Temps: La fin des années bissextiles

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TempsLa fin des années bissextiles

Deux Américains proposent un calendrier révolutionnaire et immuable, pensé pour favoriser l'économie.

par
Renaud Michiels
ricardo moreira

Les années bissextiles sont nulles. Les malheureux qui naissent un 29 février n'ont droit à un vrai anniversaire que tous les quatre ans. Et on travaille à l'œil: nos patrons ne nous payent pas davantage alors que l'année comprend un jour de plus. Que faire? Simple, tranchait hier Le Parisien: adoptons le «calendrier perpétuel».

Deux professeurs américains de l'Université Johns-Hopkins ont en effet élaboré un calendrier révolutionnaire qui, assurent-ils, n'a que des qualités. L'économiste Steve Hanke et l'astrophysicien Richard Henry voudraient que le monde l'adopte le 1er janvier 2018.

Leur calendrier contient huit mois de 30 jours et quatre de 31 jours. Une année dure donc 364 jours. Pour combler la différence ils proposent un «mini-mois» supplémentaire: une semaine qui serait ajoutée à la fin de l'année tous les 5 ou 6 ans.

Le grand avantage, soulignent ces deux chercheurs, c'est la prévisibilité de leur modèle. Leur calendrier est invariable et donc identique chaque année. Toutes les dates sont fixes: votre anniversaire «tomberait» chaque année le même jour tout comme Noël, qui serait célébré un lundi jusqu'à la fin des temps.

Injustices gommées

Hanke et Henry pensent que leur modèle peut être accepté car il conserve la sacro-sainte semaine de sept jours, qui structure nos sociétés. Et il gommerait certaines injustices: par exemple payer le même loyer en février alors qu'il n'y a habituellement que 28 jours.

«Un calendrier stable absolument identique d'année en année permet la planification rationnelle et permanente de toutes les activités annuelles, de l'école au travail les jours fériés. Pensez au temps et aux efforts dépensés chaque année dans la refonte du calendrier de chaque organisation dans le monde et il devient évident que notre calendrier simplifierait nos vies et apporterait des bénéfices remarquables», a plaidé Richard Henry. On pourrait en effet planifier une fois pour l'éternité les vacances, événements sportifs et autres rentrées scolaires ou universitaires.

Son compère économiste Steve Hanke ajoute que de nombreux et obscurs calculs financiers basés sur les «anomalies» de notre calendrier actuel pourraient être éliminés. Et qu'avec quatre trimestres parfaitement identiques de 91 jours les rapports des entreprises seraient plus simples et plus justes. Le calendrier Hanke-Henry est en somme pensé pour l'économie. Pas basé sur des considérations religieuses.

Une «barrière psychologique»

Richard Henry a affirmé à la BBC recevoir de nombreux retours positifs de personnes trouvant le calendrier perpétuel «logique». Mais note une «barrière psychologique»: beaucoup n'aiment pas l'idée d'un anniversaire tombant chaque année le même jour. Surtout, il admet n'avoir à peu près aucun soutien des politiques ou décideurs…

«Je trouve le projet symboliquement intéressant, c'est une tentative de laïciser notre calendrier», commente Régis Huguenin-Dumittan, directeur du Musée international d'horlogerie, à La Chaux-de-Fonds (NE). «Notre calendrier grégorien est intimement lié au christianisme. D'ailleurs quand le pape Grégoire XIII l'a décrété, au XVIe siècle, il a été adopté immédiatement en Suisse par les cantons catholiques. Pas par les cantons protestants, qui ont vécu un temps à une autre date… Mais je crois que nos sociétés restent très attachées à ces racines chrétiennes. Et, honnêtement, si l'heure d'été et d'hiver fait régulièrement débat ce n'est pas du tout le cas pour le calendrier.»

Régis Huguenin-Dumittan ajoute que ce n'est d'ailleurs pas en Suisse que le «calendrier perpétuel» aurait forcément le plus de soutien. «Nos horlogers ont réussi à développer des complications mécaniques intégrant le calendrier perpétuel, soit les années bissextiles. Je ne suis pas sûr qu'ils rêveraient de tout recommencer pour calculer la semaine occasionnelle de ce projet de calendrier», rigole-t-il.

Les experts

«Notre calendrier simplifierait nos vies et apporterait des bénéfices remarquables» notent Richard Henry (ci dessus) et Steve Hanke (ci-dessous)

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