14.04.2018 à 11:08

Etrangers criminelsLa «faveur» de la justice vaudoise fait débat

Un Portugais originaire du Cap-Vert ne sera pas expulsé de Suisse, bien que reconnu coupable de tentative de meurtre. Les partis réagissent.

par
Benjamin Pillard
Pour Christian Lüscher, vice président du PLR: «Les tribunaux doivent faire attention à ne pas s’écarter trop souvent de ce qui a été voulu par le peuple». Pour Lisa Mazzone, vice-présidente des verts: «Il n’y a aucune raison d’infliger une seconde peine aux condamnés étrangers: c’est de la discrimination.»

Pour Christian Lüscher, vice président du PLR: «Les tribunaux doivent faire attention à ne pas s’écarter trop souvent de ce qui a été voulu par le peuple». Pour Lisa Mazzone, vice-présidente des verts: «Il n’y a aucune raison d’infliger une seconde peine aux condamnés étrangers: c’est de la discrimination.»

Yvain Genevay / Laurent Crottet

Le Tribunal d’arrondissement de Lausanne aurait-il dû prononcer le renvoi au Portugal d’Eduardo*, le Capverdien de 27 ans né à Lisbonne et condamné cette semaine pour tentative de meurtre (lire notre édition de jeudi)?

Le délit fait en tout cas partie de la liste des infractions passibles d’une expulsion obligatoire depuis l’entrée en vigueur de l’initiative UDC visant à refouler les étrangers criminels, en octobre 2016. À cette même date, Eduardo perforait l’intestin d’un compatriote du même âge en lui assénant un coup de couteau, sur le dancefloor d’une boîte de nuit lausannoise…

«Un cas d’école ubuesque»

À l’heure du verdict, les trois juges ont concédé «faire une faveur» au Capverdien afin de «favoriser la réinsertion» de l’intéressé. Qui n’est pas retourné derrière les barreaux à l’issue de son procès, ayant déjà purgé les 18 mois de sa condamnation à trois ans de prison, dont le solde avec sursis.

Condamné à 3 ans de prison dont la moitié avec sursis, Eduardo (prénom d'emprunt) est ressorti libre du tribunal, ayant déjà purgé ses 18 mois ferme.

Condamné à 3 ans de prison dont la moitié avec sursis, Eduardo (prénom d'emprunt) est ressorti libre du tribunal, ayant déjà purgé ses 18 mois ferme.

Le procureur chargé du dossier, Pascal Gilliéron, confiait ne pas être choqué par une décision permettant au condamné «de trouver un travail en Suisse». Car, bien qu’ayant suivi un apprentissage de peintre en bâtiment à son arrivée en terre vaudoise, en 2008, Eduardo s’était rapidement retrouvé au chômage puis à l’aide sociale. Avant d’avoir un enfant, en 2015, avec une Portugaise du Cap-Vert domiciliée à… Annemasse (F). Un élément déterminant pour le tribunal, bien que les démarches visant au regroupement familial à Bex (VD) n’aient pas abouti.

«C’est un cas d’école ubuesque que l’on n’avait même pas imaginé lors de la campagne!» réagit l’UDC Yves Nidegger, avocat et conseiller national genevois, membre de la Commission des affaires juridiques. «Les juges lausannois galopent ici hors sujet et hors des clous, masquant très mal ce qui ressemble à une hostilité de principe à l’encontre du renvoi.»

«Il a droit à une vie de famille»

Pour la vice-présidente des Verts, Lisa Mazzone, le verdict vaudois est «justifié». «Le condamné s’est construit comme adulte dans notre pays en y arrivant à l’âge de 18 ans, et il a un droit à la vie de famille.» La jeune écologiste estime qu’il n’y a «aucune raison d’infliger une seconde peine» aux criminels non suisses. «Les délinquants étrangers ne doivent pas être discriminés en raison de leur nationalité.»

Son homologue PLR, Christian Lüscher, met en garde contre un excès de clémence. «Les tribunaux doivent faire attention à ne pas s’écarter trop souvent de ce qui a été voulu par le peuple, sinon il faudra s’attendre à des retours de bâton, comme une initiative populaire visant à retirer aux juges tout pouvoir d’appréciation.» Pour le Genevois, également avocat, les magistrats doivent «appliquer la règle, et garder l’exception pour les cas de rigueur qui ont été voulus par le législateur».

Si l’on s’en tient à l’article 66 du Code pénal, il s’agit principalement de «l’étranger qui est né ou qui a grandi en Suisse», ou lorsque la sécurité du condamné n’est pas garantie en cas de renvoi dans son pays d’origine.

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