Actualisé

AccordLa grève à Genève va-t-elle faire tache d'huile?

A Genève, la victoire des Transports Publics donne des ailes à la fonction publique tout entière. Admiratifs, les syndicats disent vouloir s’en inspirer.

par
Laure Lugon Zugravu

Lumineuse, l’aube d’hier matin, pour les Transports publics genevois! Après une journée de grève et une menace de récidive, les syndicats l’ont emporté: un accord en or a été signé avec le Conseil d’Etat, qui garantit zéro licenciement lié au contrat de prestations tant honni. Et que prévoit-il pour les éviter, puisque le peuple a refusé une hausse des tarifs? Tenter de trouver des sources d’économies par ci, par là. Si, malgré une bonne volonté manifeste, ça ne devait pas suffire, les TPG pourraient demander une rallonge au Conseil d’Etat.

«Ça fait réfléchir»

De quoi faire pousser des ailes au reste de la fonction publique qui crie son ras-le-bol à quelques jours du vote sur le budget 2015? Pour sûr: «Evidemment, l’action exemplaire du syndicat des transports publics nous inspire, répond Laurent Vité, président du syndicat SPG des enseignants du primaire. Les enseignants, qui respectent le travail des parents, sont réticents à l’idée de fermer les écoles. Mais voir que nos politiques n’entendent que le langage de la grève nous fait tout de même réfléchir.» Sombre menace, à cause d’une coupe de 18 millions de francs qui fait craindre aux enseignants du primaire des postes biffés.

Aux Hôpitaux universitaires genevois, on n’a pas attendu la victoire des TPG pour appeler à la mobilisation contre le manque d’effectifs et les conditions de travail. Mais le succès d’hier ouvre de nouveaux horizons: «On espère que la victoire des TPG inspirera nos collègues, avance David Andenmatten, du SSP. Le syndicat est partant pour la bataille. Il nous faut convaincre le personnel que face aux attaques, la grève est le seul type de résistance qui porte ses fruits.» En revanche, du côté des policiers, on s'emballe moins, et pour cause: «Nous faisons la grève depuis neuf mois, sans résultat!» se désole Christian Antonietti, président du syndicat des gendarmes UPCP. Un brin désappointé: «Il est vrai que nos actions sont plus anecdotiques (ndlr: grève de la barbe, du képi, de l’uniforme), car on ne peut pas déserter la rue.» Un peu envieux: «Il semblerait aussi que Luc Barthassat (ministre en charge des Transports) ait une plus grande capacité à régler les conflits que Pierre Maudet (en charge de la Sécurité).»

C’est précisément ce que certains déplorent à droite: Luc Barthassat aurait cédé trop tôt. Conseiller national PLR, Christian Lüscher estime, lui, que l’accord «n’a pas été trop mal négocié». Mais il avertit: «J’attends maintenant du Conseil d’Etat qu’il s’en tienne au budget décidé et n’oublie pas nos 14 milliards de dette, alors même que nos rentrées fiscales n’ont pas cessé d’augmenter! Il faut que cesse cette spirale de la dépense.» Des propos qui n’entameront pas la vigueur syndicale retrouvée. Hier soir, la fonction publique sortait à nouveau dans la rue, unie contre le budget 2015. Et dans l’espoir que la menace suffise, une seconde fois.

Votre opinion