au Tigré en voie de s’étendre dans le pays, avertit l’ONU

Près de deux millions de personnes pourraient tomber dans une situation de famine, comme c’est déjà le cas pour plus de 350'000 habitants du Tigré.

Après la session du Conseil, à laquelle il a participé, l’ambassadeur éthiopien à l’ONU a souligné que son pays refusait que l’organe onusien débatte du Tigré, un sujet relevant selon lui de politique intérieure.

Après la session du Conseil, à laquelle il a participé, l’ambassadeur éthiopien à l’ONU a souligné que son pays refusait que l’organe onusien débatte du Tigré, un sujet relevant selon lui de politique intérieure.

AFP

La famine dans la région en guerre du Tigré est en voie de se propager à d’autres provinces éthiopiennes, a averti mardi un responsable de l’ONU lors d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité, une assertion rejetée par l’Éthiopie.

«La situation devrait empirer dans les mois à venir, non seulement dans le Tigré mais aussi dans l’Afar et l’Amhara», a affirmé au Conseil le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, selon son discours obtenu par l’AFP.

L’ONU et des ONG estiment à plus de 350'000 le nombre de personnes au Tigré en situation de famine, a-t-il rappelé, en précisant que les responsables administratifs locaux avaient commencé à «signaler des décès dus» à cette cause. Outre ces 350'000 personnes, «deux millions de personnes dans les régions du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara» sont sur le point de tomber à leur tour dans la famine, a ajouté Mark Lowcock.

Après la session du Conseil, à laquelle il a participé, l’ambassadeur éthiopien à l’ONU, Taye Atske Selassie Amde, a souligné que son pays refusait que l’organe onusien débatte du Tigré, un sujet relevant selon lui de politique intérieure.

«Nous sommes en désaccord catégorique avec cette évaluation» de l’ONU sur la famine, a-t-il dit à des journalistes, en estimant que les données recueillies par l’Organisation et les ONG ne l’ont pas été «de manière transparente et inclusive».

La réunion du Conseil de sécurité, demandée par l’Irlande, a été compliquée à organiser, une majorité de ses membres, dont les africains, rejetant sa saisie, considérant que le conflit au Tigré est une affaire éthiopienne interne. Ils jugent aussi que la famine est un sujet humanitaire qui n’a pas à être traité par l’instance chargée de la paix et la sécurité dans le monde.

«Catastrophe humanitaire»

«Toute action du Conseil de sécurité doit reconnaître et répondre au fait que l’Éthiopie est en train de finaliser les préparatifs d’une élection dans à peine une semaine» (le 21), ont souligné dans une déclaration à la presse le Kenya, la Tunisie et le Niger, soutenus par Saint-Vincent-et-les-Grenadines, membres non permanents de l’instance.

«Nous sommes profondément préoccupés par le fait qu’agir sans base appropriée peut conduire à une catastrophe encore plus grande pour le peuple éthiopien et la région», ajoute leur déclaration qui ne mentionne pas de famine en cours au Tigré.

Pour l’Irlande et le Royaume-Uni, le sujet est cependant clairement du ressort du Conseil de sécurité. «Nous avons appelé les membres du Conseil à s’unir et à demander d’une seule voix un cessez-le-feu immédiat et un accès pour l’aide humanitaire», a déclaré à des journalistes l’ambassadrice britannique Barbara Woodward.

«Toutes les preuves convergent pour dire qu’une catastrophe humanitaire est en cours. La famine est une menace réelle. Nous ne pouvons pas l’ignorer», a renchéri son homologue irlandaise, Geraldine Byrne Nason. La dernière réunion à huis clos du Conseil sur le Tigré remonte au 22 avril. Il avait alors adopté une première déclaration unanime pour dénoncer des exactions dans cette région du nord de l’Éthiopie.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, a envoyé en novembre l’armée fédérale au Tigré lutter contre le TPLF (Front de libération du peuple du Tigré), alors au pouvoir localement et qui défiait le gouvernement central. Abiy Ahmed avait promis une opération courte mais les combats se poursuivent et de nombreux rapports font état d’atrocités, notamment un recours généralisé au viol.

(AFP)

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