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Crise de la detteLa France perd son AAA à 100 jours de la présidentielle

L'agence de notation financière Standard & Poor's a décidé de dégrader la France en lui retirant sa note d'excellence triple A.

La nouvelle tombe au pire moment pour Nicolas Sarkozy, à 5 mois de la présidentielle.

La nouvelle tombe au pire moment pour Nicolas Sarkozy, à 5 mois de la présidentielle.

Keystone

La France a perdu vendredi son précieux «AAA» auprès de Standard & Poor's (S&P), un coup de tonnerre qui intervient au pire moment pour le président Nicolas Sarkozy à cent jours de l'élection présidentielle. S&P a également dégradé la note de l'Autriche.

«Ce n'est pas une bonne nouvelle» mais ce n'est «pas une catastrophe», s'est efforcé de relativiser le ministre français de l'Economie François Baroin. Il a été le premier à confirmer officiellement l'abaissement de la note du pays, au sortir d'une réunion de crise à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et la ministre du Budget Valérie Pécresse.

Le président Nicolas Sarkozy a longtemps fait du maintien du «triple A» une priorité nationale y voyant «un objectif et une obligation». La décision de S&P était attendue depuis début décembre, quand l'agence avait menacé d'abaisser la note de 15 Etats de la zone euro, dont les six notés - comme la Suisse - «triple A», parmi lesquels la France et l'Allemagne.

Dans le cas de Paris, S&P avait même évoqué la possibilité d'un abaissement de deux crans. L'agence n'a finalement dégradé la France, comme l'Autriche, que d'un seul cran. Mais elle a épargné l'Allemagne, qui conserve son «AAA». En clair: sa décision consacre un décrochage entre les deux premières économies de la zone euro.

Classe politique enflammée

«Aujourd'hui, la France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette et les nouvelles concernant notre déficit sont meilleures que prévu», a assuré Valérie Pécresse. Pour l'instant, Paris conserve toujours son triple A auprès des deux autres grandes agences de notation internationales, Moody's et Fitch. Classe politique en émoi La rumeur de l'imminence d'une dégradation française s'est répandue en milieu d'après-midi vendredi sur les marchés, avant d'enflammer la classe politique, sitôt tombées les premières confirmations de sources européennes.

Nicolas Sarkozy «restera comme le président qui a dégradé la France», a déclaré le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, évoquant «un sentiment d'humiliation» et «la rançon d'un quinquennat calamiteux qui a affaibli la crédibilité du pays».

«Cette perte du triple A sanctionne la politique suivie depuis 2007. M. Sarkozy restera le président de la dégradation de la France», a lancé Martine Aubry au nom du PS. La présidente du Front national, Marine Le Pen, y a vu «la fin du mythe du président protecteur» et la disqualification de «tous ceux» qui ont défendu l'euro.

«Notre statut en Europe va souffrir symboliquement et donc politiquement», a prédit François Bayrou, candidat du MoDem à la présidentielle. «C'est en réalité une double dégradation», à la fois de «notre note souveraine, qui va affecter la réputation de notre pays» mais aussi «par rapport à notre principal voisin, l'Allemagne», a-t-il estimé.

Mauvais signe pour l'Autriche

La dégradation de la note de l'Autriche est un sujet d'inquiétude particulière car le secteur bancaire du pays est considéré comme fragile et que cette sanction pourrait alourdir encore le climat.

Plus généralement, la perte de leur «triple A» par deux des six pays de l'Union monétaire qui en bénéficiaient jusqu'ici risque d'avoir de fâcheuses conséquences pour le Fonds de secours financier mis en place par la zone euro pour aider les pays fragiles, le FESF.

Ce mécanisme pourrait en effet perdre à son tour la note d'excellence dont il bénéficie encore auprès de S&P, car cette dernière est calculée en fonction de l'évaluation des pays de l'Union monétaire qui garantissent le Fonds, et tout particulièrement celles des pays les mieux notés.

Cela renchérirait les coûts d'emprunt de ce dispositif, chargé de lever de l'argent sur les marchés à un taux avantageux pour les pays fragiles, et pourrait donc rendre la facture plus salée pour toute la zone euro.

Sarkozy déjà dans le viseur de la gauche

(ATS)

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