Actualisé 20.02.2018 à 06:56

PortraitLa fin des «beatles» de Daech

Ses deux derniers membres ont enfin été capturés. Cette cellule de djihadistes anglais a représenté le cauchemar des otages occidentaux.

par
Renaud Michiels
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«JOHN», Mohammed Emwazi, mort en 2015

«JOHN», Mohammed Emwazi, mort en 2015

AFP
«PAUL», Aine Davis, détenu depuis deux ans

«PAUL», Aine Davis, détenu depuis deux ans

DR
«GEORGE», El Shafee Elsheikh, arrêté fin janvier

«GEORGE», El Shafee Elsheikh, arrêté fin janvier

DR

Le sort des quatre «Beatles» de Daech est désormais connu, grâce à l’arrestation de deux d’entre eux par les forces kurdes. Leurs parcours et leurs portraits permettent de mieux comprendre ce qu’a été l’univers concentrationnaire de Daech, écrivait hier Le Parisien, en publiant le témoignage de Français qui ont été otages de ces djihadistes. Les deux interpellés pourraient aussi livrer de précieuses informations.

Leur surnom avait été trouvé par l’Américain James Foley, premier otage décapité par le groupe État islamique, en août 2014. À cause de leur phrasé: tous Anglais, les «Beatles» ont un accent typique de l’Est londonien. Les quatre seraient responsables de 27 exécutions, selon le département d’État américain.

Des otages sont allés jusqu’à leur attribuer les prénoms des vrais Beatles: John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr. «John» est le plus tristement célèbre d’entre eux. Mohammed Emwazi, dit «Jihadi John», l’homme encagoulé, tout de noir vêtu, a plusieurs fois été filmé décapitant des Occidentaux au couteau. Il a été tué dans un bombardement en Syrie, en 2015.

Des «cibles prioritaires»

Le surnom «Paul» est, lui, revenu à Aine Davis, 35 ans, le moins connu des quatre. Le plus discret. Il est peut-être le seul à ne pas s’être défoulé sur les prisonniers, qu’il appelait «my friends», mes amis. Arrêté il y a deux ans, il croupit dans une cellule turque.

Il aura fallu longtemps pour capturer les deux derniers, pourtant «cibles prioritaires» des forces alliées. Mais le 26 janvier, ils ont tenté de gagner la Turquie et ont été appréhendés par les forces kurdes. Une arrestation confirmée il y a dix jours. Le casting est donc désormais complet. Avec «Ringo», Alexanda Kotey, 34 ans, considéré comme le prédicateur de ces sanglants Beatles. Décrit comme un «psychopathe adepte de la crucifixion et de la noyade». L’ultraviolent «George», El Shafee Elsheikh, 29 ans, complète la cellule.

Les quatre journalistes français Didier François, Édouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été pris en otage en juin 2013. Avec une vingtaine d’autres Occidentaux, ils ont d’abord été détenus et torturés dans un hôpital d’Alep, en Syrie.

En août de la même année, ils ont été déplacés au nord de la ville, dans une ancienne menuiserie surnommée le «donjon». C’est là qu’ils ont eu le malheur de découvrir les «Beatles». «Ils étaient bien pires que les geôliers francophones. Soudés, adeptes de la torture, notamment du waterboarding (ndlr: simulation de la noyade), ils étaient chargés des négociations et des interrogatoires, mais aussi des exécutions», détaille Didier François dans Le Parisien. «C’était des gardes qui frappaient très dur. Et comme ils aimaient ça, ça pouvait durer longtemps», avait aussi raconté le journaliste sur Europe 1.

Les otages français ont encore été transférés en janvier 2014 et placés dans une vraie prison, à Raqqa, au centre du pays. «Là, les prisonniers sont mieux nourris, mais encore plus durement frappés par les «Beatles», écrit le quotidien français. Les journalistes ont de nouveau été trimballés en plein désert. Où ils ont continué à subir les coups du quatuor. Puis ils ont enfin été libérés, en avril 2014, contrairement à la majorité des otages britanniques ou américains, exécutés par les djihadistes.

On connaît donc désormais le sort de ces «Beatles», qui étaient devenus «les visages de la cruauté de l’EI», écrit le Guardian. Mais ils ont été davantage que des tortionnaires sadiques et des tueurs. Ils étaient devenus des cadres de l’organisation, ce qui était rarissime pour des Occidentaux. «Ils faisaient partie d’une section qui est la cellule la plus importante du bureau de sécurité et de renseignement de Daech», explique l’expert irakien Hisham al-Hashimi dans le quotidien britannique.

«Apportez-moi ces chiens»

À ce titre, la prise d’Alexanda Kotey et d’El Shafee Elsheikh pourrait s’avérer précieuse. Ils en savent beaucoup sur Daech. Peut-être aussi de ce qu’il en reste, voire de ses funestes projets. Selon la presse britannique, les deux ont déjà été interrogés par des hommes de la CIA, accompagnés d’agents britanniques. «George» et «Ringo» se seraient même montrés coopératifs.

Leur destin est aujourd’hui ouvert. Le Royaume-Uni pourrait demander leur extradition, mais semble ne plus jamais les vouloir sur son sol. Les États-Unis pourraient les récupérer, mais ils risqueraient alors de se retrouver à Guantánamo et d’échapper à la justice ordinaire. Beaucoup espèrent les retrouver devant la Cour pénale internationale. «Une peine de mort en ferait des martyrs. Je préférerais qu’ils passent le reste de leur vie en prison», a réagi John Foley, le père de James.

D’autres ne cachent pas la haine qu’ils vouent toujours aux nouveaux captifs. «Apportez-moi ces chiens. Ou emmenez-moi où ils sont et garantissez-moi six heures seule avec chacun d’eux», a lancé dans The Times la veuve de l’otage britannique David Haines, exécuté en 2015. «Quand j’en aurais fini avec eux, je promets qu’ils seront encore en vie. Mais je ne suis pas sûr qu’ils souhaiteront l’être.»

27 exécutions

Selon le Département d’État américain, les quatre «Beatles» de l’État islamique auraient tué 27 fois entre 2013 et 2015.

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