Théâtre - «La Georges» à la place de «St-Georges»? «Complètement gaga!»
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Théâtre«La Georges» à la place de «St-Georges»? «Complètement gaga!»

Féminiser l’appellation d’une salle de spectacle, c’est un raccourci né d’un quiproquo qui nourrit le débat dans le Jura.

par
Vincent Donzé
Le «Forum St-Georges» restera masculin à Delémont.

Le «Forum St-Georges» restera masculin à Delémont.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Fribourg a «Les Georges», une association culturelle organisatrice d’un festival sur la place Georges-Python. Delémont aura-t-elle (aura-t-il?) «La Georges», une salle de spectacle connue sous l’appellation «St-Georges»? «Complètement gaga!» s’insurge le député socialiste Pierre-André Comte, chez qui cette féminisation passe mal.

Passer de «la salle St-Gorges» à «La Georges», n’est-ce pas un raccourci dans l’air du temps? Pas selon Pierre-André Comte, qui retient une féminisation de mauvais aloi autant qu’une adhésion à une «laïcité fondamentaliste».

Juré, craché, Pierre-André Comte ne réagit pas à une revendication lesbienne, gay, bisexuelle ou trans. «Il ne s’agit pas de ça! Mon opposition n’a pas d’origine politique ou sociétale», affirme-t-il.

Sans nom

C’est le défenseur de la langue française qui parle: féminiser Georges, c’est «une sottise sans nom», une «stupidité totale comme l’écriture inclusive». Son argument massue: «Et la «Saint-Martin»? Va-t-on l’appeler «La Martin»?» s’étrangle le député de Vellerat.

«Si j’appelle ma fille «Juju» ou «ma chérie» alors que son nom est Juliette, ça ne signifie pas que je veux la débaptiser», réplique le directeur du Théâtre du Jura, Robert Sandoz.

Le débat a alimenté les conversations et le courrier des lecteurs du «Quotidien Jurassien». A-t-il été monté en épingle? «Notre théâtre est un lieu de dialogue: il suffisait de nous écrire ou de nous téléphoner pour être renseigné…», sourit Robert Sandoz.

Au Parlement, Pierre-André Comte s’est adressé au ministre de la Culture Martial Courtet: «Je demande solennellement au ministre d’intervenir contre cette dérive linguistique et je l’invite à faire obstacle de son corps s’il le faut», a-t-il proclamé.

«Je m’y engage. Je ferai obstacle de mon corps s’il le faut», lui a répondu le ministre. Ce ne sera pas nécessaire… «C’est un quiproquo! «La Georges» était une appellation à usage interne, comme «La Grande» ou «La Cadette», autant de salles à disposition du Théâtre du Jura», indique son directeur Robert Sandoz, historien de formation.

Le «Théâtre du Jura» est en construction, mais plus pour longtemps.

Le «Théâtre du Jura» est en construction, mais plus pour longtemps.

Lematin.ch/Vincent Donzé

«On ne veut pas toucher à son nom!» assure Robert Sandoz. Le «Forum St-Georges» est une salle disponible, mais son affectation est gérée par la Municipalité, via le Centre culturel régional de Delémont. Les autorités de la capitale ne se sont pas immiscées dans le débat sur l’appellation d’une salle initiée en 1913 par le curé de la paroisse catholique-romaine pour les œuvres catholiques.

«La Georges», c’est une appellation qui n’appartiendra donc qu’à la «Brasserie Georges», fondée à Lyon (F) par l’Alsacien Georges Hoffherr. Tout ça pour ça, à Delémont? Robert Sandoz est ravi; «On s’intéresse à nos activités et c’est tant mieux», dit-il. Selon ce directeur, le débat a révélé une population attachée à son patrimoine.

À Delémont, la salle Saint-Georges est devenue le Forum St-Georges en 2010, après sa rénovation. «Une anecdote historique concernant le nom de la maison et du café Saint-Georges révèle qu’ils ont été construits en 1918 par Jean Borrini pour Joseph Rippstein, en mémoire de son fils Georges, mort à l’âge de 27 ans», est-il indiqué dans le «Journal de la Vieille Ville de Delémont».

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