19.11.2020 à 07:27

BrésilLa gauche un peu requinquée par les municipales

Après sa défaite contre l’extrême-droite de Bolsonaro lors de la présidentielle, la gauche brésilienne a repris des couleurs lors des municipales.

Beaucoup d’observateurs voient en Guilherme Boulos le successeur naturel de Lula.

Beaucoup d’observateurs voient en Guilherme Boulos le successeur naturel de Lula.

AFP

La gauche brésilienne, terrassée par l’élection de Jair Bolsonaro en 2018, a repris des couleurs aux municipales, avec les bons résultats de candidats jeunes et affranchis de la tutelle du Parti des travailleurs (PT) de l’ex-président Lula.

Incarnation de l’éveil d’une nouvelle gauche, Guilherme Boulos, du Parti socialisme et liberté (PSOL), s’est qualifié dimanche dernier pour le 2e tour des municipales du 29 novembre, à Sao Paulo, la plus grande métropole et la capitale économique du Brésil.

Si ces chances apparaissent minces face au favori, le maire sortant Bruno Covas, du PSDB de centre-droit (32,8% des voix), Guilherme Boulos, 38 ans, a largement devancé le candidat soutenu par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro (10,5%). Avec 20,2%, il a aussi surclassé celui du PT, Jilmar Tatto (8,6%), qui a obtenu le pire résultat de l’histoire du parti de Luiz Inacio Lula da Silva à Sao Paulo en plus de 30 ans.

A Porto Alegre (Sud), c’est Manuela d’Avila, jeune elle aussi (39 ans) qui s’est qualifiée pour le 2e tour sous l’étiquette communiste du PCdoB, mais en alliance avec le PT. Le second tour à Recife (nord-est) symbolise cette percée de la jeune garde progressiste, avec Joao Campos, 26 ans, du Parti socialiste brésilien (PSB, centre gauche), contre Marilia Arraes, 36 ans, du PT.

Successeur de Lula

«La présence de Boulos au second tour à Sao Paulo est hautement symbolique quand on sait que c’est là que le PT a commencé à s’affirmer comme un parti d’ampleur nationale», explique Flavia Biroli, politologue de l’Université nationale de Brasilia (UnB).

Autre symbole fort: la colistière de Guilherme Boulos, Luiza Erundina, 85 ans, passée récemment au PSOL, est justement la première femme et le premier membre d’un parti de gauche élue maire de Sao Paulo (1989-1993), quand elle appartenait encore au PT.

Le PSOL, inspiré des mouvements altermondialistes, a été fondé en 2004, en grande partie par d’anciens membres du PT considérant les débuts de la présidence de Lula (2003-2010) trop timorés.

C’est le seul parti de gauche qui n’a pas perdu de villes lors du 1er tour des municipales, élisant quatre maires au lieu de deux en 2016, et se qualifiant aussi au second tour à Belem, la capitale de l’Etat du Para (nord).

Successeur de Lula

Même s’il reste viscéralement attaché au PT, Lula avait en quelque sorte adoubé Guilherme Boulos et Manuela D’Avila en se présentant à leurs côtés lors de son dernier discours avant de se rendre aux autorités pour purger une peine de prison pour corruption, en 2018. Beaucoup d’observateurs voient d’ailleurs en Guilherme Boulos le successeur naturel de Lula.

Fils de médecins, diplômé de psychanalyse, il a fait ses armes au sein du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST), qui organise notamment des squats d’immeubles et de terrains inoccupés.

Pour Claudio Couto, professeur de la Fondation Getulio Vargas, même si Lula, 75 ans, «garde une place de choix dans l’imaginaire politique brésilien», Guilherme Boulos «est en plein ascension, parce qu’il incarne la jeunesse».

Front uni contre Bolsonaro

La plupart des analystes considèrent que Guilherme Boulos et le PSOL sont plus en phase que le PT avec les aspirations des jeunes générations sur les sujets identitaires, notamment l’égalité hommes-femmes et raciale, ainsi que les questions LGBT.

C’est la formation de Marielle Franco, conseillère municipale noire et lesbienne assassinée en 2018. Sa compagne, Monica Benicio, est l’un des sept membres du PSOL élus dimanche dernier au conseil municipal de Rio, sur 55 sièges attribués.

A Sao Paulo, c’est aussi un membre de ce parti, Erika Hilton, qui est devenue la première conseillère municipale transsexuelle noire de la métropole. Lui aussi élu à ce conseil municipal, Eduardo Suplicy, ancien sénateur du PT, estime que la gauche doit tirer des leçons des municipales pour tenter de former un front uni contre Jair Bolsonaro lors de la présidentielle de 2022.

«Nous devons penser à l’importance de nous unir autour de candidatures qui regroupent toutes les forces progressistes», a-t-il déclaré à l’AFP.

(afp/nxp)

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