Neuchâtel - La grêle détruit les serres et les rêves de Madame Pierrette
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NeuchâtelLa grêle détruit les serres et les rêves de Madame Pierrette

La fleuriste Pierrette Verdon a vendu ses fleurs à la gare de Neuchâtel pendant un demi-siècle. Cette année, la météo l’a terrassée, à 76 ans.

par
Vincent Donzé
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Pour Pierrette et Jacky, le chagrin est immense

Pour Pierrette et Jacky, le chagrin est immense

Lematin.ch/Vincent Donzé
Les grêlons de samedi étaient comme des balles de golf.

Les grêlons de samedi étaient comme des balles de golf.

Lematin.ch/Vincent Donzé
L’entrée du domaine est assombrie.

L’entrée du domaine est assombrie.

Lematin.ch/Vincent Donzé

En deux minutes, la grêle a pulvérisé toutes ses serres, à Gorgier (NE). «Ça fait mal au cœur, ça nous a détruits», murmure la fleuriste Pierrette Verdon, durement touchée par le violent orage survenu samedi dernier. «Il y a 90 carreaux, il n’y en a pas un qui n’est pas cassé», a-t-elle témoigné sur «ArcInfo». Et Pierrette d’ajouter: «J’ai perdu une échappatoire, une part de moi-même».

À y regarder de plus près, les carreaux des pans ouest ont plus souffert que les autres. Les vitres qu’on appelle «cathédrale» sont davantage brisées que les lisses, mais le mal est fait, qui préoccupera les assurances. À 76 ans, sans successeur, Pierrette Verdon n’imagine pas reconstruire des serres aménagées en 1970.

Pendant un demi-siècle, ses plantes ont alimenté le magasin de fleurs de la gare de Neuchâtel, mais là, la force lui manque. «Ça tremblait, mais il faisait beau. J’ai d’abord pensé que quelqu’un lançait des cailloux, avant de ramasser un grêlon plat, puis des ronds. Pendant que je fermais l’aération, j’entendais le vacarme des vitres brisées», témoigne la retraitée.

Quatre générations

Le vitrage des serres était conçu pour résister à une charge de 60 centimètres de neige. C’était compter sans la violence de la grêle, une puissance jamais vue en quatre générations. En fin de la saison. il n’y avait guère que des tomates, des concombres et des melons qui grossissaient, mais qu’importent les légumes: la serre, c’était comme dit Pierrette, «mon plaisir», avec des bassins de 17 mètres de long où l’eau stagne un quart d’heure ou deux heures selon les végétaux.

Pierrette a attribué une serre au projet «Green Machine» d’Anthony et de Thomas, deux passionnés qui cultivent tomates et piments pour la conservation. «Il m’a été rare dans ma vie de me retrouver dans des endroits et de m’y sentir aussi bien et aussi vite épanoui», a écrit Thomas à Pierrette, émue aux larmes quand le jeune homme évoque son énergie «rayonnante comme un soleil et aussi douce que la lune».

Mille couleurs

Les serres reflètent pour Pierrette une histoire familiale, avec l’acquisition d’un terrain par ses grands-parents. Tout a commencé par de la vigne agrémentée d’une serre, puis deux, puis trois… Après la Seconde Guerre mondiale, son mari a modernisé les installations. «On venait les voir du canton de Vaud», se remémore Pierrette, en vantant l’inventivité de son conjoint, «dynamique et intelligent» quand il s’agissant de rationalité. Arrosage, ombrage, aération: tout était automatisé.

«Bing», un verre tombe: «Le mastique se dilate avec la chaleur», observe Pierrette. Par peur d’un accident, son fils lui a interdit l’accès à ses serres. Délaissés depuis vendredi dernier, les plants de tomates l’inquiètent, eux qui nécessitent un arrosage régulier. Mais tout dans les serres n’est que désolation, parsemée de bris de verre.

L’évocation par Thomas d’un «beau domaine fleuri de mille couleurs» a touché Pierrette, mais la reconstruction ne sera pas une affaire émotionnelle. Sans successeur, en attendant les assureurs, la retraitée préfère se changer les idées en travaillant chez un horticulteur vaudois.

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